Obama, l’avenir d’une illusion

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le 15/11/2008 19:40:00 (1103 lectures)

 

barack obama, l'avenir d'une illusionA l’heure où l’élection à la présidence américaine de Barack Obama a suscité frénésie médiatique et hystérie collective, où l’idéologie et la passion ont libre cours, étouffant par leur massivité toute tentative de raisonnement critique, le Comité Action Palestine a tenu à rédiger un texte pour dissiper les illusions qui entourent l’accession d’un noir (ou métis) à la fonction suprême.

La première illusion est celle d’une rupture avec l’ère des inégalités raciales. Comme par enchantement, le racisme de la société américaine aurait disparu avec l’élection d’un noir. Or, le président noir va devoir agir dans un système politique blanc qui va lui dicter ses orientations politiques, de l’alpha à l’oméga. Et l’égalité raciale présuppose l’égalité sociale, loi historique contre laquelle les tours de passe-passe du nouveau président s’avèreront insuffisants.
La seconde grande illusion présente Barack Obama comme l’acteur du changement, l’homme providentiel en temps de crise, le sauveur des temps modernes : il serait au pouvoir du nouveau président de sortir le peuple de sa condition misérable. Mais la réalité est toute autre car dans le système capitaliste américain, ce qui prime ce sont les intérêts des grandes banques et des grandes entreprises, c’est-à-dire la loi du profit. Le « démiurge noir » aura beau faire toutes les gesticulations possibles, il ne pourra pas aller contre cette seconde loi historique.


« Dans la perception des peuples du Sud, l’actuel ordre capital occidental globalisé, avec ses mercenaires de l’Organisation mondiale du commerce, du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, ses sociétés transcontinentales privées et leur idéologie néolibérale, représente le dernier, et de loin le plus meurtrier, des systèmes d’oppression advenus au cours des cinq siècles passés ».
Jean Ziegler, La haine de l’Occident, Albin Michel, 2008

Obama n’est ni noir, ni métis, ni blanc ; il est seulement le produit chimérique d’un capitalisme en décomposition, d’une nation impérialiste déclinante à la recherche d’un nouveau souffle, d’une nouvelle légitimité, fondée sur le culte de la personnalité. Après une propagande extraordinaire qui l’a présenté comme le sauveur du monde, après cette ivresse collective, plutôt cette ferveur religieuse, viendra le jour des premiers bilans ; on s’apercevra alors qu’Obama n’est rien d’autre que le domestique du grand capital  américain.

Il continuera la guerre incessante que mènent les USA aux pays du Sud. Il a déjà reconnu Jérusalem comme la capitale éternelle de l’entité sioniste {son conseiller, Rahm Emmanuel, d’origine juive et sioniste, a servi dans l’armée de l’occupant « israélien »}. Il a promis de continuer la guerre barbare contre le peuple afghan. Concernant l’Irak, les États-Unis d’Obama continueront leur œuvre de démocratisation par les bombardements et de massacres de masse.

Sur la scène intérieure américaine,  rien ne bougera. L’abolition des hiérarchies raciales,  étroitement imbriquées aux hiérarchies sociales, présuppose une politique d’égalité. Comment mener cette politique sans remettre en cause ce qui est au principe de toute l’organisation sociale : le profit ? Mais là, ce serait toucher au sacré ! Le profit, élevé au rang d’un dogme religieux, soumet les 6 milliards d’êtres humains, dont la moitié est réduite à l’état de bêtes de somme. Ce profit qui fabrique les guerres, les famines, l’esclavage, l’exploitation, le racisme, ce profit est l’ennemi déclaré et farouche de toute aspiration à la liberté et à l’égalité. Il est l’ennemi de l’humanité. Que nous promet Obama à ce sujet ? De vagues déclarations, quelques bonnes intentions. Rien de plus. Mais en contexte de crise l’illusion permet au système de respirer encore pour quelques temps.

Obama changera le monde ? Non, il se soumettra à ce monde. Il obéira aux vraies lois, aux lois clandestines du système capitaliste : il obéira à ceux qui contrôlent la finance et les grandes multinationales. C’est le profit qui a élu Obama, c’est le profit qui le révélera : une illusion sans avenir. Une illusion qui se  dissipera au contact du réel. Ce sera le moment d’une inversion : le métis, à qui on voue un culte, ne sera rien d’autre qu’un noir qui a échoué et trompé les masses. Parce que cette campagne de propagande a tout centré sur la personnalité d’Obama, la promesse de changement non tenue sera mise sur le compte de sa personnalité. De l’illusion à la réalité, le démiurge se transformera en charlatan.

Comité Action Palestine, Novembre 2008
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