{"id":3257,"date":"2020-11-01T20:33:44","date_gmt":"2020-11-01T19:33:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/?p=3257"},"modified":"2020-11-11T16:25:32","modified_gmt":"2020-11-11T15:25:32","slug":"racisme-et-lutte-des-classes-en-bolivie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/racisme-et-lutte-des-classes-en-bolivie\/","title":{"rendered":"Racisme et lutte des classes en Bolivie"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3257?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3257?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>\n<p>Simon B. (Octobre 2020)<\/p>\n\n\n\n<p><em>La crise qui frappe aujourd\u2019hui la Bolivie prend ses racines dans l\u2019histoire. Cette histoire coloniale o\u00f9 les Europ\u00e9ens ont, partout dans le monde, extermin\u00e9, pill\u00e9 et hi\u00e9rarchis\u00e9 les races et les communaut\u00e9s pour asseoir d\u00e9finitivement leur pouvoir. D\u00e9finitivement ? Non, heureusement. Le projet colonial n&rsquo;a en g\u00e9n\u00e9ral pas enti\u00e8rement abouti. La crise qui secoue la Bolivie est en quelque sorte la revanche des colonis\u00e9s, des pauvres, des exploit\u00e9s : les Indig\u00e8nes.  Le refoul\u00e9 se rappelle aux dirigeants politiques colonialistes et il a pris la forme d\u2019un mouvement politique, le MAS, qui a port\u00e9 au pouvoir Evo Morales.  Leur redonner le pouvoir, r\u00e9habiliter leur dignit\u00e9, d\u00e9barrasser la Bolivie du racisme et de l\u2019exploitation \u00e9hont\u00e9e des Indig\u00e8nes, telle est la lame de fond silencieuse qui est en train d\u2019emporter la vieille soci\u00e9t\u00e9. Le coup d\u2019Etat du 20 octobre 2019 montre que tout n\u2019est pas jou\u00e9, que les revanchards et les vieux loups de l\u2019ancienne soci\u00e9t\u00e9 sont \u00e0 l\u2019aff\u00fbt pour s\u2019accrocher encore aux branches pourries de l\u2019ordre raciste et capitaliste. C\u2019est \u00e0 cette analyse du rapport entre lutte des classes et racisme que Simon B. nous invite. Il est aujourd\u2019hui essentiel de comprendre ce qui se joue en Bolivie, mais aussi partout o\u00f9 le capitalisme fait d\u00e9pendre sa survie de la l\u00e9gitimation du racisme et de la division des classes populaires. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes en d\u00e9cembre 2019, dans un appartement bourgeois de la banlieue de Sucre, actuelle capitale constitutionnelle de la Bolivie qui fut jadis la ville la plus riche et la plus cultiv\u00e9e d\u2019Am\u00e9rique du Sud o\u00f9 l\u2019aristocratie coloniale jouissait de revenus fabuleux tir\u00e9s de l\u2019exploitation des autochtones dans les mines avoisinantes de Potos\u00ed, jetant par les balcons vaisselle d\u2019argent et ustensiles en or au cr\u00e9puscule de f\u00eates somptueuses(1). D\u00e9sormais, seuls demeurent vivant les fant\u00f4mes de la richesse pass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mois plus t\u00f4t, un coup d\u2019Etat militaire renversait le pr\u00e9sident r\u00e9cemment \u00e9lu Evo Morales, orchestr\u00e9 principalement par les grands propri\u00e9taires terriens et agro-industriels de la r\u00e9gion de Santa Cruz. Notre h\u00f4te, \u00e9conomiste retrait\u00e9 d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9e, a travaill\u00e9 au minist\u00e8re du d\u00e9veloppement avant le gouvernement Morales, puis dans le secteur priv\u00e9 des hydrocarbures. Ce Bourgeois bolivien est la parfaite personnification de la classe sup\u00e9rieure bolivienne. Son orientation id\u00e9ologique ne pr\u00eate \u00e0 aucune confusion. Il \u00ab&nbsp;aime le capitalisme&nbsp;\u00bb et il \u00ab&nbsp;n\u2019aime pas le socialisme&nbsp;\u00bb car \u00ab&nbsp;le socialisme c\u2019est mal&nbsp;\u00bb. Pour parfaire le tableau, sa femme est m\u00e9decin biologiste et ils ont trois enfants, deux sont psychiatres et un \u00e9conomiste. Il confie \u00e9galement des liens de parent\u00e9 avec un ancien pr\u00e9sident Bolivien.<\/p>\n\n\n\n<p>Ecoutons le parler des indig\u00e8nes(2)&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019indien fait b\u00eatement ce qu\u2019on lui dit [&#8230;] L\u2019indig\u00e8ne ne comprend rien [&#8230;], il n\u2019est pas \u00e9duqu\u00e9, il est stupide.&nbsp;\u00bb Les \u00ab&nbsp;indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb sont \u00ab&nbsp;violents&nbsp;\u00bb affirme-t-il. Il en veut pour preuve leur comportement r\u00e9cent \u00e0 El Alto, poumon \u00e9conomique de l\u2019altiplano compos\u00e9 de 80% d\u2019Aymara. Apr\u00e8s le coup d\u2019Etat les indig\u00e8nes ont \u00ab&nbsp;bloqu\u00e9 les routes violemment&nbsp;\u00bb &#8211; lisez les barricades &#8211; en \u00ab&nbsp;agressant et en frappant les gens&nbsp;\u00bb &#8211; lisez la police et l\u2019arm\u00e9e, les bourgeois \u00e9tant planqu\u00e9s dans leurs quartiers &#8211; tandis que les gens \u00ab&nbsp;civilis\u00e9s&nbsp;\u00bb de la Zona Sur (bastion bourgeois de La Paz) ont \u00ab&nbsp;bloqu\u00e9 pacifiquement&nbsp;\u00bb les routes de leur quartier, en \u00ab&nbsp;expliquant gentiment aux gens qu\u2019ils pouvaient passer&nbsp;\u00bb sous r\u00e9serve (mais notre bon bourgeois ne prend pas la peine de le pr\u00e9ciser), de ne pas \u00eatre indig\u00e8ne. Lorsqu\u2019on l\u2019interroge sur l\u2019origine de cette violence, notre Bourgeois bolivien a une explication infaillible&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019indig\u00e8ne ne r\u00e9fl\u00e9chit pas et r\u00e9agit par la violence. Ce n\u2019est pas une question de pauvret\u00e9, c\u2019est culturel, les gens des campagnes sont comme \u00e7a.&nbsp;\u00bb Ecoutons d\u00e9sormais ce qu\u2019il a \u00e0 nous dire sur le probl\u00e8me de la drogue, lui qui affirme ouvertement que \u00ab&nbsp;Morales est un narcotrafiquant [&#8230;] et un p\u00e9dophile [&#8230;]. Il aime la p\u00e9dophilie [&#8230;] Si les p\u00e8res de familles disaient \u00ab&nbsp;ce n\u2019est pas bien de gagner sa vie avec la coca\u00efne&nbsp;\u00bb, on n\u2019aurait pas ce probl\u00e8me. Donc il s\u2019agit d\u2019une question de valeur et d\u2019\u00e9ducation.&nbsp;\u00bb Probl\u00e8me r\u00e9solu.<\/p>\n\n\n\n<p>Son discours est \u00e9galement empreint d\u2019un m\u00e9pris insondable envers les croyances autochtones. La chr\u00e9tient\u00e9 \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9e comme la normalit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 indiscutable, tandis que les premi\u00e8res sont profond\u00e9ment d\u00e9nigr\u00e9es comme \u00ab&nbsp;arri\u00e9r\u00e9es&nbsp;\u00bb. Mais attention, notre Bourgeois Bolivien n\u2019en d\u00e9mord pas il \u00ab&nbsp;n\u2019a rien contre les indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb. Il endosse d\u00e9sormais sa casquette d\u2019\u00e9cologiste pour d\u00e9noncer la pollution des rivi\u00e8res li\u00e9es aux activit\u00e9s mini\u00e8res dans la r\u00e9gion de Potosi qui sont faites \u00ab&nbsp;au d\u00e9pend des indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb. Ce propos traduit-il une soudaine compassion envers l\u2019indig\u00e8ne&nbsp;? Ou envers la nature&nbsp;? Loin s\u2019en faut&nbsp;! Cela traduit plut\u00f4t une instrumentalisation de la question \u00e9cologique par la bourgeoisie \u00e0 des fins politiques, en l\u2019occurrence ici d\u00e9gager Morales du pouvoir. Certaines de ces affirmations peuvent para\u00eetre grotesques mais elles n\u2019en refl\u00e8tent pas moins le discours global des classes dominantes en Bolivie au lendemain du coup d\u2019Etat. Une question se pose alors, comment expliquer l\u2019intensit\u00e9 et la violence du racisme au lendemain du coup d\u2019Etat dans ce nouvel \u00e9tat \u00ab&nbsp;plurinational&nbsp;\u00bb Bolivien (2009), dont la constitution pr\u00f4ne la \u00ab&nbsp;connaissance mutuelle&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;coop\u00e9ration entre les peuples de la r\u00e9gion&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La fabrication de la hi\u00e9rarchie raciale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, la Bolivie a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une hi\u00e9rarchisation \u00ab&nbsp;raciale&nbsp;\u00bb o\u00f9 la classe dominante, issue du colonialisme et d\u2019origine europ\u00e9enne a impos\u00e9 ses pratiques et ses croyances. Cette hi\u00e9rarchie a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par la violence \u00e0 travers un processus de lutte de classes.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la strat\u00e9gie migratoire de blanchiment ayant \u00e9chou\u00e9e en Bolivie, l\u2019\u00e9ducation &#8211; largement inspir\u00e9e des syst\u00e8mes p\u00e9dagogiques europ\u00e9ens &#8211; est per\u00e7ue comme un \u00e9l\u00e9ment central pour \u00ab&nbsp;am\u00e9liorer&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la race&nbsp;\u00bb d\u2019un peuple consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab&nbsp;malade&nbsp;\u00bb(3). Autrement dit, l\u2019objectif est de d\u00e9sindianiser le pays. Dans l\u2019imaginaire bourgeois, le r\u00f4le de l\u2019\u00e9cole lib\u00e9rale est de convertir \u00ab&nbsp;l\u2019indien sauvage, brutal et criminel&nbsp;\u00bb en sujet passif non agressif, apte pour le travail, et in fine un bon esclave, p\u00e9on ou sa version moderne, un salari\u00e9. La conversion de la \u00ab&nbsp;race inf\u00e9rieure&nbsp;\u00bb notamment via la castillanisation est consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab&nbsp;une absolue n\u00e9cessit\u00e9 pour unifier la r\u00e9publique&nbsp;\u00bb dans un contexte de forte crainte des \u00e9lites lib\u00e9rales de la \u00ab&nbsp;guerre de races&nbsp;\u00bb (4). La langue espagnole est donc impos\u00e9e comme unique bien culturel linguistique l\u00e9gitime &#8211; jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du gouvernement Morales \u2013 agissant comme langue de domination et capital de diff\u00e9renciation sociale \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des communaut\u00e9s aymaras et quechuas (5,6).<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, la religion chr\u00e9tienne est d\u00e9clar\u00e9e comme la seule croyance l\u00e9gitime, ou plut\u00f4t la deuxi\u00e8me apr\u00e8s le sacro-saint syst\u00e8me marchand capitaliste. Les institutions politiques bourgeoises placent en bas de l\u2019\u00e9chelle les croyances des peuples andins et amazoniens ainsi que les modes d\u2019organisations productifs et politiques communautaires traditionnels (eg. ayllu). Les st\u00e9r\u00e9otypes ethniques (indien, cholo, m\u00e9tisse, se\u00f1or) proc\u00e8dent \u00e9galement d\u2019une logique de hi\u00e9rarchisation, le terme indien \u00e9tant per\u00e7u comme la r\u00e9f\u00e9rence n\u00e9gative. Des attributs \u00ab&nbsp;non indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb, le nom, la couleur de peau, la langue ou la tenue vestimentaire permettent d\u2019obtenir un avantage social concret (emploi, bourse, contrat, pr\u00eat bancaire, grandes \u00e9coles&#8230;). De nombreux boliviens indig\u00e8nes relatent l\u2019impossibilit\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 d\u2019acc\u00e9der aux places centrales, magasins, caf\u00e9s, bars de nombreuses villes boliviennes en raison de leur origine ethnique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avant l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Evo Morales au pouvoir, porter la pollera (jupe bouffante) ou parler quechua au centre-ville \u00e9tait impensable pour mes parents&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 la complexit\u00e9 de la question ethnique en Bolivie o\u00f9 historiquement, les concepts d\u2019ethnicit\u00e9, de \u00ab&nbsp;race&nbsp;\u00bb et de classes ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9troitement li\u00e9s et ont vu leurs crit\u00e8res de d\u00e9finition changer au cours du temps. Disons tout de suite que les cat\u00e9gories ethniques en Bolivie sont des constructions sociales et dynamiques qui varient selon l\u2019organisation \u00e9conomique, sociale et politique. Elles n\u2019existent pas par elles-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme \u00ab&nbsp;indien&nbsp;\u00bb correspond initialement \u00e0 une cat\u00e9gorie tributaire et administrative \u00e0 travers les obligations des populations originaires envers l\u2019Etat espagnol (7). Au fil du 19e si\u00e8cle, une nouvelle cat\u00e9gorie vit le jour&nbsp;: les \u00ab&nbsp;cholos&nbsp;\u00bb, compos\u00e9s d\u2019ouvriers et artisans urbains, issus d\u2019un m\u00e9tissage (\u00ab&nbsp;indien&nbsp;\u00bb et cr\u00e9ole) et conservant de forts liens avec les populations indig\u00e8nes. Lors de la R\u00e9volution Nationale (1952) &#8211; qui s\u2019illustra notamment par la nationalisation des mines, le vote universel et la r\u00e9forme agraire &#8211; le code d\u2019Education bolivien (1955) appelle \u00e0 \u00ab&nbsp;arracher&nbsp;\u00bb certains vices et certaines pratiques consid\u00e9r\u00e9s comme h\u00e9r\u00e9ditaires, intrins\u00e8quement li\u00e9s \u00e0 l\u2019ethnie et au statut d\u2019indien paysan, dans la droite lign\u00e9e du discours paternaliste civilisateur de Diez de Medina qui pr\u00e9sidait alors la commission de la r\u00e9forme de l\u2019Education (4). Entre 1953 et 1964, le nombre d\u2019\u00e9cole double dans le pays avec l\u2019objectif de construire une nation m\u00e9tisse et homog\u00e8ne en utilisant la castillanisation, les langues indig\u00e8nes \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9es comme une survivance archa\u00efque. Le cholo bolivien \u2013 artisan ou ouvrier urbain \u00ab&nbsp;m\u00e9tisse&nbsp;\u00bb &#8211; est alors exalt\u00e9 par l\u2019institution \u00e9tatique. O. Harris montre que durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;indien&nbsp;\u00bb est li\u00e9e \u00e0 un haut niveau de pauvret\u00e9, un travail agraire rural de subsistance et une participation limit\u00e9e au march\u00e9 (7). Alors qu\u2019en 1900 l\u2019indig\u00e8ne est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019imp\u00f4t indig\u00e8ne et exclu du service militaire, \u00e0 partir de 1952, l\u2019indianit\u00e9 est associ\u00e9e \u00e0 l\u2019indig\u00e8ne-paysan&nbsp;; ce qui n\u2019est pas sans effet sur les recensements des populations. Dans la r\u00e9gion de Cochabamba par exemple, les indig\u00e8nes passent de 16 et 22% en 1848 et 1900 respectivement \u00e0 75% en 1950 (4). La population active rurale bolivienne repr\u00e9sente 72,8% de la population en 1950, 47% en 1976, 37&nbsp;% en 2001(8). En 2002, la pauvret\u00e9 \u00e9tait de 81,7% dans le milieu rural (58,8% d\u2019indigence) contre 47% (21,6%) dans le milieu urbain (8). La conception r\u00e9cente de \u00ab&nbsp;pauvret\u00e9&nbsp;\u00bb bas\u00e9e sur le revenu et effa\u00e7ant progressivement le statut professionnel et ethnique, date en Bolivie du tournant n\u00e9olib\u00e9ral des ann\u00e9es 1980. La cat\u00e9gorie m\u00e9tisse au XXIe si\u00e8cle, loin d\u2019\u00eatre homog\u00e8ne culturellement comme ce fut le cas lors de l\u2019Etat nationaliste de 1952, correspond plut\u00f4t \u00e0 ce que signifie la classe moyenne(9). Cette cat\u00e9gorie s\u2019apparente \u00e0 une position plut\u00f4t \u00e9conomique et sociale que \u00ab&nbsp;culturelle&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;d\u2019origine&nbsp;\u00bb. On sait par ailleurs que la probabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre pauvre est de 16 points sup\u00e9rieurs pour un indien en Bolivie tandis que le taux de mortalit\u00e9 infantile est deux fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui des non-autochtones (10). En 2001, 5,3 millions (66,2%) de la population bolivienne s\u2019auto-identifie comme \u00e9tant indig\u00e8ne(11).<\/p>\n\n\n\n<p>En 2017, l\u2019agriculture emploie 30% des Boliviens, l\u2019industrie 21% et les services 49% tandis que le travail informel repr\u00e9sentait 71% des emplois non agricoles en 2009(12). D\u00e8s lors, il convient de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019indig\u00e8ne r\u00e9el c\u2019est-\u00e0-dire tel qu\u2019il se pr\u00e9sente dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle &#8211; le capitalisme au XXIs en Bolivie &#8211; comme paysans, ouvriers, commer\u00e7ants, travailleurs informels, \u00e9tudiants, fonctionnaires&#8230; L\u2019indig\u00e8ne \u00ab&nbsp;en chair et en os&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que l\u2019indien fantasm\u00e9, romanc\u00e9, pr\u00e9colombien qui a \u00e9t\u00e9 malheureusement en grande partie massacr\u00e9. L\u2019indig\u00e8ne n\u2019a pas disparu comme voudrait le faire croire la th\u00e8se lib\u00e9rale en vogue du \u00ab&nbsp;nous sommes tous m\u00e9tis&nbsp;\u00bb qui attribue le statut d\u2019indig\u00e8ne aux seules tribus pr\u00e9 colombiennes, et non \u00e0 l\u2019indig\u00e8ne r\u00e9el du XXIe si\u00e8cle, voilant ainsi le racisme dans une \u00ab&nbsp;ethnicit\u00e9 globale&nbsp;\u00bb abstraite ne refl\u00e9tant en rien l\u2019ethnicit\u00e9 effective, concr\u00e8te, socialement parlante. Cet aspect se devine dans le discours contradictoire de la classe sup\u00e9rieure bolivienne, qui, comme frapp\u00e9e de schizophr\u00e9nie, parle alternativement de la disparition des indiens, tout en poursuivant son discours raciste d\u2019une violence inou\u00efe envers la majorit\u00e9 de la population bolivienne. De m\u00eame concernant la religion, il ne faut pas tomber dans une division imaginaire d\u2019un monde ancestral andino-amazonien et d\u2019un monde moderne occidental, une grande partie de la population ayant m\u00eal\u00e9 des croyances andines et occidentales chr\u00e9tiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon \u00c1lvaro Garc\u00eda Linera(13), la majorit\u00e9 de la population bolivienne des ann\u00e9es 2000 est ins\u00e9r\u00e9e \u00ab&nbsp;dans des structures \u00e9conomiques, cognitives et culturelles non industrielles et poss\u00e8de, outre d\u2019autres identit\u00e9s culturelles et linguistiques [dont elle est porteuse] des habitudes et des techniques politiques r\u00e9sultant de sa propre vie mat\u00e9rielle et technique&nbsp;: le placement de l\u2019identit\u00e9 collective au-dessus de celle de l\u2019individu, de la pratique d\u00e9lib\u00e9rative au-dessus de l\u2019\u00e9lective, de la coercition normative comme mode de comportement gratifiant au-dessus du libre choix et de l\u2019accomplissement personnel, la d\u00e9personnalisation du pouvoir, sa r\u00e9vocabilit\u00e9 par consensus, l\u2019alternance dans les fonctions, etc., sont des formes de comportement qui parlent de cultures politiques oppos\u00e9es aux pratiques repr\u00e9sentatives, lib\u00e9rales et partisanes [&#8230;]&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, Garc\u00eda Linera indique qu\u2019il existe \u00ab&nbsp;une logique propre au monde indig\u00e8ne mais ce n\u2019est pas une logique antagoniste, s\u00e9par\u00e9e de la logique \u00ab\u00a0occidentale\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb. En d\u2019autres termes, le monde indig\u00e8ne n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 du monde capitaliste. Bien au contraire. Les indig\u00e8nes sont incorpor\u00e9s, sous une forme directe ou indirecte, au syst\u00e8me de production et march\u00e9 de consommation. Comme l\u2019explique fort justement K. Marx, le capital s\u2019empare d\u2019abord du travail dans les conditions techniques donn\u00e9es par le d\u00e9veloppement historique avant de transformer progressivement le mode de production. Au cours du processus, il est \u00e9vident que l\u2019indig\u00e8ne r\u00e9el du XXIe si\u00e8cle ne peut persister comme indien imaginaire vivant dans un idyllique monde naturel, au sein d\u2019un \u00ab&nbsp;primitivisme&nbsp;\u00bb non perverti par la civilisation capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"982\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG-20201102-WA0004-1024x982.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3261\" srcset=\"https:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG-20201102-WA0004-1024x982.jpg 1024w, https:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG-20201102-WA0004-300x288.jpg 300w, https:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG-20201102-WA0004-768x736.jpg 768w, https:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/IMG-20201102-WA0004.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Photo: Simon B.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Etat plurinational&nbsp;: expression de l\u2019\u00e9volution du rapport de force&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arriv\u00e9e au pouvoir en 2006 d\u2019Evo Morales, d\u2019origine populaire et indig\u00e8ne, a permis dans une certaine mesure de combattre la discrimination et la marginalisation fond\u00e9es sur des crit\u00e8res racistes. La nouvelle Constitution (2009) d\u00e9finit ainsi la Bolivie comme \u00ab&nbsp;un Etat pacifiste, qui promeut la culture de la paix [&#8230;], la coop\u00e9ration entre les peuples de la r\u00e9gion et du monde, afin de contribuer \u00e0 la connaissance mutuelle, \u00e0 un d\u00e9veloppement \u00e9quitable et \u00e0 la promotion de l\u2019intercommunalit\u00e9 [&#8230;]&nbsp;\u00bb (10). Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire bolivienne, les principes et pratiques indig\u00e8nes politiques, \u00e9conomiques, juridiques, culturels et linguistiques sont reconnus sur un m\u00eame seuil d\u2019\u00e9galit\u00e9 par rapport aux \u00ab&nbsp;non indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb. La notion de \u00ab&nbsp;Peuple et nation Indig\u00e8ne-originaire-paysans&nbsp;\u00bb (art30.i) voit le jour et se voit reconnaitre ses \u00ab&nbsp;us et coutumes originaires&nbsp;\u00bb dont la \u00ab&nbsp;justice communautaire et l\u2019autonomie indig\u00e8ne&nbsp;\u00bb au sein d\u2019un \u00ab&nbsp;Etat unitaire social de droit plurinational communautaire&nbsp;\u00bb (art. 1), marquant ainsi la disparition d\u2019une norme culturelle h\u00e9g\u00e9monique nationale qui octroie \u00e0 une minorit\u00e9 culturelle un statut sp\u00e9cifique (10). Les modes d\u2019organisations politique et \u00e9conomique autochtone (ayllus notamment) sont reconnus au m\u00eame titre que le syst\u00e8me marchand capitaliste, le quechua et l\u2019aymara deviennent des langues officielles au m\u00eame titre que l\u2019espagnol, le symbole autochtone Whipala est int\u00e9gr\u00e9 comme symbole national officiel au c\u00f4t\u00e9 du drapeau bolivien, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce changement constitutionnel ne s\u2019est pas fait sans une forte r\u00e9sistance de la bourgeoisie bolivienne, \u00e0 l\u2019exemple de la tentative de s\u00e9cession de l\u2019Etat de Santa Cruz en 2008 (14) et des agissements violents du Comit\u00e9 Civique de Santa Cruz, organisation d\u2019extr\u00eame droite raciste proche de l\u2019\u00e9glise bolivienne et au service de la bourgeoisie de Santa Cruz. L\u2019 Union de la jeunesse cruc\u00e9niste, \u00ab&nbsp;bras arm\u00e9&nbsp;\u00bb du comit\u00e9, ouvertement phalangiste et fasciste (15), s\u2019est illustr\u00e9e en septembre 2009 en assassinant 18 paysans indig\u00e8nes dans le d\u00e9partement du Prado. La volont\u00e9 de l\u2019Etat d\u2019imposer le nouveau statut \u00ab&nbsp;indig\u00e8ne&nbsp;\u00bb via l\u2019Etat plurinational a provoqu\u00e9 de fortes tensions au sein de la soci\u00e9t\u00e9 bolivienne. Ces tensions sont d\u2019autant plus vives que le gouvernement Morales a impuls\u00e9 une s\u00e9rie de changements socio\u00e9conomiques significatifs, parmi lesquels 20% des boliviens sont mont\u00e9s dans la classe moyenne qui repr\u00e9sente en 2017 58%, soit 2,2 millions de personnes en plus(7). L\u2019\u00e9mergence de cette nouvelle classe moyenne, d\u00e9sormais extr\u00eamement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, a intensifi\u00e9 les contradictions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la classe moyenne et semble avoir donn\u00e9 lieu en son sein \u00e0 une lutte de classe f\u00e9roce. La classe moyenne traditionnelle, de profession reconnue, s\u00e9par\u00e9e g\u00e9ographiquement des quartiers populaires, portant des noms sp\u00e9cifiques, s\u2019est vue \u00ab&nbsp;envahir&nbsp;\u00bb par la \u00ab&nbsp;classe moyenne ascendante&nbsp;\u00bb d\u2019origine populaire, indienne. Cette derni\u00e8re a d\u00e9sormais acc\u00e8s aux m\u00eames professions, le nouvel Etat plurinational ayant rendu possible son acc\u00e8s \u00e0 des postes et avantages jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent monopolis\u00e9s par la classe moyenne traditionnelle (au sein des banques, institutions&#8230;)(16). Pendant les ann\u00e9es Morales, les indig\u00e8nes ont ainsi fait l\u2019objet de campagne de d\u00e9valorisation au sein de la classe sup\u00e9rieure et de la fraction traditionnelle de la classe moyenne, illustr\u00e9e par la racialisation du discours envers les nouvelles \u00ab&nbsp;classes moyennes populaires&nbsp;\u00bb, par exemple lors de \u00ab&nbsp;l\u2019invasion&nbsp;\u00bb des centres commerciaux du quartier Irpavi \u00e0 La Paz en 2015(17). Les \u00ab&nbsp;arrivistes indiens&nbsp;\u00bb \u00e9tant per\u00e7us comme une concurrence r\u00e9duisant les opportunit\u00e9s \u00e9conomiques de la classe moyenne traditionnelle. Le renforcement du racisme dans la soci\u00e9t\u00e9 bolivienne apparait donc avant tout comme le reflet d\u2019une peur de d\u00e9classement socio-\u00e9conomique des classes moyennes anciennes et classes sup\u00e9rieures.<\/p>\n\n\n\n<p>Ecoutons \u00e0 ce sujet notre Bourgeois bolivien qui voue une v\u00e9ritable haine \u00e0 l\u2019Etat plurinational&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avec Morales les indiens ont int\u00e9rioris\u00e9 le fait qu\u2019ils n\u2019avaient pas besoin d\u2019\u00e9tudier pour obtenir des postes. Donc malgr\u00e9 la construction d\u2019\u00e9coles, coll\u00e8ges, les Indiens disent \u00e0 quoi bon envoyer mon fils \u00e0 l\u2019\u00e9cole, de toute fa\u00e7on il aura un poste puisqu\u2019il est indig\u00e8ne.&nbsp;\u00bb Dans la m\u00eame logique, l\u2019universit\u00e9 publique, autrefois r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une minorit\u00e9, est \u00e9galement d\u00e9valoris\u00e9e puisque d\u00e9sormais \u00ab&nbsp;envahie&nbsp;\u00bb par les indiens. Continuons, \u00ab&nbsp;L\u2019indien a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la t\u00eate de banque mais puisqu\u2019il ne comprend rien, c\u2019est l\u2019employ\u00e9 non indig\u00e8ne qui lui explique comment faire, mais &#8211; dit-il en gloussant &#8211; l\u2019indien est le patron [&#8230;]. Les d\u00e9put\u00e9s indig\u00e8nes sont incomp\u00e9tents, ils ne connaissent rien \u00e0 la politique, quand on leur demande de voter une loi, si Morales leur dit de voter ils votent b\u00eatement sans comprendre la loi.&nbsp;\u00bb Notons ici que les d\u00e9put\u00e9s indig\u00e8nes sont depuis longtemps \u00e9loign\u00e9s du mode de vie des classes populaires et peuvent \u00eatre assimil\u00e9s \u00e0 la classe moyenne sup\u00e9rieure, mais certains ne se sont pas d\u00e9faits de leur oripeau indig\u00e8ne, ce qui irrite fortement notre Bourgeois Bolivien.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut concevoir la classe moyenne bolivienne comme un champ de bataille o\u00f9 l\u2019Etat conteste la hi\u00e9rarchisation ethnique historique, via une lutte politique se cristallisant dans la Constitution plurinationale. La classe moyenne nouvelle, d\u2019origine populaire semble avoir deux trajectoires sociales possibles&nbsp;: soit elle embrase la culture bourgeoise dominante, en se reniant en tant qu\u2019indig\u00e8ne, soit elle revendique et lutte pour la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019identit\u00e9 indig\u00e8ne. La premi\u00e8re trajectoire conduit \u00e0 l\u2019int\u00e9gration toujours plus grande dans le mod\u00e8le \u00e9conomique capitaliste. La deuxi\u00e8me trajectoire d\u00e9bouche naturellement dans l\u2019Etat plurinational d\u2019Evo Morales et dans les liens toujours forts en Bolivie entre le monde rural paysan et les zones urbaines. Ce champ de bataille s\u2019apparente \u00e0 un processus dynamique et dialectique au sein des classes o\u00f9 chacune se positionne en fonction des b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019elle peut tirer en termes de pouvoir, de reproduction et ascension dans la hi\u00e9rarchie sociale. L\u2019Etat ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 d\u00e9coloniser le pays &#8211; nous reviendrons plus tard sur les causes de cet \u00e9chec &#8211; les classes moyennes paraissent condamn\u00e9es \u00e0 \u00e9voluer lentement vers le reniement de leur caract\u00e8re indig\u00e8ne et tout ce qui y est associ\u00e9. Le reniement du caract\u00e8re indig\u00e8ne peut donc \u00eatre per\u00e7u comme une tentative d\u2019\u00e9chapper aux caract\u00e9ristiques indiennes, populaires, stigmatis\u00e9es et d\u00e9nigr\u00e9es dans une soci\u00e9t\u00e9 bolivienne \u00e0 l\u2019image de la classe dominante, raciste. La tenue vestimentaire est per\u00e7ue pour de nombreuses boliviennes &#8211; notamment les vendeuses des march\u00e9s urbains &#8211; comme un moyen de se d\u00e9faire du stigmate de la chola afin d\u2019\u00eatre trait\u00e9es autrement que comme des Indiennes, c\u2019est-\u00e0-dire avec m\u00e9pris et\/ou condescendance (18). La chola se transformant alors en birlochita (chola qui a adopt\u00e9 le style vestimentaire notamment des classes sociales sup\u00e9rieures). Cette nouvelle classe moyenne pourrait donc en partie expliquer pourquoi les gens s\u2019identifiant comme indig\u00e8ne ont largement diminu\u00e9 en Bolivie, passant de 5,3 \u00e0 2,8 millions (66,2 \u00e0 40,57%) entre 2001 et 2012(19).<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci nous permet de comprendre pourquoi notre h\u00f4te de Sucre, mais aussi la Pr\u00e9sidente autoproclam\u00e9e Janine Anez et l\u2019instigateur cl\u00e9 du coup d\u2019Etat, Fernando Camacho, \u00ab&nbsp;se croient blancs&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;m\u00e9prisent les indig\u00e8nes&nbsp;\u00bb selon une camarade bolivienne, alors que leurs origines ethniques sont incontestablement indig\u00e8nes. Ces actes de reniement sont en quelque sorte une \u00e9preuve de passage, o\u00f9 il faut se d\u00e9faire de ses oripeaux indiens, faire peau neuve ou plut\u00f4t peau blanche pour obtenir sa carte d\u2019entr\u00e9e dans le club de la classe dominante bolivienne. La mue compl\u00e8te, progressivement r\u00e9alis\u00e9e lors de l\u2019ascension de classe, s\u2019accompagne donc d\u2019une acceptation de la colonisation interne qui vient s\u2019ajouter \u00e0 la n\u00e9ocolonisation \u00e9conomique actuelle. Tout se passe comme si les Indig\u00e8nes ou m\u00e9tis de classe moyenne et sup\u00e9rieure allaient chercher leur anoblissement aupr\u00e8s de la bourgeoisie bolivienne historique, blanche et hispanique, comme du temps des caciques de \u00ab&nbsp;sang indien anobli par l\u2019Espagne&nbsp;\u00bb aupr\u00e8s de l\u2019empereur Carlos VI au 16e si\u00e8cle. Actuellement l\u2019id\u00e9al persiste chez la classe bourgeoise bolivienne de ressembler \u00e0 la bourgeoisie europ\u00e9enne ou am\u00e9ricaine tant sur le plan mat\u00e9riel, culturel que religieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le coup d\u2019Etat bolivien&nbsp;: un r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019\u00e9chec du processus de d\u00e9colonisation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9ferlement de racisme lors du coup d\u2019Etat illustre l\u2019\u00e9chec de l\u2019Etat plurinational et plus largement de la d\u00e9colonisation interne de la soci\u00e9t\u00e9 bolivienne. La perception tenace de l\u2019Indig\u00e8ne comme inf\u00e9rieur dans la hi\u00e9rarchie des \u00eatres, moralement d\u00e9ficient, naturellement enclin aux pires exc\u00e8s tels que la violence, est un pr\u00e9jug\u00e9 tenace de notre Bourgeois Bolivien et des classes moyennes traditionnelles. La pr\u00e9sidente putschiste a pris possession des institutions en portant une bible g\u00e9ante dans les bras, et c\u00e9l\u00e9brant le fait que \u00ab&nbsp;la bible retourne enfin au palais pr\u00e9sidentiel&nbsp;\u00bb(20). En 2013, elle assimilait les rites indig\u00e8nes \u00e0 du \u00ab&nbsp;satanisme&nbsp;\u00bb. Fernando Camacho, homme cl\u00e9 du coup d\u2019Etat, avocat et homme d\u2019affaire millionnaire, qui fut le plus jeune vice-pr\u00e9sident de l\u2019Union de la jeunesse cruc\u00e9niste en 2002 et pr\u00e9sident du comit\u00e9 civique cruc\u00e9nien jusqu\u2019\u00e0 la chute d\u2019Evo Morales, a brandi la bible dans le palais pr\u00e9sidentiel avant d\u2019annoncer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pachamama ne reviendra jamais dans le palais. La Bolivie appartient au Christ.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que les militants d\u2019extr\u00eame droite brulaient la Whipala (21), des membres de l\u2019arm\u00e9e bolivienne ont d\u00e9coup\u00e9 la Whipala figurant sur leurs uniformes (22). C\u2019est v\u00e9ritablement suite \u00e0 ce dernier \u00e9v\u00e9nement, sorte de d\u00e9tonateur, le 12 novembre soit d\u00e9j\u00e0 48h apr\u00e8s le coup d\u2019Etat que les classes populaires sont sorties dans la rue. Ceci est important \u00e0 analyser, car cela refl\u00e8te l\u2019importance du th\u00e8me de l\u2019indianit\u00e9 en Bolivie, de la conscience anti-coloniale, car le coup d\u2019Etat n\u2019est pas suffisant pour jeter spontan\u00e9ment les couches populaires dans la rue. L\u2019\u00e9l\u00e9ment f\u00e9d\u00e9rateur ultime est la d\u00e9fense de leur indianit\u00e9, ouvertement attaqu\u00e9e par les putschistes, donnant lieu \u00e0 une exacerbation de la lutte des classes. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les fractions de la classe moyenne urbaine traditionnelle (\u00ab&nbsp;collectifs de citoyen&nbsp;\u00bb, corporations m\u00e9dicales, comit\u00e9s civiques&#8230;) avec une id\u00e9ologie conservatrice et raciste ont largement appuy\u00e9 le coup d\u2019Etat. D\u2019innombrables actes d\u2019agressions violentes ont cibl\u00e9 les Indig\u00e8nes, sur la place publique, dans les universit\u00e9s, parfois des vendeuses de rue(collas). Ces agressions sont commises par des groupes paramilitaires tels que les jeunesses crus\u00e9nistes, les motoqueros de Cochabamba, resistencia juvenil cochala etc., rappelant \u00e0 certains boliviens les bandes paramilitaires \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la dictature de Banzer. Au moins trente-six manifestants Indig\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;abattus comme des chiens&nbsp;\u00bb juste apr\u00e8s le coup d\u2019Etat par l\u2019arm\u00e9e et la police putschiste dont le langage ouvertement raciste a \u00e9t\u00e9 largement rapport\u00e9, qualifiant les Indig\u00e8nes \u00ab&nbsp;d\u2019animaux&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;sales chiens&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;indiens de merde&nbsp;\u00bb lors de la r\u00e9pression des couches populaires(23).<\/p>\n\n\n\n<p>La peur de l\u2019Indig\u00e8ne \u00e9tait \u00e0 son paroxysme dans le quartier bourgeois de Sopocachi de la Paz, dans la semaine qui a suivi le coup d\u2019Etat, les bourgeois craignant un retour de flamme populaire. Toute la presse bourgeoise s\u2019indignait des cris d\u2019appel \u00e0 la guerre civile des habitants d\u2019El Alto, requalifi\u00e9s pour l\u2019occasion de \u00ab&nbsp;terroristes&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;s\u00e9ditieux&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019elle est rest\u00e9e de marbre face aux massacres de Senkata et Sacaba. Pendant ce temps-l\u00e0 dans les quartiers chics de Santa Cruz, les bourgeois vitup\u00e8rent ouvertement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019ils cr\u00e8vent&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Il est important de comprendre que loin d\u2019\u00eatre une \u00ab&nbsp;guerre de race&nbsp;\u00bb &#8211; pr\u00e9tendument agit\u00e9e historiquement par les aymaras(4) &#8211; la guerre civile en question est en r\u00e9alit\u00e9 une guerre de classe o\u00f9 se joue la question coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Largement sous-estim\u00e9e en Bolivie sous Morales, la haine de l\u2019Indien et de l\u2019Etat plurinational chez les classes sup\u00e9rieures ne correspond pas \u00e0 la vision ang\u00e9lique d\u2019un Etat plurinational o\u00f9 chacun serait \u00e9gal et se respecterait dans le meilleur des mondes. Lors d\u2019une r\u00e9union populaire \u00e0 Cochabamba, un camarade bolivien affirmait que Morales n\u2019avait \u00ab&nbsp;rien fait pour d\u00e9coloniser le pays&nbsp;\u00bb, un autre ajoutait&nbsp;: \u00ab&nbsp;agiter la Wiphala est un geste de d\u00e9colonisation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La non-hi\u00e9rarchisation ethnique, l\u2019\u00e9galit\u00e9 effective concr\u00e8te entre l\u2019Indien et le non-Indien ne pouvaient s\u2019obtenir par un d\u00e9cret d\u2019en haut. Car il n\u2019y a pas eu dans la soci\u00e9t\u00e9 bolivienne de changement des forces objectives, mat\u00e9rielles. Tant que le mode de production capitaliste survit, la bourgeoisie agit ainsi, porteuse de cette violence raciste. Par cons\u00e9quent, l\u2019Etat ne s\u2019est pas donn\u00e9 les moyens de d\u00e9coloniser le pays \u2013 sans doute ne le pouvait-il pas \u2013 et n\u2019\u00e9tait donc pas en mesure de faire disparaitre ce racisme. De m\u00eame \u00ab&nbsp;l\u2019\u00c9conomie plurielle&nbsp;\u00bb d\u00e9finie dans la Constitution de 2009 est pure chim\u00e8re, car celle-ci pr\u00e9tend articuler les modes de production \u00ab&nbsp;\u00e9tatiques&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;priv\u00e9s&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;sociaux et coop\u00e9ratifs&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;communautaires&nbsp;\u00bb. C\u2019\u00e9tait sans compter sur le mouvement du capital, qui loin de laisser tranquille les modes de production non capitalistes, ne cesse de s\u2019emparer de leurs travaux, de les mettre en concurrence, les courbant chaque jour un peu plus sous sa loi. Rappelons-nous de cette remarque tr\u00e8s juste de Karl Marx&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9change de marchandise commence l\u00e0 o\u00f9 les communaut\u00e9s finissent&nbsp;\u00bb, parfaitement illustr\u00e9e par les cons\u00e9quences funestes de la marchandisation du quinoa sur les communaut\u00e9s andines boliviennes. Sans changement de cette base mat\u00e9rielle de production historiquement coloniale, il parait illusoire de parvenir \u00e0 se d\u00e9faire de cet artefact colonial qu\u2019est le racisme en Bolivie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le racisme en Bolivie&nbsp;: frein ou catalyseur de la lutte des classes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le racisme en Bolivie est plus qu\u2019ailleurs encore le reflet d\u2019une position de classe socio-\u00e9conomique dont les racines sont historiques et de nature coloniale. Le pauvre en Bolivie est Indig\u00e8ne. Le pauvre non-Indig\u00e8ne est quasiment inexistant. Par cons\u00e9quent, la question ethnique semble agir ici plut\u00f4t comme un catalyseur de lutte de classes qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment de division de la classe exploit\u00e9e, comme c\u2019est par exemple le cas en France, aux Etats Unis et dans d\u2019autres pays d\u2019Am\u00e9rique latine. \u00c0 cet \u00e9gard, il n\u2019existe pas \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la classe exploit\u00e9e bolivienne de division entre des camps hostiles, telle que la division entre les prol\u00e9taires anglais et les prol\u00e9taires irlandais des cit\u00e9s industrielles anglaises au XIXe si\u00e8cle, ou, de nos jours en France, entre les travailleurs pauvres issus de l\u2019immigration et blancs, ou encore entre les travailleurs pauvres latino-am\u00e9ricains, noirs, asiatiques et blancs aux USA. Dans l\u2019Angleterre du XIXe, cet antagonisme artificiellement entretenu par tous les moyens dont disposaient le pouvoir (notamment la presse), \u00e9tait le secret du maintien de la domination de la classe capitaliste(24). Cet antagonisme n\u2019existe pas en Bolivie aujourd\u2019hui, et l\u2019impuissance des classes exploit\u00e9es rurales et urbaines dont les liens sont forts, semble plut\u00f4t r\u00e9sider dans leur absence d\u2019auto-organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019organisation de ces classes \u00e0 travers le MAS a certes permis d\u2019acc\u00e9der au pouvoir en 2005 via la voie institutionnelle bourgeoise, mais celle-ci porte intrins\u00e8quement l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un coup d\u00e9cisif contre la bourgeoisie, comme a pu le montrer le coup d\u2019Etat de novembre 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>La question \u00ab&nbsp;raciale&nbsp;\u00bb en Bolivie semble exacerber la lutte de classes. Elle a renforc\u00e9 l\u2019unit\u00e9 au sein des deux camps en confrontation. L\u2019union sacr\u00e9e des bourgeois face au p\u00e9ril indien, c\u2019est-\u00e0-dire le p\u00e9ril populaire, a renforc\u00e9 l\u2019unit\u00e9 des domin\u00e9s. L\u2019apparition d\u2019une nouvelle classe moyenne ascendante n\u2019a en rien att\u00e9nu\u00e9e le racisme, la multiplication des contradictions au sein de la classe moyenne bolivienne en pleine expansion a au contraire exacerb\u00e9 ce racisme. Evo Morales l\u2019avait parfaitement compris lors de ses ann\u00e9es au pouvoir, et celui-ci n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 ressusciter des figures de la lutte populaire encore bien ancr\u00e9es dans le cerveau des vivants, dont Bartolina Sisa et son \u00e9poux Tupac Katari. Ce couple de guerrier aymara mena h\u00e9ro\u00efquement une grande r\u00e9volte autochtone contre les colons espagnols en 1781 sur l\u2019altiplano bolivien, notamment \u00e0 La Paz qu\u2019ils assi\u00e9g\u00e8rent. Ils furent finalement captur\u00e9s par les barbares espagnols. Peu avant d\u2019\u00eatre d\u00e9membr\u00e9, Tupac Katari lan\u00e7ait cet avertissement pr\u00e9monitoire, repris lors de chaque manifestation populaire au moment du coup d\u2019Etat de novembre 2019&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous ne faites que me tuer, mais demain je reviendrai et je serai des millions&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour revenir aux ann\u00e9es Morales, on drapa ainsi le processus de changement dans le costume des r\u00e9voltes indiennes du 18es contre le colon espagnol. Le premier satellite bolivien est nomm\u00e9 Tupac Katari. L\u2019universit\u00e9 autochtone de Warisata est appel\u00e9e Tupac Katari et on utilise largement le statut de h\u00e9ros national du couple h\u00e9ro\u00efque lors des discours officiels de l\u2019Etat. Cela ne doit pas faire oublier que Tupac Katari a men\u00e9 une r\u00e9volte arm\u00e9e des classes opprim\u00e9es contre les classes dominantes, en l\u2019occurrence les Espagnols. Cette r\u00e9volte a tourn\u00e9 en trag\u00e9die. Qu\u2019en est-il du processus de changement d\u00e9colonial actuel&nbsp;? Et que dire de la tentative de d\u00e9colonisation de l\u2019arm\u00e9e&nbsp;? \u00ab&nbsp;Il convient de distinguer dans les luttes historiques, entre la phras\u00e9ologie et les pr\u00e9tentions des partis, et leur constitution et leurs int\u00e9r\u00eats v\u00e9ritables, entre ce qu\u2019ils s\u2019imaginent \u00eatre et ce qu\u2019ils sont en r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb, disait Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Si l\u2019indianit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment f\u00e9d\u00e9rateur majeur autour du MAS et d\u2019Evo Morales, elle n\u2019est pas venue \u00e9pauler un projet populaire et concret de sortie du capitalisme. On peut ainsi comprendre comment bien qu\u2019ayant largement redonn\u00e9 sa dignit\u00e9 au peuple indig\u00e8ne bolivien, Evo Morales n\u2019a \u00ab&nbsp;rien fait pour d\u00e9coloniser le pays&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Peuple autochtone et bourgeoisie coloniale&nbsp;: Une coexistence impossible<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9pla\u00e7ons-nous dans le quartier chic de Sopocachi, autre bastion des classes sup\u00e9rieures de la Paz. Notre h\u00f4te, un camarade Bolivien d\u2019origine familiale populaire affirme qu\u2019une des \u00ab&nbsp;erreurs d\u2019Evo Morales a \u00e9t\u00e9 de vouloir s\u00e9duire la classe moyenne&nbsp;\u00bb, en allant jusqu\u2019\u00e0 faire venir \u00e0 Santa Cruz en concert en 2013 le chanteur de la r\u00e9volution cubaine Silvio Rodr\u00edguez, mais \u00ab&nbsp;cela ne fonctionne pas&nbsp;\u00bb&nbsp;! \u00ab&nbsp;Morales a donn\u00e9 l\u2019impression qu\u2019on allait tous vivre en harmonie quelque soit notre ethnie et classe sociale&#8230; mais apr\u00e8s 14 ans, le racisme est plus fort que jamais dans la classe moyenne sup\u00e9rieure&nbsp;\u00bb. Le p\u00e8re de notre h\u00f4te \u00e9tait blanc hispanique, sa m\u00e8re indig\u00e8ne. Il prend d\u00e9sormais l\u2019exemple de sa m\u00e8re, qui pour essayer de s\u2019int\u00e9grer, de bien se faire voir aupr\u00e8s de sa belle-famille blanche, cuisinait, leur offrait ou confectionnait des petites choses&#8230; mais cela avait pour unique cons\u00e9quence de renforcer leur sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 et leur racisme. Il compare cette situation au XVIe si\u00e8cle, lorsque les \u00ab&nbsp;indiens&nbsp;\u00bb faisaient des offrandes aux conquistadores, les accueillaient de la mani\u00e8re la plus courtoise et la plus noble possible, pour finalement se faire massacrer en retour. Etant donn\u00e9 le racisme et le sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 ethnique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne vois pas comment les gens pourrait un jour co-exister&nbsp;\u00bb. L\u00e0 se trouve toute la difficult\u00e9 en Bolivie, \u00e0 la lutte des classes s\u2019incorpore une lutte de d\u00e9colonisation. Mais cette derni\u00e8re peut \u00e9galement \u00eatre per\u00e7ue comme acc\u00e9l\u00e9ratrice de la premi\u00e8re. Au d\u00e9cours de cette lutte populaire, il est probable peut-\u00eatre m\u00eame souhaitable que les r\u00e9sidus bourgeois, contraint par le rapport de force d\u00e9favorable, s\u2019enfuient en Europe et aux USA pour \u00e9chapper \u00e0 une coexistence qu\u2019ils fuient d\u00e9j\u00e0 depuis 500 ans.<strong>\u00bb\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/simonb.noblogs.org\/post\/2020\/10\/14\/racisme-et-lutte-des-classes-en-bolivie\/\" target=\"_blank\">https:\/\/simonb.noblogs.org\/post\/2020\/10\/14\/racisme-et-lutte-des-classe&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit photographique: Simon B.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n\n\n\n<p>1. GALEANO Eduardo,&nbsp;<em>Les veines ouvertes de l\u2019Am\u00e9rique latine<\/em>, Pocket, 2001.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Les termes indig\u00e8nes et indiens sont utilis\u00e9s indistinctement par la plupart des gens concern\u00e9s en Bolivie au sein m\u00eame des classes populaires originaires.<\/p>\n\n\n\n<p>3. MARTINEZ Fran\u00e7oise, \u00ab&nbsp;\u202fR\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la race\u202f&nbsp;\u00bb. Politique \u00e9ducative en Bolivie (1898-1920), \u00c9ditions de l\u2019IHEAL, Paris, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>4. STEFANONI Pablo, \u201cQUE HACER CON LOS INDIOS&#8230;\u201d y otros traumas irresueltos de la colonialidad, Plural Editores, La Paz, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>5. GARCIA LINERA \u00c1lvaro,&nbsp;<em>La etnicidad como capital simb\u00f3lico. Estructura social, clase y dominaci\u00f3n simbolica en la obra de Pierre Bourdieu<\/em>, Plural Editores, La Paz, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>6. Au XIX et XXe si\u00e8cle, le castillan \u00e9tait n\u00e9cessaire pour faire valoir des droits \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de terre devant les tribunaux d\u2019Etat. STEFANONI Pablo, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p>7. VILLANUEVA RANCE Amaru. \u00ab&nbsp;\u202fBolivia\u202f&nbsp;: la clase media imaginada\u202f&nbsp;\u00bb. Nueva sociedad. f\u00e9vrier 2020. Consult\u00e9 sur&nbsp;<a href=\"https:\/\/nuso.org\/articulo\/bolivia-la-clase-media-imaginada\/\">https:\/\/nuso.org\/articulo\/bolivia-la-clase-media-imaginada\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>8. ROUX J-C, 2005,&nbsp;<em>La question agraire en Bolivie&nbsp;: La crise agraire en Bolivie\u202f&nbsp;: entre agriculture \u00ab&nbsp;\u202fethnique\u202f&nbsp;\u00bb et agriculture de rente dans la mondialisation<\/em>. consult\u00e9 sur&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.museum.agropolis.fr\/pages\/savoirs\/question_agraire_bolivie\/utopie_rurale.pdf\">http:\/\/www.museum.agropolis.fr\/pages\/savoirs\/question_agraire_bolivie\/&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>9. BARRAG\u00c1N Rossana. 2006. \u00ab&nbsp;M\u00e1s all\u00e1 de lo mestizo, m\u00e1s all\u00e1 de lo aymara&nbsp;: organizaci\u00f3n y representaciones de clase y etnicidad en La Paz&nbsp;\u00bb . Consult\u00e9 sur&nbsp;:&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/26472215_Mas_alla_de_lo_mestizo_mas_alla_de_lo_aymara_organizacion_y_representaciones_de_clase_y_etnicidad_en_La_Paz\">https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/26472215_Mas_alla_de_lo_mesti&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>10. C. LACROIX Laurent, Le GOUILL Claude, \u00ab&nbsp;\u202f<em>Le \u00ab&nbsp;processus de changement&nbsp;\u00bb en Bolivie. La politique du gouvernement d\u2019Evo Morales (2005-2018)<\/em>\u202f&nbsp;\u00bb, IHEAL, Paris, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>11. Servicios de Comunicaci\u00f3n Intercultural,&nbsp;<em>Bolivia Censo 2012&nbsp;: Algunas claves para entender la variable ind\u00edgena<\/em>. Consult\u00e9 sur:<a href=\"http:\/\/www.servindi.or\/actualidad\/94399\">http:\/\/www.servindi.or\/actualidad\/94399<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>12. LO\/FTF Council Analytical Unit. Avril 2018. Perfil del Mercado Laboral 2018. Consult\u00e9 sur&nbsp;<a href=\"http:\/\/dicyt.uto.edu.bo\/observatorio\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Perfil-mercado-laboral-Bolivia-2018.pdf\">http:\/\/dicyt.uto.edu.bo\/observatorio\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Perfil&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>13. Harnecker M.&nbsp;HARNECKER Marta, \u00ab&nbsp;\u202fAm\u00e9rique Latine\u202f&nbsp;: Laboratoire pour un socialisme du XXIe si\u00e8cle.\u202f&nbsp;\u00bb, Les \u00c9ditions Utopia, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>14. Historiquement, la bourgeoisie traditionnelle du croissant oriental (Santa Cruz, Beni, Pando, Tajira), d\u2019extr\u00eame droite, privil\u00e9gie un projet d\u2019autonomie de type f\u00e9d\u00e9raliste.<\/p>\n\n\n\n<p>15. L\u2019Union de la jeunesse cruc\u00e9niste a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1957 par Carlos Valverde Barbery, dirigeant de la Phalange socialiste bolivienne, cr\u00e9\u00e9e vingt ans plus t\u00f4t sur le mod\u00e8le des brigades franquistes en Espagne. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme un groupe paramilitaire par la F\u00e9d\u00e9ration internationale des droits de l\u2019homme (FIDH). \u00catre phalangiste demeure une condition pour rejoindre l\u2019Union de la jeunesse cruc\u00e9niste. Valverde Barbery explique\u202f&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u202fL\u2019Union de la jeunesse cruc\u00e9niste a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour \u00eatre le \u201cbras arm\u00e9\u201d du comit\u00e9, se chargeant non seulement de la lutte de rue mais aussi de l\u2019endoctrinement populaire et du soutien militaire au comit\u00e9.\u202f&nbsp;\u00bb Le salut fasciste est la norme lors des r\u00e9unions de l\u2019organisation. Source&nbsp;: Mariette Ma\u00eblle. En Bolivie, sur la route avec l\u2019\u00e9lite de Santa Cruz. juillet 2020. Le Monde diplomatique.<\/p>\n\n\n\n<p>16. GARCIA LINERA \u00c1lvaro. 2018. La asonada de la clase media decadente, consult\u00e9 sur&nbsp;<a href=\"https:\/\/bitacoraintercultural.org\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/BITACORA-INTERCULTURAL-N%C3%9AMERO-1-14-02-19.pdf\">https:\/\/bitacoraintercultural.org\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/BITACORA-&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>17.&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.cochabandido.com\/2015\/01\/ahora-hay-mas-movimiento-economico-gracias-a-mi-teleferico-bolivia.html\">http:\/\/www.cochabandido.com\/2015\/01\/ahora-hay-mas-movimiento-economico&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>18. MARCHAND V\u00e9ronique. 2009. Pollera y vestido, le langage socioethnique du v\u00eatement\u202f&nbsp;: migration, g\u00e9n\u00e9ration, profession et instruction. Cahiers des Am\u00e9riques latines. Consult\u00e9 sur&nbsp;<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/cal\/1459\">http:\/\/journals.openedition.org\/cal\/1459<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>19.&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.condistintosacentos.com\/donde-estan-todos-los-indigenas-un-estudio-sobre-la-variacion-en-las-adscripciones-etnicas-en-bolivia\/\">http:\/\/www.condistintosacentos.com\/donde-estan-todos-los-indigenas-un-&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>20.&nbsp;<a href=\"https:\/\/elpais.com\/internacional\/2019\/11\/12\/america\/1573566340_453048.html\">https:\/\/elpais.com\/internacional\/2019\/11\/12\/america\/1573566340_453048.html<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>21.&nbsp;<a href=\"https:\/\/twitter.com\/BenjaminNorton\/status\/1193689050894475264?s=20\">https:\/\/twitter.com\/BenjaminNorton\/status\/1193689050894475264?s=20<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>22.&nbsp;<a href=\"https:\/\/twitter.com\/BenjaminNorton\/status\/1194080182077939713?s=20\">https:\/\/twitter.com\/BenjaminNorton\/status\/1194080182077939713?s=20<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>23. IHRC. Aout 2018. \u00ab&nbsp;\u202fThey Shot Us Like Animals\u202f&nbsp;\u00bb&nbsp;: Black November &amp; Bolivia\u2019s Interim Government. Consult\u00e9 le 10.08.2020 sur&nbsp;<a href=\"http:\/\/hrp.law.harvard.edu\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Black-November-English-Final_Accessible.pdf\">http:\/\/hrp.law.harvard.edu\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Black-November-E&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>24. MARX Karl, ENGELS Friedrich. Le parti de classe (II). L\u2019Internationale et un pays d\u00e9pendant, l\u2019Irlande. consult\u00e9 sur&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/00\/parti\/kmpc062.htm#ftn1\">https:\/\/www.marxists.org\/francais\/marx\/works\/00\/parti\/kmpc062.htm#ftn1<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Simon B. (Octobre 2020) La crise qui frappe aujourd\u2019hui la Bolivie prend ses racines dans l\u2019histoire. Cette histoire coloniale o\u00f9 les Europ\u00e9ens ont, partout dans le monde, extermin\u00e9, pill\u00e9 et hi\u00e9rarchis\u00e9 les races et les communaut\u00e9s pour asseoir d\u00e9finitivement leur pouvoir. D\u00e9finitivement ? Non, heureusement. Le projet colonial n&rsquo;a en g\u00e9n\u00e9ral pas enti\u00e8rement abouti. 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