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Dans sa tentative désespérée de défendre les intérêts du capitalisme français en Afrique, Emmanuel Macron s’est récemment illustré lors de sa « tournée africaine » par son arrogance coloniale comme tous ses prédécesseurs mais à cette différence historique près qui est de taille : la présence française en Afrique est largement contestée avec une perte d’influence jamais constatée auparavant.  Ce qui donne l’impression d’un Président français qui piétine les normes diplomatiques minimales, insultant les officiels africains en les traitant d’hypocrites parce qu’ils ne s’alignent pas sur la position occidentale dans la guerre en Ukraine. 

Se croyant encore à l’âge d’or du colonialisme français, Emmanuel Macron veut toujours tenir le rôle du maître sans se rendre compte du décalage historique : les Africains ont pleinement conscience des dégâts coloniaux causés par la France et, à ce titre, la détestation de ce pays est à un point culminant. Les Africains veulent définitivement s’affranchir de toute tutelle coloniale, mais Macron fait mine de ne pas savoir que l’empire français n’est plus, ni sous sa forme coloniale ni sous forme néocoloniale. Il est presque pathétique de voir le président français s’agiter ainsi dans le tourbillon violent et parfois salutaire de l’Histoire… 

Alors qu’il joue le professeur de morale en Afrique, il est celui qui, le 29 juillet, recevait Mohamed Ben Salman, un dictateur qui découpe ses opposants en petits morceaux. Il est celui dont la police tue en toute impunité dans les quartiers populaires et éborgne les gilets jaunes. Il est celui qui réprime toute opinion jugée différente ou subversive et dissout les associations.  Il est bien le chef d’un Etat qui a exterminé des dizaines de milliers de résistants camerounais dans les années 1960, qui a participé, au moins indirectement, au génocide des Tutsis au Rwanda, qui a orchestré l’assassinat de dizaines de militants de l’autodétermination des peuples dont Thomas Sankara. Encore aujourd’hui l’Etat français massacre à l’arme lourde les manifestants africains qui dénoncent leurs dirigeants sous tutelle française, bombarde les opposants au dictateur tchadien. 

S’il y a hypocrisie, ce serait sans conteste celle du président français.  Cette arrogance de plus en plus décomplexée, c’est celle d’une puissance coloniale en déclin rapide qui ne veut et ne peut lâcher son influence. Car elle a largement forgé sa puissance économique et sa prospérité sur le pillage du continent africain. Mais aujourd’hui, les intérêts du capitalisme français sont en Afrique partout ébranlés, ses entreprises ciblées par une population locale consciente politiquement, sa présence militaire contestée.

 Objet de rejet et humiliée au Mali où l’armée française doit déguerpir sous la pression de la rue, la France n’a plus qu’une option face à cette perte de légitimité : la violence comme lors du meurtre de trois manifestants au Niger fin novembre 2021, lors du passage d’un convoi de l’opération « Barkhane » bloqué de nombreux jours au Burkina Faso par une jeunesse révoltée par les méfaits coloniaux de la France.

La comédie du « racisme anti-blanc » ne trompe personne : les peuples africains rejettent des relations d’échanges au seul bénéfice de la France. Les gesticulations arrogantes sous le régime macroniste sont une maladie du colonialisme en décomposition accélérée à laquelle nous assistons aujourd’hui. Sous couvert d’une pseudo « lutte contre le terrorisme », il s’agit en réalité de préserver les intérêts français au détriment des peuples africains en fournissant les outils de répression à des dirigeants africains collaborationnistes et sans légitimité populaire.

Que cela soit en France, en Afrique ou en Palestine, Emmanuel Macron et ses fidèles alliés combattent, en vain, la révolution en cours contre l’ordre colonial et capitaliste. Le chef de l’Etat français peut insulter les gens, mais pas l’Histoire. 

Comité Action Palestine, 5 août 2022

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