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La réaction émotionnelle face à la mise à mort d’un ou plusieurs individus est légitime. Tout être normalement constitué ne peut que rejeter et condamner la violence. Pourtant, l’émotion ne saurait remplacer la raison et l’analyse froide. La condamnation en soi de la violence (ou à l’inverse sa sacralisation) ne permet pas d’en comprendre les origines et les ressorts. L’émotion (comme le bon sentiment) est un brouillard qui nous écarte du chemin de la vérité. Elle est la laisse avec laquelle les dominants nous promènent.

Toute société impose des normes, des règles et des institutions pour les faire respecter. En ce sens toute société est violente. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est la violence politique. Sous ses formes principales (guerre, terrorisme, révolution), la violence politique est un fait permanent, c’est-à-dire structurel à la société capitaliste. L’intérêt et la violence sont intimement liés. La violence est le moyen de soumettre un individu, un groupe d’individus ou des sociétés entières à la logique des intérêts et, plus concrètement, les soumettre à la logique implacable du profit, de la conquête des territoires et des marchés économiques.

Quand des conditions particulières l’imposent, cette violence aboutit à l’extermination. Historiquement, celle-ci a permis à l’Occident de dominer le monde, et a fini par se retourner contre des communautés en son sein même durant la Seconde Guerre mondiale. Si la violence est l’instrument de la domination, elle peut être, dans d’autres cas, celui de l’émancipation quand les opprimés s’en emparent. A la violence de l’asservissement et de l’extermination s’oppose la contre-violence libératrice. Les révolutions et les décolonisations sont les exemples de cette violence libératrice, qu’il faut toutefois savoir distinguer de la violence terroriste. Cette dernière ne vise pas la libération humaine et la transformation sociale au profit des opprimés.

A première vue, le terrorisme semble être une guerre des opprimés aux opprimés, en somme une guerre civile. Mais ce n’est qu’une apparence devenue croyance idéologique savamment entretenue par les médias et bon nombre d’intellectuels ou experts. Elle permet d’occulter une réalité toute autre. En fait, le terrorisme est l’arme des Etats pour instituer la peur et intimider les opprimés. A l’échelle des enjeux géopolitiques, il est un instrument d’une intervention indirecte d’un Etat, via des organisations politiques, pour soumettre un autre Etat ou lui imposer un changement de régime. Il construit ainsi un nouveau mode de domination, et instaure un nouveau rapport du fort au faible, des Etats du Nord aux Etats du Sud. Le contexte moyen-oriental illustre parfaitement le rôle que l’on fait tenir au terrorisme : il est la continuation de la domination coloniale par d’autres moyens. De la Main Rouge à Al qaida ou Daesh, nous sommes bien obligés d’admettre une nouvelle dimension historique : le terrorisme est le moyen des riches pour combattre l’aspiration des damnés de la terre à un monde meilleur.

Au Moyen Orient, il y a une complexité apparente au regard de la multiplicité des acteurs en conflit, des références culturelles, ethniques et religieuses. Aujourd’hui cette complexité se résume à la guerre chiite/sunnite. Mais il ne faut pas se laisser prendre au piège de l’idéologie portée par les acteurs en conflit. Derrière ce voile idéologique, il se cache une lutte à mort entre deux modèles : le saoudien et l’iranien. Le premier renvoie à une économie libérale et rentière, dépendante de sa vente d’hydrocarbures. A ce modèle correspond une dictature de type clanique. On a affaire à un Etat autoritaire dont la seule fonction est de faire perdurer l’économie rentière afin d’assurer le pouvoir et l’avoir de ce clan. Le deuxième renvoie à une économie nationale, qui privilégie la construction d’une industrie autonome vis-à-vis des économies occidentales. L’Etat est le garant de ce type de développement économique, dont la pérennité est assurée par un système électoral. Le modèle saoudien est né par la grâce de la stratégie impérialiste anglaise. Le modèle iranien est le produit d’une révolution populaire interne. En réalité il s’agit de la concurrence entre deux modèles socio-économiques et politiques antagonistes. Il n’y a rien d’étonnant à constater l’alliance entre l’impérialisme occidental et la monarchie saoudienne. C’est un monde ancien qui est en train de disparaître sous nos yeux. Rien d’étonnant non plus à voir la révolution palestinienne, malgré quelques tensions, choisir l’alliance avec l’Iran. Car la révolution palestinienne est en son essence la contestation de l’ordre impérialiste occidental.La convergence entre la révolution palestinienne en cours et la révolution iranienne de 1979 est porteuse d’un changement profond dans la région et par conséquent dans le monde. C’est la rencontre de ces deux plaques tectoniques qui est à l’origine des convulsions actuelles du monde. L’impérialisme tente de contrer ou contenir par tous les moyens possibles cette tendance révolutionnaire qui semble défaire l’ancien monde. La réplique de l’impérialisme avec la stratégie du nouveau Moyen Orient se manifeste concrètement par l’embargo imposé à l’Iran et le blocus contre Gaza. Et sur le plan de la violence directe par le soutien financier et militaire de groupes terroristes ultra-violents en Irak et en Syrie. Mais cette stratégie a déjà échoué. La révolution fait son chemin car pour ces peuples il n’y a plus guère le choix qu’entre la vie ou la mort.

Comité Action Palestine

Novembre 2015

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