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Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a annoncé, le 24 février, son intention de dissoudre l’association Comité Action Palestine (Bordeaux), en même temps que la fermeture administrative de la mosquée de Pessac et la dissolution du collectif Palestine Vaincra (Toulouse).

Cette annonce est survenue le jour même du diner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) où le Premier ministre Jean Castex a affirmé que Jérusalem est « la capitale éternelle du peuple juif ».

Cette dissolution a été rendue possible par la loi « confortant le respect des principes de la république » (alias loi « anti séparatiste »), votée le 24 aout 2021, qui instaure dans le pays l’arbitraire et un droit d’exception.

Outil de répression politique, cette loi s’inscrit dans le cadre d’une offensive réactionnaire et liberticide du gouvernement français, empêtré dans la gestion déplorable d’une situation sociale, économique et sanitaire très dégradée.

Darmanin nous reproche de parler d’islamophobie d’Etat, alors même qu’aujourd’hui le climat politique inquiétant où les musulmans et leur liberté associative sont devenus la cible prioritaire de la répression, le gouvernement s’attaque aussi aux associations de solidarité avec les Palestiniens et s’attaquera demain à toute opinion jugée différente ou subversive.

Que reproche l’Etat au Comité Action Palestine ?

Dans un document notifié au CAP par Gérald Darmanin, on nous reproche d’être des antisionistes. Ce que le CAP assume complètement.

Nous sommes antisionistes et souhaitons la libération de la Palestine. La Palestine est une terre volée aux Palestiniens et elle doit être restituée aux Palestiniens. Depuis 1948, les sionistes ont toujours voulu annexer davantage de terre en expulsant, en emprisonnant, en massacrant les Palestiniens.

Le mouvement historique, politique et idéologique de cette barbarie, une barbarie coloniale : c’est le sionisme. Le palestinien ne lutte pas contre les juifs en tant que juifs mais contre des colons !

  • Il s’agit d’une situation coloniale et c’est cette situation que le CAP à toujours dénoncé.

Je vais vous citer une Journaliste israélienne, Amira Hass couvrant les territoires palestiniens occupés en 1967 et basée à Ramallah écrivait pour sa part dans le quotidien Haaretz, le 9 octobre 2015 :

« Les jeunes Palestiniens ne vont pas se mettre à assassiner des juifs parce qu’ils sont juifs, mais parce que nous sommes leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, les voleurs de leur terre et de leur eau, les démolisseurs de leurs maisons, ceux qui les ont exilés, qui leur bloquent leur horizon. ».

  • Est-ce que ça on a encore le droit de dire ça en France ou est-ce qu’il faut juste se taire et aller travailler ?

Aujourd’hui c’est nous, Palestine Vaincra, l’association de la mosquée de Pessac et Nantes révoltée. Hier c’était le CCIF, Baraka City.

Et demain, ça sera qui ? 

Demain ça sera vous, sauf si vous rentrez dans les rangs et renoncer à toute pratique, idéologie ou croyance dénonçant sans détour l’oppression, l’exploitation ou l’injustice d’où qu’elles viennent.

Au-delà des divergences, le mouvement associatif de résistance doit prendre la mesure du danger que fait peser le gouvernement sur la liberté d’expression en criminalisant l’antisionisme et toute voix jugée non conforme à sa définition arbitraire et autoritaire de l’action associative.

La liberté d’expression est un principe qui vaut pour tous et ne doit pas être à géométrie variable, soumis au bon vouloir du prince !

Vous comprendrez qu’il s’agit ici d’un procès politique. La liberté d’expression devrait normalement être un droit inaliénable dans une démocratie.  

Israël a violé toutes les résolutions de l’ONU, il a piétiné les droits des Palestiniens et le droit international.

Le Comité Action Palestine a été créé pour dire une chose simple : la colonisation de la Palestine doit cesser et notre devoir est de faire entendre la voix de la résistance du peuple palestinien.

Depuis 18 ans, le Comité Action Palestine a mis en œuvre, avec ses modestes moyens, des actions pour faire entendre la voix de la résistance.

Depuis 18 ans l’Etat n’a eu de cesse d’harceler les militants du CAP parce que nous n’avons jamais renoncé à cette ligne politique, à l’antisionisme sans concession, parce que nous n’avons jamais cru aux balivernes israéliennes et américaines sur les accords d’Oslo et la paix tant attendue, parce que nous avons toujours fait le choix de respecter les choix du peuple palestinien !

Tout autre position est néocoloniale. Nous, militants en France, n’avons pas à choisir à la place des Palestiniens les formes de résistances à la colonisation.  

Désormais, l’Etat français ne fait même plus semblant.

Il s’aligne sur la politique israélienne et criminalise toute expression antisioniste comme il criminalise le soutien à Georges Ibrahim Abdallah.

Gérald Darmanin nous reproche notre action en faveur de Georges Ibrahim Abdallah, le plus vieux prisonnier d’Europe, et libérable depuis 1999 mais que l’Etat maintien en détention de manière arbitraire.

Nous renouvelons ici notre soutien total et entier à Georges Ibrahim Abdallah et nous espérons qu’il retrouve au plus vite la liberté !

Cela étant dit, ce qui se passe au CAP n’est pas grave au regard de ce qui se passe en Palestine.

On peut dissoudre une association, mais pas la vérité et l’aspiration à la justice, et encore moins la volonté qui anime le militantisme de lutter contre l’oppression d’où qu’elles viennent.

Nos principes du soutien à la cause palestinienne sont :

* La condamnation du sionisme comme mouvement politique colonialiste et raciste.

* Le soutien inconditionnel à la résistance du peuple palestinien et à son combat pour son autodétermination et son indépendance nationale.

* La reconnaissance du droit inaliénable au retour de tous les réfugiés chez eux.

* La libération de tous les résistants emprisonnés.

Vive la Résistance ! Vive la Palestine !

Force et Victoire au Peuple Palestinien !

Palestine Vivra, Palestine vaincra !

Comité action Palestine, le 08/03/2022

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