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Article de Ameer Makhoul, directeur général d’Ittijah et président de la commission des libertés (Palestine 48) du 11 novembre 2009.

En se basant sur l’exemple de Nitsirit Ilit, une colonie juive établie en Palestine de 48 et dont la municipalité développe actuellement des mesures racistes pour contrer l’accroissement de la population palestinienne, Ameer Makhoul, directeur de Ittijah, collectif d’ONG palestiniennes en Palestine de 48, analyse la nature coloniale et raciste du projet sioniste de ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Il rappelle notamment qu’il n’y a aucune différence entre les colonies établies initialement en Palestine de 48 et celles qui sont construites aujourd’hui en Cisjordanie. « Chaque mètre carré de leurs terres [celles des colonies] est une terre arabe palestinienne confisquée et volée par Israël » écrit-il.

Dans ce projet colonial, le racisme est partout, il anime aussi bien la société juive que le régime israélien. Mais comme l’illustre Nitsirit, ce projet est en crise. La perte des illusions envers le régime israélien et la légitimité de leur présence rendent les masses palestiniennes dans les territoires de 48 plus fortes que jamais.

Pour relever le défi, Ameer Makhoul insiste sur l’unité, tant à l’intérieur des territoires de 48 qu’avec l’ensemble des composantes de la nation palestinienne. Pour lui, il est primordial de sortir du cadre de la lutte pour la citoyenneté pour contribuer à l’élaboration du projet de libération de toute la Palestine.


Le 10 novembre 2009, Shimon Gafso, président de la municipalité de Nitsirit Ilit a annoncé son plan de re-judaïsation de la ville, suite à l’accroissement manifeste de la présence arabe (plus du quart de la population), au moment où les juifs, et notamment les jeunes, refusent de plus en plus d’y vivre.

Les axes de son plan se complètent, l’un garantit une immigration « qualitative » des juifs, et le second constitue un message clair aux Arabes de la ville, qui y ont immigré, individuellement, à la recherche d’une solution individuelle à la crise du logement ou du travail qu’ils rencontrent dans les villes arabes de la région. Il leur a proposé à rechercher « une autre maison », selon l’expression du site NRG (ou GRN).

L’exécution pratique du plan consiste à faire venir les colons de Gosh Qtayf, des anciennes colonies de Gaza, la construction du projet « Har Yona 3 », qui est une ville des religieux (Haridim) et la construction d’un centre spirituel juif régional, et faire venir des groupes appelés « les noyaux durs sionistes » qui sont des militaires religieux nationalistes, à partir des blocs de colonisation et des écoles religieuses militaires, qui ont assuré la formation des terroristes juifs.

Ces groupes enrôlés sont des groupes para-militaires qu’ils avaient déjà amenés et installés à Akka, dans le cadre du plan de « développement » (judaïsation) du Naqab et de la Galilée » que Sharon avait présidé et qui faisait partie du plan de désengagement avec Gaza, en 2005. De même, le plan de Gafso inclut l’invasion de la ville par des bannières et symboles juifs et sionistes.

En réalité, Gafso menace la présence arabe dans « Nitsirit Ilit » à la manière de Akka à l’automne 2008, lorsque les groupes juifs racistes ont attaqué la présence arabe dans la ville, et lorsque le racisme de la rue s’est abrité derrière le racisme du régime israélien, dans un partage de rôle assumé.

En réalité, Shimon Gafso n’apporte rien de nouveau, sinon secouer les illusions, car il nous ramène aux racines du projet sioniste, aux années 50 du siècle dernier lorsque Nitsirit Ilit a été construit, en tant que rêve colonial et raciste de Ben Gourion, tout comme Gafso n’est pas « meilleur » dans l’application et l’exécution de ce projet que le collaborateur de Ben Gourion, Shimon Pérès.

Le rêve de Ben Gourion parlait de « la fondation d’une ville juive au cœur de la Galilée, pour démanteler la continuité géographique et démographique arabe dans la région ». Il fait partie du vaste projet sioniste colonial et colonialiste basé sur le nettoyage ethnique.

De même, le but de Nitsirit Ilit, de sa fondation comme de son extension, est un but colonial et colonialiste qui ne diffère en rien au texte ou à l’essence des colonies israéliennes en Cisjordanie et dans al-Quds, après leur occupation en 1967 jusqu’à aujourd’hui. Si nous comparons entre les objectifs de Nitsirit Ilit, de Maale Adomim, de Gosh Atsion, de Hereel ou Karmael, nous trouvons qu’il s’agit du même objectif, la décision de les construire est la même, leur planification relève du même esprit et même la loi sur laquelle leur construction est basée est la même.

Si nous comparons entre la manière dont Shimon Pérès a agi dans la construction de Nitsirit Ilit en 1956 et entre la construction des colonies en Cisjordanie, chaque mètre carré de leurs terres est une terre arabe palestinienne confisquée et volée par Israël, l’année de la Nakba et du nettoyage ethnique en 1948, ou bien confisquée en s’appuyant sur la loi de déracinement colonial qui sévit de 1948 à aujourd’hui, en vue de changer sa nature démographique et judaïser la patrie palestinienne.

Le plan de Gafso et toute l’existence de Nitsirit Ilit reflètent l’essence de la présence israélienne, en tant que présence coloniale. Mais c’est un projet en crise, et l’exacerbation de sa crise dévoile son essence. Israël a toujours essayé de cacher cette essence dans une tentative d’acquérir une légitimité. Mais la force des masses de notre peuple palestinien, leur capacité de lutte, leur présence de plus en plus massive à arborer leur identité nationale, une identité sûre de son droit et de sa patrie, et en tant que propriétaire du pays, tout cela a mis le régime israélien dans son ensemble dans une situation de réaction. C’est un changement stratégique que nous avons aperçu dans les récentes lois racistes, dans la campagne de vengeance au cours et après le soulèvement de la colère et de la protestation en Palestine 48 contre les crimes israéliens à Gaza, et avant, contre l’agression israélienne sur le Liban en 2006 et dans toute la politique des poursuites politiques terrorisantes.

Ce changement est accompagné d’une autre donnée, la chute des illusions dans les milieux de notre peuple envers le régime israélien et la certitude de plus en plus que l’institution religieuse, juridique, académique, sécuritaire et de la planification participe dans son ensemble à ce crime historique qui n’a pas cessé depuis la Nakba, cherchant à voler et à judaïser ce qui reste encore.

Le plan du président de la municipalité de Nitsirit Ilit reflète, que nous le voulons ou non, l’aspect sanguinaire de la politique et du régime en Israël, ainsi que l’état d’affrontement imposé aux masses de notre peuple à l’intérieur. La bataille de la présence légitime nous est imposée, et nous ne pouvons l’ignorer. Dans cette bataille de la légitimité, nous sommes les plus forts, et non le régime colonial et raciste et ses manifestations à Nitsirit Ilit, Kiriat Arbaa et Maale Adomim.

La nature du défi exige de maintenir élevée notre disposition à la lutte dans l’unité, la construction de nos directions locales et l’accumulation de nos acquis, et il exige en même temps, que nos masses à l’intérieur agissent en tant que partie intégrante de la cause palestinienne, et non limiter leur rôle au cadre de la citoyenneté, d’agir avec elles-mêmes en tant que propriétaires du droit et avec responsabilité dans l’élaboration du large projet palestinien de libération et l’édification de sa direction.

Le plan de la municipalité de Nitsirit Ilit, qui n’est en rien différente de tout autre pouvoir municipal ou central, confirme également que le mouvement de lutte contre la normalisation arabe et régionale et le mouvement international de boycott d’Israël sont des outils qui doivent être amplifiés, tout en agissant pour briser le blocus structurel contre notre peuple, dont la source n’est que l’essence d’Israël lui-même.

Ameer Makhoul

Traduction : CIREPAL (Centre d’Information sur la Résistance en Palestine)

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