{"id":1133,"date":"2006-11-15T20:52:38","date_gmt":"2006-11-15T19:52:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/?p=1133"},"modified":"2014-04-17T21:26:59","modified_gmt":"2014-04-17T20:26:59","slug":"democratie-et-ethnicite-en-israel","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/democratie-et-ethnicite-en-israel\/","title":{"rendered":"D\u00e9mocratie et ethnicit\u00e9 en Isra\u00ebl"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1133?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1133?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div><table style=\"color: #0d0d0d\" width=\"98%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td class=\"itemInfo\"><span class=\"itemPostDate\" style=\"font-style: italic\">le 15\/11\/2006 19:30:00<\/span>\u00a0(<span class=\"itemStats\" style=\"font-style: italic\">759 lectures<\/span>)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<div class=\"itemBody\">\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">Article d\u2019<strong>Alain Dieckoff\u00a0<\/strong>paru \u00e0 l\u2019automne 1999 dans la revue Sociologie et Soci\u00e9t\u00e9 vol XXXI, n\u00b02. L\u2019auteur est directeur<br \/>\nde recherche au Centre d\u2019\u00e9tudes et de recherches internationales (CNRS) et il est un sp\u00e9cialiste reconnu du syst\u00e8me politique isra\u00e9lien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Nos conceptions diff\u00e8rent de celles de Dieckoff dans la mesure o\u00f9 il n\u2019appr\u00e9hende pas d\u2019embl\u00e9e la situation des palestiniens comme une r\u00e9alit\u00e9 coloniale et part de la notion de d\u00e9mocratie pour \u00e9tudier le syst\u00e8me politique isra\u00e9lien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant nous avons tenu \u00e0 publier cet article car Dieckoff a le m\u00e9rite de pousser \u00e0 fond la r\u00e9flexion dans le cadre de sa d\u00e9marche pour \u00e9tudier les limites consubstantielles de la\u00a0\u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019id\u00e9e d\u00e9montr\u00e9e par Dieckhoff de mani\u00e8re rigoureuse dans cet article, en s\u2019appuyant sur un large \u00e9ventail de dispositifs juridiques et de faits historiques, est que le caract\u00e8re d\u00e9mocratique d\u2019Isra\u00ebl est contrebalanc\u00e9 par la nature ethnique de cet Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si la nation isra\u00e9lienne peut se pr\u00e9valoir de reposer sur des \u00e9lections d\u00e9mocratiques, si elle peut pr\u00e9tendre avoir fait avancer l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique en mati\u00e8re de droits civils, politiques et sociaux, en revanche, demeurent ancr\u00e9s au c\u0153ur de l\u2019Etat une\u00a0<strong>discrimination institutionnalis\u00e9e<\/strong>\u00a0autorisant la supr\u00e9matie juive ainsi qu\u2019un traitement diff\u00e9rentiel des juifs et des arabes dans l\u2019application des lois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les lois d\u2019expropriation terrienne corr\u00e9l\u00e9es \u00e0 une strat\u00e9gie de transfert des palestiniens et \u00e0 une politique autoritaire vis-\u00e0-vis des non expuls\u00e9s, l\u2019acc\u00e8s diff\u00e9rentiel \u00e0 la citoyennet\u00e9 pour les juifs (automatique) et pour les arabes (conditionnel), l\u2019absence de ces derniers dans les instances de pouvoir de l\u2019Etat, la discrimination dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, dans le b\u00e9n\u00e9fice des droits sociaux, tout cela prouve clairement\u00a0<strong>l\u2019essence juive de l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl<\/strong>, son caract\u00e8re ethno-national et les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la d\u00e9mocratie isra\u00e9lienne.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>SOMMAIRE<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">1.\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#1\">Les arabes en Isra\u00ebl : citoyens et\/ou \u00e9trangers ?<br \/>\n<\/a>2.\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#2\">Les contradictions entre d\u00e9mocratie et ethnicit\u00e9<\/a><br \/>\n3.\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#3\">Avanc\u00e9es d\u00e9mocratiques, permanence de l&rsquo;ethnicit\u00e9<\/a><br \/>\n<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#4\">Bibliographie<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p align=\"justify\">Au nombre des succ\u00e8s que les dirigeants isra\u00e9liens portent volontiers \u00e0 leur cr\u00e9dit figurent, en bonne place, le fait d&rsquo;avoir \u00e9tabli au Proche-Orient la seule v\u00e9ritable d\u00e9mocratie qui ait fonctionn\u00e9 de fa\u00e7on ininterrompue depuis un demi-si\u00e8cle. Ce sentiment, non d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;autosatisfaction, repose certainement sur d&rsquo;incontestables r\u00e9alit\u00e9s, et les sp\u00e9cialistes de la d\u00e9mocratie n&rsquo;ont jamais manqu\u00e9 de ranger Isra\u00ebl parmi les pays d\u00e9mocratiques (Dahl, 1971, p.246 ; Lijphart, 1984, p. 34-45). Que la d\u00e9mocratie isra\u00e9lienne soit vigoureuse, la convocation en mai 1999, pour la quinzi\u00e8me fois depuis 1948, du corps \u00e9lectoral pour choisir 120 d\u00e9put\u00e9s parmi une trentaine de listes suffit \u00e0 le prouver. Parall\u00e8lement, et pour la seconde fois depuis 1996, les 4,285 millions d&rsquo;\u00e9lecteurs \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 \u00e9lire directement leur Premier ministre. Ces choix ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une campagne \u00e9lectorale rythm\u00e9e par d&rsquo;intenses d\u00e9bats publics, relay\u00e9s par une presse libre, sous le contr\u00f4le vigilant d&rsquo;une Cour supr\u00eame particuli\u00e8rement attentive depuis deux d\u00e9cennies au respect des libert\u00e9s publiques. Le bilan appara\u00eet comme d&rsquo;autant plus flatteur si l&rsquo;on tient compte de la situation g\u00e9opolitique d&rsquo;Isra\u00ebl dans la r\u00e9gion. En effet, cette d\u00e9mocratie a fonctionn\u00e9 bien que le pays ait \u00e9t\u00e9 entour\u00e9 pendant des d\u00e9cennies par des \u00c9tats autoritaires avec lesquels il \u00e9tait engag\u00e9 dans une confrontation totale pendant trente ans (jusqu&rsquo;en 1979, date de la paix avec l&rsquo;\u00c9gypte). Pourtant, peut-on s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 ce constat d&rsquo;une comp\u00e9tition \u00e9lectorale ouverte pour consid\u00e9rer qu&rsquo;en Isra\u00ebl la citoyennet\u00e9 constitue \u00e0 la fois un concept et une pratique \u00ab allant de soi \u00bb? Quelle place cette appartenance citoyenne a-t-elle dans l&rsquo;ordonnancement politique d&rsquo;un \u00c9tat qui se d\u00e9finit officiellement comme \u00ab \u00c9tat juif en Terre d&rsquo;Isra\u00ebl \u00bb? Comment cette citoyennet\u00e9 fonctionne-t-elle dans un \u00c9tat qui comporte une minorit\u00e9 arabe regroupant pr\u00e8s du cinqui\u00e8me de la population?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><a style=\"color: #004080\" name=\"1\"><\/a>1. LES ARABES EN ISRA\u00cbL : CITOYENS ET\/OU \u00c9TRANGERS ?<br \/>\n<\/strong><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2006\/11\/route-apartheid240613.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1143\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2006\/11\/route-apartheid240613.jpg\" alt=\"route-apartheid240613\" width=\"500\" height=\"327\" \/><\/a>La Loi sur la citoyennet\u00e9 (souvent traduite de fa\u00e7on erron\u00e9e comme \u00ab loi sur la nationalit\u00e9 \u00bb) n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e qu&rsquo;en 1952, quatre ans apr\u00e8s la proclamation de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;\u00c9tat. Elle entra en vigueur alors que deux scrutins l\u00e9gislatifs avaient d\u00e9j\u00e0 eu lieu (en 1949 et 1951). Le corps politique s&rsquo;\u00e9tait donc trouv\u00e9 mobilis\u00e9 \u00e0 deux reprises sans que la d\u00e9finition l\u00e9gale du citoyen ait \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifi\u00e9e. Ce d\u00e9lai est sans doute largement imputable au fait que les dirigeants isra\u00e9liens devaient affronter des probl\u00e8mes autrement prioritaires que la d\u00e9finition du lien citoyen. Apr\u00e8s avoir assur\u00e9 l&rsquo;ind\u00e9pendance de leur pays \u00e0 la suite d&rsquo;une guerre longue et meurtri\u00e8re, ils durent, dans l&rsquo;urgence, accueillir une masse impressionnante d&rsquo;immigrants : entre 1948 et 1951 pr\u00e8s de 700 000 Juifs s&rsquo;install\u00e8rent en Isra\u00ebl, ce qui entra\u00eena un doublement de la population et souleva quantit\u00e9 de probl\u00e8mes d&rsquo;int\u00e9gration. Pourtant, il serait certainement erron\u00e9 de consid\u00e9rer que la promulgation de la Loi sur la citoyennet\u00e9 en 1952 \u00e9tait uniquement due \u00e0 l&rsquo;existence de priorit\u00e9s nationales imp\u00e9rieuses (renforcement de la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat, absorption des immigrants). Il refl\u00e9tait \u00e9galement les propres incertitudes des dirigeants isra\u00e9liens quant au contenu qu&rsquo;il convenait de donner \u00e0 la citoyennet\u00e9 dans le nouvel \u00c9tat. Obnubil\u00e9s, sous le mandat britannique, par leur projet de construction nationale, les leaders sionistes n&rsquo;avaient gu\u00e8re accord\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 cette question dans l&rsquo;entre-deux-guerres. Pour eux, seule comptait l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;un \u00c9tat juif, non le type de communaut\u00e9 politique qu&rsquo;il devait organiser. La question ne commen\u00e7a \u00e0 prendre un tour concret qu&rsquo;apr\u00e8s le vote en novembre 1947 du partage de la Palestine en deux \u00c9tats, l&rsquo;un juif, l&rsquo;autre arabe. Les dirigeants juifs qui accueillirent cette r\u00e9solution avec enthousiasme s&rsquo;engag\u00e8rent \u00e0 respecter pleinement les droits civils et politiques des 405 000 Arabes qui auraient d\u00fb cotoyer les 558 000 Juifs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res de l&rsquo;\u00c9tat juif telles qu&rsquo;elles avaient \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9es par l&rsquo;ONU. Comment cet \u00c9tat juif, de facto binational, aurait-il mis en oeuvre le droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination du peuple juif tout en m\u00e9nageant scrupuleusement les droits de citoyens arabes presque aussi nombreux que la courte majorit\u00e9 juive? Nous n&rsquo;en saurons rien puisque le d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s militaires conduisit \u00e0 un bouleversement d\u00e9mographique majeur avec l&rsquo;exode de plus de 750 000 Palestiniens arabes de la Palestine mandataire. Du coup, l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl se retrouvait, apr\u00e8s la signature des accords d&rsquo;armistice en 1949, dans des fronti\u00e8res \u00e9largies, avec une population arabe d\u00e9sormais r\u00e9duite \u00e0 160 000 \u00e2mes. Le premier pr\u00e9sident de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl, Cha\u00efm Weizmann avait d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab le monde jugerait l&rsquo;\u00c9tat juif \u00e0 la fa\u00e7on dont il traiterait les Arabes \u00bb (Rose, 1986, p.433). Nous pourrions ajouter qu&rsquo;\u00e0 travers l&rsquo;examen des politiques men\u00e9es par le pouvoir isra\u00e9lien envers la minorit\u00e9 arabe, il est possible de tirer d&rsquo;utiles renseignements quant au contenu effectif de la citoyennet\u00e9, et de fa\u00e7on plus large, quant \u00e0 la nature m\u00eame de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les signataires de la d\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance ont proclam\u00e9 avec force leur adh\u00e9sion \u00e0 une citoyennet\u00e9 \u00e0 fondement universaliste puisqu&rsquo;on y lit : \u00ab l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl assurera la plus compl\u00e8te \u00e9galit\u00e9 sociale et politique \u00e0 tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe[&#8230;] nous demandons aux habitants arabes de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl de pr\u00e9server la paix et de prendre leur part dans l&rsquo;\u00e9dification de l&rsquo;\u00c9tat sur la base d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9 compl\u00e8te de droits et de devoirs et d&rsquo;une juste repr\u00e9sentation dans tous les organismes provisoires et permanents de l&rsquo;\u00c9tat \u00bb. Voil\u00e0 pour les principes. En r\u00e9alit\u00e9, les choses se pass\u00e8rent de fa\u00e7on quelque peu diff\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Entre 1949 et 1952, date de l&rsquo;adoption de La loi sur la citoyennet\u00e9, les d\u00e9bats furent vifs au sein du parti dominant au pouvoir, le Mapai (parti des travailleurs d&rsquo;Eretz Isra\u00ebl), quant au sort qu&rsquo;il convenait de r\u00e9server aux r\u00e9sidents arabes pr\u00e9sents sur le territoire isra\u00e9lien. Deux courants nationalistes s&rsquo;y affrontaient : les mod\u00e9r\u00e9s et les intransigeants (Kafkafi, 1998). Si les deux \u00ab \u00e9coles \u00bb partageaient la m\u00eame adh\u00e9sion id\u00e9ologique au sionisme et \u00e0 ses objectifs (rassemblement des Juifs de diaspora en Isra\u00ebl, d\u00e9veloppement de la pr\u00e9sence juive sur le terrain&#8230;), elles divergeaient quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation des conditions favorables \u00e0 la r\u00e9alisation du sionisme. Pour les premiers &#8212; repr\u00e9sent\u00e9s par le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Mosh\u00e9 Sharett, ou le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du syndicat Histadrout, Pinhas Lavon &#8211;, il \u00e9tait dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;Isra\u00ebl d&rsquo;adopter une ligne politique conciliante tant vis-\u00e0-vis des \u00c9tats arabes voisins que des Arabes demeurant sur le territoire isra\u00e9lien. A l&rsquo;inverse, les seconds &#8212; repr\u00e9sent\u00e9s par une pl\u00e9iade \u00ab d&rsquo;experts en affaires arabes \u00bb (Yehoshua Palmon, Uri Lubrani, etc.) et par des responsables de l&rsquo;arm\u00e9e ayant l&rsquo;oreille du Premier ministre, David Ben Gourion &#8212; penchaient pour une ligne dure, seule susceptible \u00e0 leurs yeux d&rsquo;imposer Isra\u00ebl comme fait politique incontournable dans la r\u00e9gion. Le courant activiste donna, incontestablement, le la. \u00c0 l&rsquo;\u00e9vidence, nombre d&rsquo;Arabes qui se trouvaient d\u00e9sormais sous juridiction isra\u00e9lienne \u00e9taient hostiles au sionisme et avaient combattu, les armes \u00e0 la main, le projet de cr\u00e9ation d&rsquo;un \u00c9tat juif. En m\u00eame temps, cette minorit\u00e9 arabe constitu\u00e9e d&rsquo;une population largement rurale, priv\u00e9e d&rsquo;\u00e9lites (car elles avaient pour la plupart gagn\u00e9 les pays arabes voisins) se r\u00e9signa assez vite \u00e0 son nouveau statut et admit que son destin se jouait d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl. Pourtant, les Arabes furent consid\u00e9r\u00e9s collectivement, dans une logique \u00e9troitement s\u00e9curitaire, comme une cinqui\u00e8me colonne. Trait\u00e9s en ennemis, et non comme de futurs concitoyens, ils furent soumis \u00e0 toute une s\u00e9rie de mesures coercitives. La plus violente fut l&rsquo;expulsion par la force, apr\u00e8s la fin de la guerre et jusqu&rsquo;en 1951, de 20 \u00e0 30 000 Arabes habitant les zones frontali\u00e8res vers la Syrie, la Jordanie ou la bande de Gaza. Ce nettoyage des fronti\u00e8res \u00e9tait officiellement motiv\u00e9 par des raisons de s\u00e9curit\u00e9 (\u00e9viter que les villages arabes ne deviennent des points d&rsquo;appui \u00e9ventuels en cas d&rsquo;offensive arabe) mais la perspective de r\u00e9duire le nombre d&rsquo;Arabes au sein de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl \u00e9tait pr\u00e9sente dans l&rsquo;esprit de nombreux d\u00e9cideurs (Morris, 1987). Il ne pouvait d&rsquo;ailleurs en \u00eatre gu\u00e8re autrement puisque des responsables de haut rang tant civils (Ben Gourion) que militaires (Mosh\u00e9 Dayan) avaient pr\u00f4n\u00e9 le transfert, si possible volontaire, mais \u00e9ventuellement forc\u00e9, des Arabes hors des fronti\u00e8res de l&rsquo;\u00c9tat (Morris, 1998). L&rsquo;\u00e9cho que rencontra cette id\u00e9e du transfert dans le courant activiste est, nous semble-t-il, le reflet de l&rsquo;aporie majeure du sionisme : son extr\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 prendre en compte l&rsquo;existence de l&rsquo;Autre (arabe) qui pr\u00e9existait \u00e0 son projet de reconstruction nationale. Comme projet politique, le sionisme n&rsquo;a gu\u00e8re laiss\u00e9 de place \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, il n&rsquo;a su ni penser, ni int\u00e9grer dans sa pratique la diff\u00e9rence ethno-nationale. Dans ce contexte, la tentation de se d\u00e9barrasser de cet Autre en le transf\u00e9rant ailleurs ne pouvait qu&rsquo;\u00eatre forte. En d\u00e9clarant \u00ab je ne suis pas dispos\u00e9 \u00e0 accepter m\u00eame un Arabe suppl\u00e9mentaire [car] je veux qu&rsquo;Isra\u00ebl soit totalement juif \u00bb (Scheffer, 1996, p.484), le d\u00e9put\u00e9 Eliahu Carmeli ne faisait qu&rsquo;exprimer en 1949, de fa\u00e7on extr\u00eame, l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;am\u00e9nager une place \u00e0 l&rsquo;Autre. Ce fait d\u00e9coule logiquement d&rsquo;une perception r\u00e9ductrice de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl comme grande communaut\u00e9 juive, et non comme un \u00c9tat coiffant une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 r\u00e9sident des Juifs (mais pas n\u00e9cessairement qu&rsquo;eux). Or, alors que les communaut\u00e9s juives de diaspora fonctionnent, dans un contexte minoritaire, comme des structures volontaires ne rassemblant, par d\u00e9finition, que des Juifs, l&rsquo;\u00c9tat est une institution rationnelle fonctionnant sur une base territoriale et qui a juridiction sur l&rsquo;ensemble de la population quelles que soient ses origines ethniques, religieuses&#8230; \u00c0 l&rsquo;\u00e9vidence, les implications de ce passage de l&rsquo;autonomie des communaut\u00e9s \u00e0 la souverainet\u00e9 \u00e9tatique \u00e9chappaient \u00e0 certains dirigeants du jeune \u00c9tat, et non des moindres. Ben Gourion avouait ainsi qu&rsquo;il ne voyait rien de moralement, ni de politiquement r\u00e9pr\u00e9hensible \u00e0 envisager le transfert de la minorit\u00e9 arabe puisque les \u00ab droits de l&rsquo;\u00c9tat avaient pr\u00e9s\u00e9ance sur ceux des individus \u00bb comme la Hongrie et la Roumanie l&rsquo;avaient montr\u00e9 en expulsant certains de leurs citoyens (Kafkafi, 1998, p. 353). La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 deux pays d&rsquo;Europe orientale qui \u00e9taient loin d&rsquo;\u00eatre des parangons de d\u00e9mocratie est hautement significative. Elle atteste que nombre de dirigeants sionistes qui venaient pr\u00e9cis\u00e9ment de la zone russo-polonaise avaient une familiarit\u00e9, d&rsquo;ailleurs douloureuse, avec des \u00c9tats autoritaires, fond\u00e9s sur un nationalisme ethnique souvent exclusiviste (Sternhell, 1996). De ce fait, ils \u00e9taient plus accoutum\u00e9s aux logiques d&rsquo;exclusion &#8212; dont les Juifs \u00e9taient d&rsquo;ailleurs fr\u00e9quemment les victimes toutes d\u00e9sign\u00e9es &#8212; qu&rsquo;aux pratiques d&rsquo;inclusion, en particulier par le biais d&rsquo;une citoyennet\u00e9 de nature universaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si le recours \u00e0 l&rsquo;\u00e9viction pure et simple des Arabes hors du territoire isra\u00e9lien fut limit\u00e9, comme nous l&rsquo;avons dit, aux zones frontali\u00e8res durant la p\u00e9riode de fondation de l&rsquo;\u00c9tat, deux autres m\u00e9thodes furent employ\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;instigation du cercle des activistes nationalistes, envers l&rsquo;ensemble de la population arabe : l&rsquo;imposition d&rsquo;un gouvernement militaire et l&rsquo;expropriation des terres (Dieckhoff, 1993). L&rsquo;administration militaire fut impos\u00e9e aux Arabes en octobre 1948 \u00ab pour raison de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb. Elle instaurait un syst\u00e8me de contr\u00f4le g\u00e9n\u00e9ral qui limitait strictement l&rsquo;exercice des libert\u00e9s publiques de tous les Arabes, et non pas seulement de ceux soup\u00e7onn\u00e9s d&rsquo;activit\u00e9s hostiles. Restrictions s\u00e9v\u00e8res des d\u00e9placements, assignations \u00e0 r\u00e9sidence, d\u00e9tentions administratives &#8212; soumises \u00e0 un contr\u00f4le judiciaire minimal &#8211;, censure de la presse arabe furent fr\u00e9quentes durant cette p\u00e9riode tandis que la libert\u00e9 d&rsquo;association politique \u00e9tait soumise \u00e0 d&rsquo;innombrables contraintes. Les possibilit\u00e9s d&rsquo;expression politique des Arabes \u00e9taient d&rsquo;ailleurs d&rsquo;autant plus limit\u00e9es qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;une petite formation de gauche (Mapam), les partis sionistes, y compris le Parti travailliste de Ben Gourion, \u00e9taient tout simplement ferm\u00e9s aux adh\u00e9rents arabes. Pas \u00e9tonnant dans ces conditions que beaucoup d&rsquo;Arabes se soient reconnus dans le Parti communiste, seule formation ouvertement binationale, qui pr\u00f4nait la transformation de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl en une collectivit\u00e9 de citoyens (Greilsammer, 1978).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si certaines mesures appliqu\u00e9es \u00e0 la population arabe r\u00e9pondaient \u00e0 de r\u00e9els imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9 comme la pr\u00e9vention de l&rsquo;espionnage, la lutte contre le terrorisme, etc, leur application g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e sur une longue p\u00e9riode (le gouvernement militaire ne fut d\u00e9finitivement supprim\u00e9 qu&rsquo;en 1966), en faisaient autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un v\u00e9ritable syst\u00e8me de mise en subordination (Lustick,1980).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine foncier, les Arabes d&rsquo;Isra\u00ebl furent soumis d\u00e8s 1948 \u00e0 toute une kyrielle de lois qui conduisirent \u00e0 un transfert massif de la propri\u00e9t\u00e9 (Kretzmer, 1990, p. 49-76). En tant qu&rsquo;\u00c9tat successeur, Isra\u00ebl prit possession de toutes les terres publiques et de celles consid\u00e9r\u00e9es comme sans ma\u00eetre, mais un tiers des terres restaient l\u00e9galement la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e d&rsquo;Arabes. Une l\u00e9gislation appropri\u00e9e y mit rapidement un terme : non seulement toutes les terres et immeubles des Palestiniens r\u00e9fugi\u00e9s dans les pays arabes voisins furent progressivement transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, mais il en alla de m\u00eame pour la moiti\u00e9 des terres appartenant \u00e0 des Arabes isra\u00e9liens qui furent consid\u00e9r\u00e9s, pour la moiti\u00e9 d&rsquo;entre eux, comme \u00ab pr\u00e9sents-absents \u00bb<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n1\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">1<\/a>] en vertu de la Loi sur les absents de 1950. Cette fiction juridique proprement orw\u00e9llienne signifiait que bien que pr\u00e9sents physiquement sur le territoire isra\u00e9lien ces Arabes \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab des propri\u00e9taires absents \u00bb parce qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient trouv\u00e9s \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre, apr\u00e8s le 29 novembre 1947 (date de la r\u00e9solution de l&rsquo;ONU sur le partage de la Palestine mandataire), dans une zone contr\u00f4l\u00e9e par des forces hostiles \u00e0 Isra\u00ebl. Cette l\u00e9gislation d&rsquo;exception en vigueur jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 conduisit \u00e0 la r\u00e9duction drastique de la propri\u00e9t\u00e9 arabe qui ne couvre plus aujourd&rsquo;hui que 3,5 % de la surface du pays tandis que l&rsquo;\u00c9tat en contr\u00f4le d\u00e9sormais fermement 93 % (le reste appartient \u00e0 des particuliers juifs). Dans le domaine foncier, il est clair que les Arabes d&rsquo;Isra\u00ebl n&rsquo;ont gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 mieux trait\u00e9s que leurs fr\u00e8res r\u00e9fugi\u00e9s au Liban ou en Syrie et leur citoyennet\u00e9 ne leur fut, en l&rsquo;occurence, d&rsquo;aucun secours. L&rsquo;\u00c9tat les consid\u00e9ra d&rsquo;abord, non comme des citoyens isra\u00e9liens dont il fallait avant tout respecter les droits, mais comme des Arabes palestiniens, membres d&rsquo;un groupe ethno-national qu&rsquo;il convenait de transformer en minorit\u00e9 domin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;octroi de la citoyennet\u00e9 aux Arabes demeur\u00e9s sur le territoire isra\u00e9lien n&rsquo;alla d&rsquo;ailleurs pas sans mal. Ben Gourion, fid\u00e8le \u00e0 son inflexibilit\u00e9 coutumi\u00e8re, \u00e9tait partisan de restreindre au maximum l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la citoyennet\u00e9 des Arabes qu&rsquo;il soup\u00e7onnait de d\u00e9loyaut\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale envers l&rsquo;\u00c9tat. Le projet de loi initial mentionnait des conditions tr\u00e8s restrictives qui auraient exclu deux tiers des Arabes du droit d&rsquo;obtenir automatiquement la citoyennet\u00e9 isra\u00e9lienne et en auraient fait des \u00e9trangers permanents&#8230;dans le pays qui les avait vu na\u00eetre. Sur ce dossier, le courant nationaliste mod\u00e9r\u00e9 finit par l&#8217;emporter, et la loi de 1952 accorda la citoyennet\u00e9 quasi-automatique aux Arabes d&rsquo;Isra\u00ebl. Ce succ\u00e8s, non n\u00e9gligeable, doit \u00eatre mis \u00e0 l&rsquo;actif des \u00ab lib\u00e9raux \u00bb, et en premier lieu de Mosh\u00e9 Sharett. Toutefois, ces derniers n&rsquo;obtinrent ni l&rsquo;abolition imm\u00e9diate du gouvernement militaire, ni la restitution des propri\u00e9t\u00e9s aux personnes d\u00e9plac\u00e9es (\u00ab pr\u00e9sents-absents \u00bb). \u00c0 quoi attribuer ces \u00e9checs? Sans doute \u00e0 l&rsquo;opposition tenace de l&rsquo;appareil militaire et de l&rsquo;homme fort du pays, Ben Gourion, \u00e0 toute \u00ab faiblesse \u00bb excessive envers les Arabes d&rsquo;Isra\u00ebl. Plus profond\u00e9ment, l&rsquo;insucc\u00e8s des mod\u00e9r\u00e9s \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 leurs propres amigu\u00eft\u00e9s. Leur opposition se situait en effet \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du consensus sioniste. Ils adh\u00e9raient totalement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de cr\u00e9er un \u00c9tat juif et, pour en consolider l&rsquo;assise, ils n&rsquo;\u00e9taient pas hostiles \u00e0 certaines mesures qui furent adopt\u00e9es dans l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, comme le refus du rapatriement des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens ou la destruction des villages abandonn\u00e9s afin d&#8217;emp\u00eacher leur retour. Leur divergence avec les tenants de la ligne activiste venait de leur volont\u00e9 de favoriser au maximum l&rsquo;int\u00e9gration socio-politique des Arabes pr\u00e9sents sur le territoire isra\u00e9lien (d&rsquo;o\u00f9 leur souhait de supprimer le gouvernement militaire ou leur d\u00e9sir de voir les Arabes admis comme membres du syndicat Histadrout &#8212; ce sera chose faite en 1965). Cette aspiration \u00e0 h\u00e2ter l&rsquo;insertion des Arabes dans la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne n&rsquo;\u00e9tait toutefois pas uniquement contrari\u00e9e par l&rsquo;intransigeance de Ben Gourion et de ses alli\u00e9s, elle \u00e9tait aussi entrav\u00e9e par la nature bic\u00e9phale de l&rsquo;\u00c9tat comme \u00c9tat juif et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><a style=\"color: #004080\" name=\"2\"><\/a>2. LES CONTRADICTIONS ENTRE D\u00c9MOCRATIE ET ETHNICIT\u00c9<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2006\/11\/t\u00e9l\u00e9chargement-18.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1140\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2006\/11\/t\u00e9l\u00e9chargement-18.jpg\" alt=\"t\u00e9l\u00e9chargement (18)\" width=\"275\" height=\"183\" \/><\/a>La loi de 1952 qui fixe les conditions d&rsquo;octroi de la citoyennet\u00e9 isra\u00e9lienne \u00e9tablit une distinction majeure entre l&rsquo;acquisition<br \/>\nde la citoyennet\u00e9 par les Juifs et par les non-Juifs, essentiellement les Arabes (Klein, 1977). Les premiers b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un droit automatique \u00e0 la citoyennet\u00e9 qui d\u00e9coule directement de La loi du retour de 1950 qui acccorde \u00e0 tout Juif le droit d&rsquo;immigrer en Isra\u00ebl. L&rsquo;acquisition de la citoyennet\u00e9 est dans ce cas inconditionnel, l&rsquo;\u00c9tat ne pouvant s&rsquo;y opposer que dans des cas tr\u00e8s limit\u00e9s, lorsque le droit au retour &#8212; c&rsquo;est-\u00e0-dire la libert\u00e9 d&rsquo;immigration absolue r\u00e9serv\u00e9e aux Juifs &#8212; ne s&rsquo;applique pas (danger pour la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 publiques, pass\u00e9 criminel). Cet automatisme dans l&rsquo;attribution de la citoyennet\u00e9 est la manifestation la plus \u00e9clatante du caract\u00e8re juif de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl. Quant aux Arabes, ils ont obtenu la citoyennet\u00e9 sur un fondement juridique diff\u00e9rent : celui de leur r\u00e9sidence sur le territoire isra\u00e9lien. L&rsquo;octroi de la citoyennet\u00e9 \u00e9tait soumis \u00e0 des conditions restrictives puisqu&rsquo;on exigeait une pr\u00e9sence ininterrompue sur le territoire devenu isra\u00e9lien, entre le 14 mai 1948 et l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur de la loi. Ne pouvaient donc obtenir la citoyennet\u00e9 isra\u00e9lienne ni les centaines de milliers de r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens qui avaient fui dans les pays arabes voisins (mais qui b\u00e9n\u00e9ficiaient de la citoyennet\u00e9 palestinienne sous le mandat britannique), ni plusieurs milliers d&rsquo;Arabes qui s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s provisoirement dans des pays limitrophes avant de revenir dans ce qui \u00e9tait devenu Isra\u00ebl\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n2\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">2<\/a>]. Contrairement aux Juifs, les Arabes ont donc b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, \u00e0 l&rsquo;origine, d&rsquo;un droit conditionnel \u00e0 la citoyennet\u00e9. Ces voies diff\u00e9rentes dans l&rsquo;attribution de la citoyennet\u00e9 laissent d&#8217;embl\u00e9e entrevoir que derri\u00e8re la citoyennet\u00e9 de nature universaliste une dynamique diff\u00e9rente, de nature particulariste, est subrepticement \u00e0 l&rsquo;oeuvre : elle est d&rsquo;ordre ethno-nationale<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n3\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">3<\/a>]. L&rsquo;ethnicit\u00e9, entendue ici comme la reconnaissance d&rsquo;identit\u00e9s collectives fond\u00e9es sur une parent\u00e9 commune (r\u00e9elle ou imaginaire), une m\u00e9moire historique partag\u00e9e et des r\u00e9f\u00e9rents culturels similaires, fait l&rsquo;objet d&rsquo;une v\u00e9ritable institutionnalisation de la part de l&rsquo;\u00c9tat qui est oblig\u00e9 de recourir \u00e0 une cat\u00e9gorisation ethnique afin de pouvoir op\u00e9rer une distinction entre Juifs et non-Juifs, indispensable \u00e0 leur gestion diff\u00e9renci\u00e9e. Ce processus d&rsquo;identification s&rsquo;op\u00e8re par le biais de la cat\u00e9gorie \u00ab leom \u00bb (nationalit\u00e9, au sens d&rsquo;affiliation ethnique) qui figure sur les registres d&rsquo;\u00e9tat-civil et les cartes d&rsquo;identit\u00e9. Il n&rsquo;y a donc pas, en Isra\u00ebl, de pure citoyennet\u00e9 \u00ab abstraite \u00bb puisque chaque individu est tenu d&rsquo;avoir parall\u00e8lement une nationalit\u00e9. La population isra\u00e9lienne est ainsi r\u00e9partie en trois nationalit\u00e9s principales : juive (80 %), arabe (17 %) et druze (groupe h\u00e9t\u00e9rodoxe de l&rsquo;Islam, 1,5 %). Trois points m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9s en ce qui concerne la cat\u00e9gorisation ethnique de la population. D&rsquo;une part, cette ethnicit\u00e9, prescrite et administr\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat, se veut \u00ab objective \u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire que le choix de l&rsquo;identit\u00e9 ethno-nationale n&rsquo;est pas libre. Ainsi n&rsquo;est reconnu comme juif par l&rsquo;\u00c9tat que celui qui est n\u00e9 de m\u00e8re juive ou qui s&rsquo;est converti au juda\u00efsme et n&rsquo;appartient pas \u00e0 une autre religion (Catane, 1972)\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n4\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">4<\/a>]. Cette d\u00e9finition de la jud\u00e9it\u00e9 correspond presque enti\u00e8rement \u00e0 la formulation de la loi religieuse, ce qui marque une r\u00e9elle congruence entre ethnicit\u00e9 et appartenance religieuse. Par ailleurs, un individu juif ne saurait r\u00e9clamer une autre identit\u00e9 ethnique que celle de Juif. Dans un arr\u00eat c\u00e9l\u00e8bre de 1972, la Cour Supr\u00eame d\u00e9cida qu&rsquo;un Juif ne pouvait se pr\u00e9valoir de l&rsquo;appartenance \u00e0 un groupe ethnique isra\u00e9lien car une telle identit\u00e9 n&rsquo;existe pas d&rsquo;un point de vue l\u00e9gal (Klein, 1977). En second lieu, la logique du \u00ab leom \u00bb est bien de nature ethnique et non religieuse, et en cela elle ne saurait \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 une simple actualisation du syst\u00e8me du millet. Ce dernier avait fonctionn\u00e9 dans l&rsquo;Empire ottoman et accordait une tr\u00e8s large autonomie interne \u00e0 trois minorit\u00e9s non-musulmanes (Grecs orthodoxes, Arm\u00e9niens, Juifs). Le principe de tol\u00e9rance ainsi mis en oeuvre reposait sur la reconnaissance de communaut\u00e9s religieuses qui obtenaient entre autres le monopole sur le statut personnel (en particulier le droit matrimonial). Dans l&rsquo;ensemble du Moyen-Orient, en Isra\u00ebl comme ailleurs, la gestion de ce statut personnel continue de reposer sur les communaut\u00e9s religieuses &#8212; ce qui explique qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de mariage civil. Toutefois, la classification en terme de \u00ab leom \u00bb n&rsquo;est pas de m\u00eame nature. Sans doute, l&rsquo;adoption du crit\u00e8re religieux pour d\u00e9finir l&rsquo;identit\u00e9 ethno-nationale juive entretient les confusions mais le fait que l&rsquo;\u00c9tat ait retenu la cat\u00e9gorie \u00ab arabe \u00bb (regroupant les confessions musulmane et chr\u00e9tienne) et cr\u00e9\u00e9 celle de \u00ab druze \u00bb (alors que l&rsquo;appartenance druze avait toujours \u00e9t\u00e9 subsum\u00e9e sous celle, g\u00e9n\u00e9rique, d&rsquo;Arabe) montre bel et bien que la taxinomie retenue est fond\u00e9e sur l&rsquo;ethnicit\u00e9. Enfin, troisi\u00e8me point : autant l&rsquo;ethnicit\u00e9 est ouvertement revendiqu\u00e9e pour permettre d&rsquo;isoler, dans l&rsquo;ensemble des citoyens, les Juifs des autres groupes (Arabes, Druzes), autant elle est explicitement r\u00e9cus\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat d\u00e8s lors qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;introduire des distinctions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du groupe juif. Le postulat central du sionisme \u00e9tant l&rsquo;unit\u00e9 du peuple juif \u00e0 travers le monde, l&rsquo;\u00c9tat rejette comme non pertinents les clivages ethno-culturels au sein de la population juive (Ashk\u00e9nazes\/S\u00e9pharades ; Marocains\/ Russes etc.). Bien que r\u00e9fut\u00e9e id\u00e9ologiquement et d\u00e9pourvue de port\u00e9e l\u00e9gale, cette ethnicit\u00e9 intra-juive n&rsquo;en produit pas moins de puissants effets sociaux comme l&rsquo;atteste le succ\u00e8s croissant de partis ethniques juifs comme le Shas chez les S\u00e9pharades et Isra\u00ebl ba-Aliyah chez les \u00ab Russes \u00bb (Smooha, 1999).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Si l&rsquo;assignation d&rsquo;identit\u00e9 ethnique rev\u00eat une pareille importance, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle conf\u00e8re des droits non n\u00e9gligeables. Outre l&rsquo;obtention automatique de la citoyennet\u00e9, le nouvel immigrant en vertu de la Loi du retour<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n5\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">5<\/a>] b\u00e9n\u00e9ficie lors des premi\u00e8res ann\u00e9es de son installation de larges exemptions fiscales et d&#8217;emprunts \u00e0 taux pr\u00e9f\u00e9rentiel. Une partie de ces aides est vers\u00e9e, non par l&rsquo;\u00c9tat, mais par l&rsquo;Agence juive, organe d\u00e9pendant d&rsquo;une institution internationale, l&rsquo;Organisation sioniste mondiale, dont la vocation est de faciliter l&rsquo;immigration des Juifs de diaspora. De fa\u00e7on significative, l&rsquo;Agence juive est d\u00e9sign\u00e9e, avec deux autres organisations internationales (le Keren Hayessod qui collecte les fonds dans la diaspora juive et le Fonds national juif charg\u00e9 de l&rsquo;achat des terres), comme \u00ab institution nationale \u00bb, cette expression d\u00e9signant une institution ayant vocation \u00e0 servir les seuls int\u00e9r\u00eats des Juifs en Isra\u00ebl. L&rsquo;Agence juive ne se contente pas de fournir des aides multiformes aux nouveaux immigrants. Elle cr\u00e9e des villages pour les Juifs, paye le raccordement aux r\u00e9seaux \u00e9lectrique et de l&rsquo;eau, encourage le d\u00e9veloppement de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;industrie. Si on peut consid\u00e9rer comme normal que l&rsquo;Agence juive, dont les fonds proviennent des contributions volontaires des Juifs de diaspora, s&#8217;emploie \u00e0 am\u00e9liorer le sort des seuls Juifs, il est clair toutefois que cette intervention unilat\u00e9rale, effectu\u00e9e dans le cadre d&rsquo;une convention avec de l&rsquo;\u00c9tat, accro\u00eet les disparit\u00e9s avec les 850 000 citoyens arabes. De plus, par l&rsquo;entremise de ces institutions nationales &#8212; organisations volontaires financ\u00e9es par la diaspora &#8211;, l&rsquo;\u00c9tat b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un moyen id\u00e9al de privil\u00e9gier les Juifs tout en ne violant pas officiellement l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les citoyens puisqu&rsquo;il n&rsquo;intervient pas directement. Ainsi en est-il avec le Fonds national juif qui g\u00e8re 19 % des terres en Isra\u00ebl, en particulier, fait significatif, les \u00ab terres abandonn\u00e9es \u00bb &#8212; appartenant aux Arabes ayant fui la Palestine ou d\u00e9clar\u00e9s \u00ab absents \u00bb. Ces terres sont r\u00e9gies par un rigoureux principe d&rsquo;incessibilit\u00e9 : non seulement ces terres, \u00ab propri\u00e9t\u00e9 perp\u00e9tuelle du peuple juif \u00bb ne sauraient \u00eatre vendues \u00e0 un particulier, mais elles ne peuvent m\u00eame pas \u00eatre lou\u00e9es \u00e0 un non-Juif, f\u00fbt-il citoyen de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl (Dieckhoff, 1995).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le fonctionnement des \u00ab institutions nationales \u00bb donne une bonne indication de la fa\u00e7on dont s&rsquo;op\u00e8re une discrimination insidieuse. Rarement explicite, la discrimination structurelle dont sont victimes les Arabes est la plupart du temps indirecte et voil\u00e9e (Kretzmer, 1990). Ainsi, jusqu&rsquo;en 1997, les familles juives percevaient des allocations familiales proportionnellement plus \u00e9lev\u00e9es par enfant que les familles arabes. Le crit\u00e8re choisi n&rsquo;\u00e9tait pas explicitement ethnique, il \u00e9tait simplement pr\u00e9cis\u00e9 que les \u00ab familles de soldats \u00bb obtenaient des compl\u00e9ments d&rsquo;allocations. Or, \u00e9tant donn\u00e9 que les Arabes ne sont pas appel\u00e9s sous les drapeaux, ils se voyaient ipso facto exclus du b\u00e9n\u00e9fice de ces aides. Sans doute, la logique ethnique n&rsquo;est pas totale : les Druzes et les Circassiens, les deux seules communaut\u00e9s non-juives \u00e0 devoir envoyer leurs enfants \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, ainsi que les volontaires b\u00e9douins, obtenaient aussi ces allocations suppl\u00e9mentaires. Mais le r\u00e9f\u00e9rent ethnique est bien sous-jacent. La preuve en est fournie par le sort r\u00e9serv\u00e9 aux Juifs ultra-orthodoxes. N&rsquo;effectuant pas leur service militaire, ils auraient d\u00fb th\u00e9oriquement \u00eatre priv\u00e9s de cette manne. En fait, ils la re\u00e7urent. D&rsquo;abord, parce qu&rsquo;ils furent trait\u00e9s de facto par l&rsquo;\u00c9tat comme d&rsquo;anciens conscrits puis, par la suite, parce que les \u00e9tudiants des institutions religieuses obtinrent les m\u00eames avantages que les anciens militaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette discrimination dissimul\u00e9e se retrouve dans les pratiques d&rsquo;am\u00e9nagement du territoire, de distribution des aides<br \/>\npubliques. Les zones d\u00e9favoris\u00e9es auxquelles l&rsquo;\u00c9tat verse des subventions sp\u00e9cifiques pour encourager le d\u00e9veloppement \u00e9conomique ont ainsi \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9es de telle sorte qu&rsquo;elles n&rsquo;incluent aucun village arabe. Quant aux fonds gouvernementaux allou\u00e9s aux municipalit\u00e9s, ils sont proportionnellement plus importants pour les villes juives que pour leurs homologues arabes. M\u00eame les quotas d&rsquo;eau pour l&rsquo;irrigation sont plus \u00e9lev\u00e9s pour les kibboutzim que pour les villages arabes voisins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2006\/11\/images-17.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1144\" src=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/word\/wp-content\/uploads\/2006\/11\/images-17.jpg\" alt=\"images (17)\" width=\"248\" height=\"204\" \/><\/a>Ce floril\u00e8ge qui pourrait \u00eatre rallong\u00e9 montre que l&rsquo;existence d&rsquo;une citoyennet\u00e9 partag\u00e9e ne constitue pas une garantie quant au traitement \u00e9galitaire des citoyens. En cela, la \u00ab citoyennet\u00e9 \u00e0 l&rsquo;isra\u00e9lienne \u00bb rompt clairement avec le principe majeur de la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique qui consiste \u00e0 octroyer \u00ab un statut juridique conf\u00e9rant des droits et des obligations vis-\u00e0-vis de la collectivit\u00e9 politique \u00bb (Leca, 1983) aux citoyens sans tenir compte de leurs appartenances particuli\u00e8res. En l&rsquo;occurence, la logique ethnique permet d&rsquo;accorder, dans certains domaines, un traitement pr\u00e9f\u00e9rentiel au groupe majoritaire, \u00ab propri\u00e9taire \u00bb de l&rsquo;\u00c9tat, et de contourner ainsi la logique citoyenne \u00e0 fondement \u00e9galitaire. Ce favoritisme institutionnalis\u00e9 ne doit pas \u00eatre confondu avec les politiques d&rsquo;affirmative action. Alors que ces derni\u00e8res ont pour objectif de permettre \u00e0 des groupes ethniques minoritaires et d\u00e9favoris\u00e9s d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9elle \u00e9galit\u00e9 en leur octroyant des facilit\u00e9s diverses et en leur permettant de se pr\u00e9valoir de droits sp\u00e9cifiques, les avantages dont b\u00e9n\u00e9ficient la majorit\u00e9 juive en Isra\u00ebl ont pour objectif de maintenir sa supr\u00e9matie, non de la r\u00e9sorber.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En am\u00e9nageant une place privil\u00e9gi\u00e9e au groupe ethno-national juif tout en octroyant la citoyennet\u00e9 sur une base inclusive, Isra\u00ebl appara\u00eet comme une d\u00e9mocratie d&rsquo;un genre sp\u00e9cifique que Sammy Smooha a propos\u00e9 d&rsquo;appeler \u00ab d\u00e9mocratie ethnique \u00bb (Smooha, 1990). Cette qualification correspond bien \u00e0 la nature duelle de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl o\u00f9 la souverainet\u00e9 politique appartient \u00e0 l&rsquo;ensemble des citoyens (Juifs et Arabes) mais o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat appartient, non \u00e0 une nation isra\u00e9lienne &#8212; qui regrouperait tous les citoyens isra\u00e9liens &#8211;, mais \u00e0 la nation juive. Un tel alliage fait des d\u00e9mocraties ethniques des ensembles politiques travers\u00e9s par des contradictions r\u00e9currentes entre \u00e9galit\u00e9 citoyenne formelle et pr\u00e9pond\u00e9rance du groupe ethno-national associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n6\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">6<\/a>]. En fait, si l&rsquo;asym\u00e9trie entre la majorit\u00e9 et les minorit\u00e9s peut se r\u00e9duire, la persistance du r\u00e9f\u00e9rent ethnique maintient une diff\u00e9renciation structurelle entre citoyens qui emp\u00eache la pleine \u00e9galit\u00e9 de se r\u00e9aliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce constat se v\u00e9rifie bien dans le cas isra\u00e9lien o\u00f9 l&rsquo;\u00e9galisation juridique des conditions entre individus juifs et arabes a progress\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies sans pour autant que le syst\u00e8me asym\u00e9trique n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 fondamentalement remis en cause dans sa structure profonde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><a style=\"color: #004080\" name=\"3\"><\/a>3. AVANC\u00c9ES D\u00c9MOCRATIQUES, PERMANENCE DE L&rsquo;ETHNICIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette oscillation est rep\u00e9rable dans les trois champs de la citoyennet\u00e9 isol\u00e9s par T.H. Marshall (1977) en ce qui concerne la minorit\u00e9 arabe en Isra\u00ebl. Dans le domaine des droits civils, la tendance globale a \u00e9t\u00e9 \u00e0 une \u00e9galisation des conditions entre Juifs et Arabes depuis l&rsquo;abolition d\u00e9finitive du gouvernement militaire en 1966. Les libert\u00e9s publiques (de d\u00e9placement, d&rsquo;expression, d&rsquo;organisation etc.) sont respect\u00e9es et garanties par les tribunaux. Les Arabes sont d\u00e9sormais membres \u00e0 part enti\u00e8re du syndicat Histadrout dont le d\u00e9partement arabe a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9 en 1992. \u00c0 la m\u00eame date, le poste de conseiller aux affaires arabes, rattach\u00e9 au Premier ministre, qui fleurait un peu trop le paternalisme colonial, a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n7\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">7<\/a>]. La pratique religieuse est libre, l&rsquo;\u00c9tat versant m\u00eame des salaires aux ministres des cultes et distribuant des fonds publics pour l&rsquo;entretien des \u00e9glises et mosqu\u00e9es. Les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s religieuses b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une tr\u00e8s large autonomie et d&rsquo;une comp\u00e9tence de juridiction exclusive en mati\u00e8re de statut personnel (mariage, divorce). Remarquons que la reconnaissance de droits de nature communautaire est parfaitement en consonnance avec la nature sioniste de l&rsquo;\u00c9tat : si l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl est celui d&rsquo;un groupe national particulier (celui des Juifs), il est naturel que les minorit\u00e9s ethno-nationales qui, par d\u00e9finition, ne pourront jamais s&rsquo;y identifier totalement b\u00e9n\u00e9ficient de droits religieux et culturels collectifs qui leur permettront de pr\u00e9server leur identit\u00e9 sp\u00e9cifique. Une diff\u00e9rence notable subsiste n\u00e9anmoins dans le maintien de l&rsquo;ordre public : la r\u00e9pression polici\u00e8re a tendance \u00e0 \u00eatre plus vigoureuse lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de mettre un terme aux manifestations dans le secteur arabe. Le 30 mars 1976, une protestation contre la confiscation des terres en Galil\u00e9e s&rsquo;acheva tragiquement par la mort de six Arabes lors d&rsquo;\u00e9chauffour\u00e9es avec les forces de l&rsquo;ordre. De telles extr\u00e9mit\u00e9s ne se sont plus de mise aujourd&rsquo;hui. N\u00e9anmoins, en tirant, fin septembre 1998, des balles en caoutchouc pour disperser une marche de protestation arabe, alors que ce type de projectile n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 \u00e0 ma connaissance contre des manifestants juifs mais a \u00e9t\u00e9 par contre abondamment employ\u00e9 contre les Palestiniens pendant l&rsquo;Intifada, la police soulignait, f\u00fbt-ce involontairement, que les Arabes n&rsquo;\u00e9taient pas trait\u00e9s avec le m\u00eame \u00e9gard que leurs concitoyens juifs\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n8\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">8<\/a>].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le domaine de la citoyennet\u00e9 politique, si le droit de vote a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part aux Arabes, l&rsquo;expression politique a \u00e9t\u00e9, elle, fortement brid\u00e9e durant les deux premi\u00e8res d\u00e9cennies puisque, sous couvert d&rsquo;imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9, des formations politiques ont \u00e9t\u00e9 interdites tandis que des publications voyaient leur parution suspendue. Dans les ann\u00e9es 1970, ces restrictions avaient disparu tandis que l&rsquo;int\u00e9gration politique des Arabes avait progress\u00e9 : \u00e0 compter de 1973 les citoyens arabes purent ainsi adh\u00e9rer au Parti travailliste qui, jusqu&rsquo;alors, n&rsquo;accueillait que des Juifs. Une citoyennet\u00e9 authentique ne se limite toutefois pas au droit de participer aux processus \u00e9lectifs et aux organisations politiques, elle passe aussi par des possibilit\u00e9s r\u00e9elles de prendre part \u00e0 l&rsquo;exercice du pouvoir politique. Or, sur ce plan, il reste un chemin consid\u00e9rable \u00e0 parcourir. Si, dans le cadre municipal, maires et conseillers sont nombreux dans les localit\u00e9s arabes, au niveau de l&rsquo;\u00c9tat, la pr\u00e9sence arabe est extr\u00eamement modeste. Le constat amer du romancier David Grossman est sans appel : \u00ab il n&rsquo;y jamais eu un ministre arabe dans le cabinet isra\u00e9lien [&#8230;] en 1989, sur les 1 310 postes de hauts fonctionnaires au gouvernement et dans ses organismes associ\u00e9s, seulement 17 \u00e9taient occup\u00e9s par des Arabes [&#8230;] parmi les m\u00e9decins employ\u00e9s par la caisse de maladie, 2 % \u00e9taient arabes \u00bb (Grossman, 1993, p. 140). Si des repr\u00e9sentants de partis arabes si\u00e8gent \u00e0 la Knesset, ils ne furent inclus qu&rsquo;une seule fois, entre 1992 et 1996, dans une majorit\u00e9 parlementaire, celle qui soutint le gouvernement Rabin. Ce fut d&rsquo;ailleurs une raison suffisante pour que la droite nationaliste repr\u00e9sent\u00e9e par le Likoud d\u00e9nonce sans rel\u00e2che un gouvernement \u00ab priv\u00e9 de majorit\u00e9 juive \u00bb (puisque sa survie parlementaire d\u00e9pendait de l&rsquo;appui de cinq d\u00e9put\u00e9s \u00ab arabes\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n9\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">9<\/a>] \u00bb). La r\u00e8gle d\u00e9mocratique qui veut que tous les parlementaires soient des repr\u00e9sentants \u00e9gaux de la nation se trouve ici contest\u00e9e par l&rsquo;ethnicit\u00e9 et une distinction est, de fait, introduite entre la communaut\u00e9 politique l\u00e9gale (regroupant tous les citoyens) et la communaut\u00e9 politique l\u00e9gitime (restreinte aux Juifs). Cette diff\u00e9renciation est la cons\u00e9quence de la dualit\u00e9 structurelle de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl comme \u00c9tat juif et d\u00e9mocratique qui instaure deux espaces r\u00e9f\u00e9rentiels concurrents, celui de l&rsquo;appartenance ethno-nationale et celui de la citoyennet\u00e9. La jud\u00e9it\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat qui a une v\u00e9ritable valeur constitutionnelle\u00a0<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" name=\"n10\"><\/a>[<a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n\">10<\/a>] pourrait d&rsquo;ailleurs, en principe, entraver la libert\u00e9 politique en milieu arabe. En effet, si un parti se pr\u00e9sentait au suffrage des \u00e9lecteurs en exigeant explicitement la d\u00e9sionisation de l&rsquo;\u00c9tat (ce qui passerait, par exemple, par l&rsquo;abrogation de la Loi du retour), il serait disqualifi\u00e9. Il en serait de m\u00eame s&rsquo;il r\u00e9clamait la transformation d&rsquo;Isra\u00ebl en \u00c9tat binational, jud\u00e9o-arabe. Pour l&rsquo;heure, les \u00ab ambigu\u00eft\u00e9s constructives \u00bb des partis arabes comme l&rsquo;interpr\u00e9tation souple des dispositions l\u00e9gales par la Cour supr\u00eame ont \u00e9vit\u00e9 les disqualifications intempestives, mais le risque de voir le jeu d\u00e9mocratique contrecarr\u00e9 en invoquant l&rsquo;atteinte au caract\u00e8re juif de l&rsquo;\u00c9tat demeure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Restent les droits sociaux (\u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation etc.). L\u00e0 aussi la tendance est all\u00e9e au fil du temps vers un rapprochement des droits entre citoyens juifs et arabes. Ainsi, comme nous l&rsquo;avons dit, les allocations sociales compl\u00e9mentaires ne sont plus r\u00e9serv\u00e9es, depuis 1997, aux familles de soldats. Le gouvernement a aussi renonc\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es \u00e0 utiliser le crit\u00e8re du service militaire pour instaurer des droits universitaires diff\u00e9rents. Toutefois, ces avanc\u00e9es r\u00e9elles ne doivent pas masquer la persistance d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s r\u00e9elles. Ainsi, dans le domaine \u00e9ducatif, le syst\u00e8me scolaire juif continue de b\u00e9n\u00e9ficier de ressources budg\u00e9taires bien plus importantes que les \u00e9coles arabes, ce qui maintient une diff\u00e9rence qualitative persistante (Al-Haj, 1995). En ce qui concerne les aides sociales, elles ne sont pas distribu\u00e9es de fa\u00e7on \u00e9gale parmi la population, les autorit\u00e9s publiques ayant la f\u00e2cheuse habitude de mettre en oeuvre de fa\u00e7on imparfaite les dispositions sociales dans le secteur arabe (Haidar, 1991). Autrement dit, elles ne mettent pas syst\u00e9matiquement en oeuvre une autorit\u00e9 \u00ab l\u00e9gale-rationnelle \u00bb pour traiter de fa\u00e7on impersonnelle les administr\u00e9s en fonction de r\u00e8gles de nature universelle ; leur action est souvent guid\u00e9e par des motivations affectives qui les am\u00e8nent \u00e0 agir prioritairement au profit du groupe juif. Enfin, pour l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;emploi, les citoyens arabes sont clairement d\u00e9favoris\u00e9s dans les domaines r\u00e9put\u00e9s \u00ab sensibles \u00bb comme l&rsquo;a\u00e9ronautique et l&rsquo;\u00e9lectronique. Ces secteurs d&rsquo;activit\u00e9, tr\u00e8s li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;industrie d&rsquo;armement, leur sont tr\u00e8s largement ferm\u00e9s, les emplois \u00e9tant r\u00e9serv\u00e9s aux citoyens ayant rempli leurs obligations militaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;existence d&rsquo;une discrimination institutionnelle est rarement ni\u00e9e frontalement, mais elle est souvent rationnalis\u00e9e par le recours \u00e0 un argument qui en dit long sur l&rsquo;aporie de la citoyennet\u00e9 en Isra\u00ebl. Ainsi, il est incontestable que, globalement, le niveau \u00e9ducatif des Arabes se soit am\u00e9lior\u00e9 depuis un demi-si\u00e8cle permettant la formation d&rsquo;une intelligentsia dynamique et active. Il est vrai aussi que le taux de scolarisation des Arabes en Isra\u00ebl est bien meilleur que celui de leurs \u00ab fr\u00e8res \u00bb en Jordanie ou en \u00c9gypte. Certains jugent d\u00e8s lors que les Arabes ont largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la modernisation socio-\u00e9conomique (Landau, 1993) qui a accompagn\u00e9 leur insertion dans la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne comparativement \u00e0 ceux qui ont v\u00e9cu au sein des \u00c9tats arabes voisins, et que les pratiques discriminatoires actuelles ne sont que des ph\u00e9nom\u00e8nes marginaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un tel constat est irrecevable dans la mesure o\u00f9, dans la logique de la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique, les seules comparaisons pertinentes sont celles qui sont effectu\u00e9es entre membres du m\u00eame corps politique : il convient donc d&rsquo;\u00e9valuer la situation des Arabes isra\u00e9liens par rapport \u00e0 leurs concitoyens juifs, non par rapport \u00e0 leur \u00ab parent\u00e8le ethnique \u00bb au-del\u00e0 des fronti\u00e8res. Que ce type de comparaison soit pourtant ainsi fait spontan\u00e9ment, dans l&rsquo;opinion publique juive en Isra\u00ebl, montre la pr\u00e9gnance du r\u00e9f\u00e9rent ethno-culturel et les d\u00e9ficiences dans l&rsquo;appr\u00e9hension de la citoyennet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Que cette id\u00e9e de citoyennet\u00e9 demeure dans le fond incertaine et, partant relativis\u00e9e, tient encore une fois \u00e0 la nature m\u00eame de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl comme \u00c9tat du peuple juif. Cette d\u00e9finition implique en effet que l&rsquo;\u00c9tat est celui d&rsquo;une collectivit\u00e9 transnationale dont seulement un tiers des membres sont des citoyens isra\u00e9liens, les deux autres tiers demeurant en diaspora. Autrement dit, Isra\u00ebl est l&rsquo;\u00c9tat des Juifs qui y ont immigr\u00e9 (citoyens effectifs) et, virtuellement, celui des Juifs de diaspora qui, bien que poss\u00e9dant d\u00e9j\u00e0 la citoyennet\u00e9 des pays o\u00f9 ils r\u00e9sident, sont autant de citoyens potentiels de l&rsquo;\u00c9tat. A contrario, l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl n&rsquo;est pas juridiquement l&rsquo;\u00c9tat de ses citoyens arabes. Lors des d\u00e9bats sur l&rsquo;amendement \u00e0 la Loi fondamentale en 1985, la proposition de d\u00e9finir Isra\u00ebl \u00ab comme l&rsquo;\u00c9tat du peuple juif et de ses citoyens arabes \u00bb a \u00e9t\u00e9 clairement rejet\u00e9e par le Parlement. Dans un tel contexte o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat \u00ab appartient \u00bb tout \u00e0 la fois \u00e0 certains qui n&rsquo;en sont pas citoyens tandis que d&rsquo;autres qui b\u00e9n\u00e9ficient des droits de citoyennet\u00e9 demeurent irr\u00e9m\u00e9diablement ext\u00e9rieurs \u00e0 cet \u00c9tat (dont ils doivent pourtant reconna\u00eetre la l\u00e9gitimit\u00e9 et scrupuleusement respecter les lois), la notion de citoyennet\u00e9, comme statut juridique uniforme conf\u00e9rant des droits et des devoirs et instituant une communaut\u00e9 politique d&rsquo;\u00e9gaux sur une base territoriale, devient n\u00e9cessairement floue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette citoyennet\u00e9 insaisissable d\u00e9coule de la dualit\u00e9 structurelle de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl, laquelle n&rsquo;est pas, contrairement \u00e0 l&rsquo;affirmation du pr\u00e9sident de la Cour Supr\u00eame, exempte de tensions. Meir Shamgar, qui \u00e9tait alors \u00e0 la t\u00eate de la plus haute institution judiciaire isra\u00e9lienne, avait dans un arr\u00eat fameux affirm\u00e9 que \u00ab l&rsquo;existence de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl comme \u00c9tat du peuple juif ne met pas en cause sa nature d\u00e9mocratique, de m\u00eame que la francit\u00e9 de la France ne remet pas en question sa nature d\u00e9mocratique \u00bb (Neiman, 1988, p. 189). L&rsquo;analogie est malencontreuse dans la mesure o\u00f9 jud\u00e9it\u00e9 et francit\u00e9 n&rsquo;ont pas du tout le m\u00eame statut : la premi\u00e8re a une v\u00e9ritable force l\u00e9gale qui influe profond\u00e9ment sur l&rsquo;organisation de l&rsquo;\u00c9tat et entra\u00eene toute une s\u00e9rie de cons\u00e9quences juridiques dans la distribution des droits ; la seconde constitue simplement une r\u00e9alit\u00e9 sociologique (langue partag\u00e9e, legs historique commun etc.) qui n&rsquo;a aucune implication quant \u00e0 la place des individus \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la soci\u00e9t\u00e9. Alors que dans une d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine comme la France, la francit\u00e9 est purement descriptive, dans une d\u00e9mocratie ethnique, la jud\u00e9it\u00e9 est \u00e9minemment normative (Dieckhoff, 1999). Par cons\u00e9quent, alors que dans le cas fran\u00e7ais la d\u00e9mocratie fonctionne en \u00e9tant aveugle aux appartenances ethno-culturelles particuli\u00e8res (du moins d&rsquo;un point de vue l\u00e9gal), dans le cas isra\u00e9lien, les principes d\u00e9mocratiques butent constamment sur la logique ethnique. Ces tensions ne sont pas pr\u00e8s de dispara\u00eetre dans la mesure o\u00f9 la \u00ab d\u00e9-ethnicisation \u00bb de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa transformation en \u00c9tat de ses citoyens, n&rsquo;est pas pour demain. Cette demande avanc\u00e9e par certains hommes politiques arabes et l&rsquo;extr\u00eame-gauche juive n&rsquo;a, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, aucune chance d&rsquo;\u00eatre honor\u00e9e parce que l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 de la population juive est attach\u00e9e \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 juive de l&rsquo;\u00c9tat. M\u00eame l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;Isra\u00ebl vers une d\u00e9mocratie consociationnelle o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat central g\u00e8rerait, de fa\u00e7on impartiale, un authentique pluralisme culturel tout en am\u00e9nageant une place plus grande aux droits individuels, para\u00eet fort probl\u00e9matique. Une r\u00e9cente enqu\u00eate a montr\u00e9 que seuls 8,1 % des Juifs souhaitent la mise en place d&rsquo;une d\u00e9mocratie consociationnelle o\u00f9 un \u00c9tat neutre traiterait les Arabes comme un groupe national, \u00e0 parit\u00e9 avec les Juifs. Par contre, 71,5 % des personnes interrog\u00e9es sont favorables \u00e0 une d\u00e9mocratie ethnique am\u00e9lior\u00e9e, l&rsquo;\u00c9tat conservant sa sp\u00e9cificit\u00e9 juive tandis que les Arabes b\u00e9n\u00e9ficieraient, en plus d&rsquo;une meilleure protection de leurs droits individuels, d&rsquo;une autonomie plus large (\u00e9ducative, religieuse, culturelle). Cette option est celle qui correspond aux \u00e9volutions perceptibles au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;\u00c9tat a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des ajustements pour que les droits (civils, politiques, sociaux) des Arabes soient davantage align\u00e9s sur ceux des Juifs et pour que les discriminations les plus criantes soient r\u00e9voqu\u00e9es. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, le syst\u00e8me de traitement pr\u00e9f\u00e9rentiel n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9t\u00e9 remis en cause dans son \u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale. R\u00e9\u00e9quilibrage de la citoyennet\u00e9 donc, avec maintien de l&rsquo;asym\u00e9trie structurelle : ce double mouvement continuera de rythmer l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><a style=\"color: #004080\" name=\"4\"><\/a>BIBLIOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">AL-HAJ, Majid (1995),\u00a0<em>Education, Empowerment and Control\u00a0: The Case of the Arabs in Israel<\/em>\u00a0, Albany, State University of New York.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">CATANE, Mosh\u00e9 (1972),\u00a0<em>Qui est juif?,<\/em>\u00a0Paris, Robert Laffont.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">DAHL, Robert (1971),\u00a0<em>Polyarchy, Participation and Observation<\/em>\u00a0, New Haven, Yale University Press.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">DIECKHOFF, Alain (1999), \u00ab\u00a0L&rsquo;ethno-d\u00e9mocratie isra\u00e9lienne\u00a0\u00bb, in Christophe JAFFELOT,\u00a0<em>D\u00e9mocraties d&rsquo;ailleurs. D\u00e9mocraties et d\u00e9mocratisations hors d&rsquo;Occident<\/em>\u00a0, Paris, Karthala, \u00e0 para\u00eetre.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">DIECKHOFF, Alain (1995), \u00ab\u00a0La nation en Isra\u00ebl. Entre d\u00e9mocratie et ethnicit\u00e9\u00a0\u00bb<em>, La pens\u00e9e politique<\/em>\u00a0, n\u00b0 3, p. 56-70.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">DIECKHOFF, Alain (1993), \u00ab\u00a0La maturation politique d&rsquo;une minorit\u00e9 ethnique\u00a0: les Arabes en Isra\u00ebl\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue du monde musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>\u00a0, n<sup>os<\/sup>\u00a068-69, 1993, p. 99-106.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">GREILSAMMER, Alain (1978),\u00a0<em>Les communistes isra\u00e9liens<\/em>\u00a0, Paris, Presses de la FNSP.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">GROSSMAN, David (1993),\u00a0<em>Sleeping on a Wire. Conversations with Palestinians in Israel<\/em>\u00a0, Londres, Jonathan Cape.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">HAIDAR, Aziz (1991),\u00a0<em>Social Welfare Services for Israel&rsquo;s Arab Population<\/em>\u00a0, Boulder, Westview Press.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">KAFKAFI, Eyal (1998), \u00ab\u00a0Segregation or Integration of the Israeli Arabs\u00a0: Two Concepts in Mapai\u00a0\u00bb,\u00a0<em>International Journal of Middle East Studies<\/em>\u00a0, vol. 30, p. 347-367.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">KLEIN, Claude (1977),\u00a0<em>Le caract\u00e8re juif de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl<\/em>\u00a0, Paris, Cujas.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">KRETZMER, David (1990),\u00a0<em>The Legal Status of the Arabs in Israel<\/em>\u00a0, Boulder, Westview Press<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">LANDAU, Jacob (1993),\u00a0<em>The Arab Minority in Israel, 1967-1991<\/em>\u00a0, Oxford, Clarendon Press.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">LECA, Jean (1983), \u00ab\u00a0Questions sur la citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Projet<\/em>\u00a0, n<sup>os<\/sup>\u00a0171-172, janvier-f\u00e9vrier, p.\u00a0113-125.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">LIJPHART, Arend (1984),\u00a0<em>Democracies\u00a0: Patterns of Majoritarian and Consensus Government in Twenty-One Countries<\/em>, New Haven, Yale University Press.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">LUSTICK, Ian (1980),\u00a0<em>Arabs in the Jewish State\u00a0: Israel&rsquo;s Control of a National Minority<\/em>\u00a0, Austin et Londres, University of Texas Press, 1980.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">MARSHALL, T.H. (1977),\u00a0<em>Class, Citizenship and Social Development<\/em>\u00a0, Chicago, Chicago UP.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">MORRIS, Benny (1998), \u00ab\u00a0Ben Gourion et le transfert des Palestiniens\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>Isra\u00ebl. De Mo\u00efse aux accords d&rsquo;Oslo<\/em>\u00a0, Paris, Seuil, p. 427-435.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">MORRIS, Benny (1987),\u00a0<em>The birth of the Palestinian refugee problem, 1947-1949<\/em>\u00a0, Cambridge, Cambridge University Press.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">NEIMAN (1988), (contre le Pr\u00e9sident de la Commission Centrale des \u00c9lections)\u00a0<em>Piskei Din (Recueil des d\u00e9cisions de la Cour Supr\u00eame),<\/em>\u00a0vol.42, t.<span class=\"smcaps\">iv<\/span><\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">ROSE, Norman (1986),\u00a0<em>Chaim Weizmann. A Biography<\/em>\u00a0, Londres, Weidenfeld and Nicholson.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">SCHEFFER, Gabriel (1996),\u00a0<em>Moshe Sharett. Biography of a Political Moderate<\/em>\u00a0, Oxford, Oxford University Press<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">SMOOHA, Sammy (1990), \u00ab\u00a0Minority Status in an Ethnic Democracy\u00a0: the Status of the Arab Minority in Israel\u00a0\u00bb,<em>Ethnic and Racial Studies<\/em>\u00a0, vol.13, n\u00b0 3, p. 89-413.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">SMOOHA, Sammy (1997),\u00ab\u00a0Ethnic Democracy\u00a0: Israel as an Archetype\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Israel Studies<\/em>\u00a0, vol.2, n\u00b0 2, p. 198-241.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">SMOOHA, Sammy (1999), \u00ab\u00a0La p\u00e9r\u00e9nnit\u00e9 de l&rsquo;ethnicit\u00e9 juive\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Les cahiers de l&rsquo;Orient<\/em>\u00a0(num\u00e9ro sp\u00e9cial sur \u00ab\u00a0Isra\u00ebl. Une nation recompos\u00e9e\u00a0\u00bb dirig\u00e9 par Alain Dieckhoff), n<sup>o<\/sup>\u00a054, p. 17-49.<\/p>\n<p class=\"citation\" style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">STERNHELL, Zeev (1996),\u00a0<em>Aux origines d&rsquo;Isra\u00ebl. Entre nationalisme et socialisme<\/em>\u00a0, Paris, Fayard.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify\" align=\"justify\">\n<hr \/>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\" align=\"justify\"><strong><span style=\"text-decoration: underline\"><a style=\"color: #004080\" name=\"n\"><\/a>Notes<\/span>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n1\">1<\/a>. Nokhehim nifkadim (Pr\u00e9sents-absents), tel est d&rsquo;ailleurs le titre original du livre du romancier isra\u00e9lien David GROSSMAN dans lequel il a rassembl\u00e9 les t\u00e9moignages de ses rencontres avec les Palestiniens d&rsquo;Isra\u00ebl. Traduit en anglais dans GROSSMAN (1993).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n2\">2<\/a>. Le sort de ces r\u00e9sidents priv\u00e9s de la citoyennet\u00e9 isra\u00e9lienne ne sera d\u00e9finitivement r\u00e9gl\u00e9 qu&rsquo;en 1980, date \u00e0 laquelle ils devinrent des nationaux isra\u00e9liens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n3\">3<\/a>. Deux autres modes d&rsquo;acquisition de la citoyennet\u00e9 m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre \u00e9voqu\u00e9s bri\u00e8vement. Le premier qui a gagn\u00e9 en importance au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl se consolidait est l&rsquo;acquisition par la naissance : tout enfant n\u00e9 d&rsquo;un p\u00e8re ou d&rsquo;une m\u00e8re isra\u00e9lien sera Isra\u00e9lien. Cette r\u00e8gle s&rsquo;applique pour les naissances en Isra\u00ebl mais aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger : le jus sanguinis joue ici \u00e0 plein. \u00c0 l&rsquo;inverse, le jus soli n&rsquo;intervient que de fa\u00e7on tr\u00e8s marginale \u00e0 travers l&rsquo;autre modalit\u00e9 d&rsquo;octroi de la citoyennet\u00e9, la naturalisation. Cette proc\u00e9dure complexe, qui concerne un nombre limit\u00e9 de non-Juifs soucieux d&rsquo;obtenir la citoyennet\u00e9, suppose une p\u00e9riode de r\u00e9sidence minimale mais comporte surtout deux conditions extr\u00eamement r\u00e9v\u00e9latrices : la connaissance de la langue h\u00e9bra\u00efque et la renonciation \u00e0 la nationalit\u00e9 ant\u00e9rieure. En outre, le requ\u00e9rant est tenu de signer une d\u00e9claration de loyaut\u00e9 envers l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl. Ces dispositions pr\u00e9cises et strictes contrastent fortement avec la lib\u00e9ralit\u00e9 avec laquelle la citoyennet\u00e9 est accord\u00e9e par la voie du retour. Dans ce cas, la double nationalit\u00e9 est parfaitement tol\u00e9r\u00e9e et l&rsquo;ignorance totale de l&rsquo;h\u00e9breu ne constitue pas un obstacle \u00e0 l&rsquo;acquisition de la citoyennet\u00e9. Quant \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, elle est comme contenue implicitement dans l&rsquo;acte d&rsquo;immigration lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n4\">4<\/a>. Dans les cas, de plus en plus fr\u00e9quents, de personnes dont seul le p\u00e8re est juif, elles sont enregistr\u00e9es sous leur \u00ab nationalit\u00e9 de passeport \u00bb : russe, fran\u00e7aise, canadienne etc. La nationalit\u00e9, au sens de l&rsquo;appartenance officielle \u00e0 un \u00c9tat donn\u00e9, se transforme donc pour eux en nationalit\u00e9 au sens ethnique. Les int\u00e9ress\u00e9s ont \u00e9galement la possibilit\u00e9 de laisser cette rubrique en blanc, ce qui signifie que leur nationalit\u00e9 est ind\u00e9termin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n5\">5<\/a>. En 1970, le droit au retour a \u00e9t\u00e9 \u00e9largi \u00e0 certains proches non-juifs d&rsquo;un Juif : le conjoint, les enfants et leurs conjoints, les petits-enfants et leurs conjoints. Cette disposition introduite pour pr\u00e9server l&rsquo;unit\u00e9 de familles \u00ab mixtes \u00bb, conf\u00e8re \u00e0 leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires les m\u00eames droits que les Juifs (y compris l&rsquo;octroi de la citoyennet\u00e9). Cet amendement, incontestablement lib\u00e9ral, ne fait pourtant que souligner davantage la dimension ethnique puisque le crit\u00e8re retenu est celui de la parent\u00e9 avec un Juif (jusqu&rsquo;\u00e0 la seconde g\u00e9n\u00e9ration), non celui de l&rsquo;appartenance religieuse. Est \u00e0 l&rsquo;oeuvre ici un principe d&rsquo;ethnicit\u00e9 \u00ab \u00e9tendue \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n6\">6<\/a>. Nombre d&rsquo;\u00c9tats d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est sont des \u00ab d\u00e9mocraties ethniques \u00bb o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat est fond\u00e9 sur une nation principale. Ainsi, la Mac\u00e9doine se d\u00e9finit-elle constitutionnellement comme \u00ab \u00c9tat national du peuple mac\u00e9donien \u00bb, lequel entend assurer la cohabitation avec \u00ab les Albanais, Turcs, Roms et autres nationalit\u00e9s qui y vivent \u00bb. La Croatie a adopt\u00e9 une d\u00e9finition plus g\u00e9n\u00e9reuse en se pr\u00e9sentant \u00e0 la fois comme \u00ab \u00c9tat national du peuple croate \u00bb et \u00ab \u00c9tat des membres des autres nationalit\u00e9s et minorit\u00e9s qui en sont les citoyens \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n7\">7<\/a>. On peut n\u00e9anmoins se demander si la Section des minorit\u00e9s qui a pris le relais du Bureau des affaires arabes ne s&rsquo;inscrit pas dans la m\u00eame logique de monitoring de la population arabe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n8\">8<\/a>. Cette manifestation \u00e0 Umm el-Fahm, deuxi\u00e8me ville arabe d&rsquo;Isra\u00ebl, avait pour origine l&rsquo;expropriation de plusieurs dizaines d&rsquo;hectares au profit de l&rsquo;arm\u00e9e. Cet \u00e9pisode montre que la question de la terre demeure, pour les Arabes d&rsquo;Isra\u00ebl, extr\u00eamement sensible, et cela d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils ne disposent plus, en pleine propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, que de 3,5 % de la surface du pays (contre un tiers en 1948).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n9\">9<\/a>. Les d\u00e9put\u00e9s dont les voix sont ainsi r\u00e9cus\u00e9es ne sont pas n\u00e9cessairement tous ethniquement arabes (bien que quatre d&rsquo;entre eux le soient) mais ils doivent leurs suffrages \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectorat arabe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><a style=\"font-weight: bold;color: #004080\" href=\"http:\/\/www.comiteactionpalestine.org\/modules\/news\/article.php?storyid=32#n10\">10<\/a>. Un amendement introduit en 1985 dans la Loi fondamentale sur la Knesset pr\u00e9cise que ne peuvent participer aux \u00e9lections les partis qui nient l&rsquo;existence de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl comme \u00c9tat du peuple juif, rejettent la nature d\u00e9mocratique de l&rsquo;\u00c9tat ou encouragent le racisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>le 15\/11\/2006 19:30:00\u00a0(759 lectures) Article d\u2019Alain Dieckoff\u00a0paru \u00e0 l\u2019automne 1999 dans la revue Sociologie et Soci\u00e9t\u00e9 vol XXXI, n\u00b02. L\u2019auteur est directeur de recherche au Centre d\u2019\u00e9tudes et de recherches internationales (CNRS) et il est un sp\u00e9cialiste reconnu du syst\u00e8me politique isra\u00e9lien. 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