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Dir Yassine, le plus connu et le plus affreux massacre

Massacre de Deir Yacine le 9 avril 1948



A un kilomètre seulement à l’ouest de la ville d’Al-Quds se trouve le village de Dir Yassine. Il est lié à Al-Quds par une route goudronnée « de troisième degré ». Et il est entouré par les villages d’Al-Qastal Lafta, Qalouniya, Ain Karem et Al-Malha. Il est entouré par des colonies sionistes : Beit Fighano Montfiori à l’est, Ghafaat Chaoul au nord, Yaftout au sud et Motsa Warza à l’ouest.

Le village se trouvait sur le flanc d’un mont d’une hauteur de 780 mètres. Ses maisons s’étendaient sur ses flancs, entourées par des arbres fruitiers et des arbres de pins.

En 1945, les terrains du village de Dir Yassine étaient d’une superficie de 285,7 hectares. Le village lui-même était installé sur 1,2 hectares.

Le massacre de Dir Yassine n’est pas le seul dans l’histoire palestinienne. Celui d’Al-Tantoura avait fait quasiment le même nombre de victimes. Il y a même d’autres massacres dont le nombre de victimes est plus important que celui de Dir Yassine. Al-Lad, Ar-Ramla et Al-Dawayma ont fait chacun plus de 450 victimes. En jetant un regard sur les témoignages recueillis de personnes arabes et sionistes, on comprend pourquoi le massacre de Dir Yassine fait couler beaucoup d’encre, beaucoup plus que les autres.

LE MASSACRE

Le matin du vendredi 9 avril 1948, les bandes d’Aragon et de Shtern avaient attaqué le village d’Al-Qastal. Dans cette attaque, le chef Abdou Al-Qader Al-Hosseyni tomba en martyre. Ensuite, des forces de ces deux bandes dynamitèrent les maisons du village de Dir Yassine. Elles mirent la main sur le village, après avoir fait exploser toutes ses maisons, l’une après l’autre. Et après avoir ouvert le feu sur tout ce qui bougeait à l’intérieur comme à l’extérieur des maisons : hommes, femmes, enfants. Elles portaient des vêtements arabes pour piéger et tuer toute résistance. Elles volèrent les vêtements et toutes les affaires de leurs victimes. Quelques habitants purent s’enfuir vers les villages arabes voisins.

Pour ce qui est des femmes et des enfants, qui ne purent s’échapper, même des blessés, au nombre de deux cents, les criminels les emmenèrent dans des camions après les avoir déshabillés et malmenés. Les camions parcouraient les quartiers juifs sous toutes sortes d’agressions et d’humiliations. Ils les jetèrent enfin dans un terrible état.

TEMOIGNAGES

Maïr Baïl, chef des forces spéciales dans le Haganah, affirme au journal hébreu Yadiot Ahranot que les hommes d’Argon et Shtern tuèrent hommes, femmes, enfants, sans aucune hésitation.

Jack De René, délégué de la Croix-Rouge internationale dans la ville d’Al-Quds, dit qu’il vit des femmes parmi les bandes portant des couteaux tachés de sang et sortant du village, après le massacre. « Apparemment, elles faisaient partie de l’équipe de nettoyage qui avait pour mission d’achever les blessés. Et elles exécutèrent cette (sale mission) avec soin », témoigne le délégué international.

Robert Mkat, le consul américain, dans son rapport envoyé à son ministère des affaires étrangères, écrit : « Ils coupaient les membres des enfants et cassaient leurs côtes. Sharon (plus tard premier ministre !) pratiquait des massacres plus affreux que ceux d’Hitler, et que ceux de tous les dictateurs de l’Histoire que l’humanité n’ait jamais connus. Il rassemblait les membres masculins des enfants pour les montrer avec fierté aux chefs de Haganah ».

TEMOIGNAGE DIRECTS

Halima Aid vécut le massacre. Elle vit les terroristes faisant sortir une mariée avec son mari, ainsi qu’une trentaine de personnes, à l’extérieur de leurs maisons, pour leur tirer dessus. « Pire encore, j’ai vu un soldat (sioniste) vidant sa mitraillette dans le cou de ma soeur Salihah. Elle était enceinte de neuf mois. Après l’avoir tuée, l’homme s’est transformé en un vrai boucher. Il a sorti un couteau, ouvert son ventre, pris le fœtus pour en couper la tête », témoigne Halima.

De son côté, Mohammed Aref Sammour vit « des soldats sionistes tenir Fowad, un garçon de six ans. Sa mère l’embrassait pour le protéger. Mais rien à faire. Ils le lancinèrent et le tuèrent, attaché à la poitrine de sa mère. Elle perdit la raison, toute sa vie ».

Et Safiya Attiya confirme : « J’ai vu de mes propres yeux plusieurs cas de viols suivis de meurtres. Ils tuaient les dames violées, ainsi que des enfants. Les soldats volaient nos boucles d’oreille. Je les ai vus jeter leurs victimes dans les puits du village. »

Pour sa part, Zaïnab Sammour vit son oncle maternel, sa femme, sa belle fille et les enfants de la famille tués et jetés par terre dans leur flaque de sang. « J’ai vu une nourrisson attachée au sein de sa mère. Entendant les cris de la petite, un soldat orienta sa mitraillette vers elle pour la transformer en miettes. »

Fatima (Om Safia) raconte que les soldats mirent la main sur le cheikh septuagénaire Youssef Ahmed Hamida. Il le tirèrent par la barbe, l’insultèrent avant de l’assassiner.

Bien évidemment, ce ne sont que des bribes de ce qui se passa à Dir Yassine. Une toute petite partie de tous ces crimes affreux perpétués par les Sionistes pour créer leur Entité. Par ailleurs, de nos jours encore, les bandes des partis travaillistes, Likoud, Kadima et autres, continuent leurs crimes contre les hommes, les femmes et les enfants de la bande de Gaza.

Résumons enfin le nombre de victimes recensées du massacre de Dir Yassine. Les Sionistes y tuèrent 12 enfants de bas âges, de 1 à 5 ans. 19 de 6 à 15 ans. Et plusieurs dizaines de jeunes et de personnes âgées, hommes comme femmes.

Article publié par le magazine Al-Awda , Le Retour, numéro 7, avril 2008
résumé et traduit par le CPI

Source : Centre Palestinien d’Information




Mémoire d’un enfant palestinien de la Nakba de 1948

Ce texte a été publié en 1988 dans la « Revue d’Etudes Palestinienne » en hommage à Khalil Al-Wazir, alias Abou Jihad, l’un des fondateurs avec Yasser Arafat du Fatah, qui venait d’être assassiné en avril 1988 par un commando israélien devant sa famille en Tunisie.

Ce témoignage d’Abou Jihad fut publié sous le titre « Hommage à Abou Jihad ».

Or nous [Info-Palestine ] pouvons peut-être l’actualiser en le nommant « Mémoire d’un enfant palestinien de la Nakba de 1948 », et proposer que ce texte soit aussi étudié, pas uniquement en classe de CM2, mais aussi dans les cabinets du président de la république et de ses ministres.

Peut-être que nos dirigeants feront alors quelque chose pour arrêter les horreurs du présent avant de penser à celles de l’avenir.

 


« Je ne peux oublier … »

« Je me souviens comme si c’était hier du jour où les forces sionistes ont attaqué Jaffa. Les Arabes de cette ville envoyèrent quelques voitures et des camions chez nous à Ramleh. « De l’aide pour Jaffa !, De l’aide pour Jaffa ! », criaient-ils. Je vois encore les hommes et les femmes de Ramleh montant dans les voitures et les camions. L’un d’eux avait un très vieux revolver, quelques couteaux et des gourdins. Nous nous portions ainsi secours les uns aux autres. Nous savions que les juifs attaqueraient Ramleh et Lodd s’ils arrivaient à prendre Jaffa. C’est exactement ce qui arriva. Une nuit ils encerclèrent Ramleh et Lodd et ils y parvinrent aisément parce que les soldats jordaniens s’étaient retirés sans combattre. Nous étions encerclés et seuls.

Nos gens ne pouvaient se battre – avec quoi l’auraient-ils fait, nous n’avions pas d’armes. Le maire et une délégation municipale se rendirent auprès des commandants juifs. Le maire leur dit : « D’accord, vous pouvez entrer dans la ville, mais vous ne devez ni faire du mal aux gens ni prendre des prisonniers ; et vous devez permettre aux gens de rester dans leurs maisons et d’y vivre normalement ». Les juifs lui répondirent « non ». Ils voulaient que nous quittions nos maisons, que nous abandonnions notre ville.

Après notre décision de ne pas bouger, Ramleh et Lodd furent soumis au tir de l’artillerie. Je ne peux oublier ce qui alors se passa. Le toit de notre maison fut touché. Nous étions au rez-de-chaussée. Puis un autre obus tomba dans la rue, et notre porte vola en éclats. Les obus tombaient partout sur la ville, et le maire demanda à la population d’aller se mettre à l’abri dans les mosquées et les églises. Nous vivions dans la partie chrétienne de Ramleh et nous nous hâtâmes vers l’église des catholiques. C’est à ce moment que certains de nos voisins furent tués par les obus.

Nous vécûmes deux jours dans l’église avant que les juifs n’entrent dans la ville. Hommes, femmes et enfants, nous dormions collés les uns aux autres. On ne pouvait pas poser le pied entre les corps tant ils étaient serrés. Quand les juifs entrèrent dans la ville, je montai au cinquième étage. A travers les volets, je les vis de mes yeux abattre des femmes et des enfants qui étaient encore dans la rue. Je ne peux l’oublier. Puis je regardai les soldats juifs entrant dans nos maisons, défonçant ou cassant les portes et faisant feu à l’intérieur. Parfois, ils en faisaient sortir des gens qu’ils abattaient dans la rue.

Dans l’église les gens pleuraient. Certains criaient « Deir Yassine, Deir Yassine ». Nous étions convaincus que nous allions être à notre tour massacrés. Le prêtre confectionna un drapeau blanc et quand les soldats juifs se dirigèrent vers l’église, il sortit à leur rencontre. Puis il y revint avec eux. Ils nous dirent : « Les mains en l’air ». Tout le monde s’exécuta. Alors ils commencèrent à nous trier. Ils nous dirent qu’ils voulaient tous les jeunes et les hommes âgés de quatorze à quarante cinq ans. Puis ils les emmenèrent vers les prisons et les camps de détention. Seuls demeuraient les enfants, les femmes et les vieux.

Le lendemain, les juifs nous autorisèrent à regagner nos maisons, et je n’oublierai jamais ce qui arriva alors. Durant la nuit, les soldats juifs firent plus de dix fois irruption dans notre maison. Ils forçaient leur chemin et mettaient tout sens dessus dessous. Ils disaient qu’ils cherchaient des armes. En réalité, ils visaient – c’était partie de leur politique – à nous donner un sentiment permanent de panique et d’insécurité. C’était leur tactique pour nous faire fuir nos maisons et notre patrie. Ma grand-mère était à l’époque très vieille et très malade. A chaque fois que les juifs débouchaient dans notre maison, ils tiraient brutalement les couvertures de son lit. Quand ils réalisèrent néanmoins que malgré tout nous n’avions pas l’intention de bouger, ils devinrent de plus en plus agressifs.

Deux jours plus tard, ils firent une annonce par haut-parleurs. Ils nous ordonnèrent de quitter nos maisons et de nous rassembler en certains points de la route. Ils dirent qu’ils préparaient des autobus pour nous emmener à Ramallah. Nous passâmes ainsi trois jours au bord du chemin. La nuit, ils tiraient au-dessus de nos têtes. Le deuxième jour, comme les autobus n’arrivaient pas, ils donnèrent l’ordre aux vieux de marcher vers Ramallah. Je restai seul avec trois de mes frères – l’un d’eux était encore un nourrisson -, mes trois soeurs, ma mère, ma grand-mère et ma tante.

Le troisième jour, les autobus arrivèrent. Nous avions quelques sacs avec nous. Dans l’un d’eux du pain, du fromage et un pyjama neuf dont j’étais très fier. Lorsque les juifs nous dirent que nous ne pourrions pas emporter nos sacs, je tentai d’en sortir le pain, le fromage et mon nouveau pyjama. Innocent comme un tout jeune enfant, je m’adressai au chauffeur. Je lui dis en hébreu :  » Monsieur, je veux emporter un peu de nourriture « , et je désignai l’un de nos sacs. Il me dit « d’accord, d’accord ». Lorsque j’y glissai ma main il y eut des cris d’énervement en hébreu. A cet instant, ma mère me tira brutalement contre sa poitrine. Elle avait vu un soldat juif qui me mettait en joue. Il tira plusieurs fois. J’aurais été probablement abattu si ma mère n’avait pas vu ce qui se passait. Les balles me manquèrent, mais touchèrent l’un de nos voisins de la famille al-Marsala à la jambe. Il vit aujourd’hui à Amman. Si vous allez le voir, il vous racontera comment les balles qui l’ont touché sont le sacrifice qu’il fit pour la vie de Khalil al-Wazir !

A quelque 16 kilomètres de Ramallah, les juifs firent stopper les autobus et nous ordonnèrent de descendre et de continuer à pied. « Ramallah est par là, vous devez couper à travers ces vallées et ces collines. « Nous nous mîmes en marche, lentement. Quelques-unes des femmes étaient vieilles et malades, et il fallait qu’elles s’arrêtent toutes les cinq minutes pour reprendre leur souffle. D’autres qui étaient en meilleure forme étaient quand même épuisées car elles portaient leurs enfants.

La deuxième nuit, les juifs nous bombardèrent au canon et au mortier. Nous commençâmes par nous mettre à l’abri derrière les rochers. Mais comme le bombardement se prolongeait, tout le monde commença à pleurer et à paniquer… et nous nous mîmes à courir, courir, courir jusqu’à Ramallah.

Je n’oublierai jamais. Des mères abandonnèrent leurs enfants : elles ne pouvaient plus les porter plus loin. Même ma tante conseilla à ma mère de laisser quelques-uns de mes frères et sœurs. Ma mère portait trois enfants. Ma tante lui dit « Tu ne eux pas courir avec trois enfants. Tu vas te faire tuer. Laisses-en deux et nous enverrons des secours les reprendre dès que nous atteindrons Ramallah ». Ma mère refusa. Elle me dit : « Khalil, tu n’as que douze ans et tu n’es pas bien fort, mais penses-tu pouvoir porter l’une de tes sœurs et courir ? » Je répondis « oui » et c’est ce que je fis. Des enfants furent abandonnés car il n’y avait personne pour les porter ; d’autres parce que leur mère avait été tuée. Comment l’oublier ?

Il n’y avait pas de troupes arabes dans le secteur, ni soldats réguliers, ni volontaires, aucun contingent arabe d’aucune sorte. Les juifs savaient qui nous étions et où nous nous trouvions. L’attaque était délibérée et calculée et avait un seul objectif. Ils voulaient être sûrs que nous arriverions à Ramallah dans un grand état de panique et de détresse. Ils espéraient que notre état, ce que nous raconterions, inciterait d’autres pris de panique à quitter leurs foyers. Ce n’était qu’une partie de la stratégie intelligente et réussie des sionistes pour nous forcer à abandonner notre patrie sous l’effet de la peur.

Je sais que cela peut vous sembler difficile à croire, mais c’est ce qui est arrivé. »

Quarante ans plus tard, l’enfant qui avait réussi à atteindre Ramallah fut rejoint par ses tueurs et assassiné à son domicile de Sidi-Bou-Saïd, dans la banlieue de Tunis à l’aube du 15 avril 1988. Auparavant Khalil al-Wazir était devenu Abou Jihad, et il n’avait « jamais oublié ».

Ce témoignage est extrait de l’ouvrage d’Aran Hart, « Arafat, Terrorist or Peacemaker ? » Londres, 1984, p. 91 et s. – Transmis par Iyad

source Info-Palestine.net

Photo : enfants palestiniens (UNRWA)




Israël : un défaut de fabrication

Article de Santiago Alba Rico publié le 15 novembre 2007 sur Diagonal.L’auteur est diplômé de philosophie, essayiste et traducteur. Nous publions la traduction de Fausto Giudice parue sur Tlaxcala .

Dans un texte concis, Santiago Alba Rico s’attache à montrer la création artificielle de l’Etat d’Israël en Palestine par la convergence de facteurs extérieurs à cette région du Moyen-Orient. Il insiste à juste titre sur le rôle des grandes puissances impérialistes dans la partition de la Palestine mais aussi dans le soutien à l’occupation sioniste.

Les dirigeants israéliens n’ont de leur côté jamais cessé leur entreprise de colonisation et de purification ethnique au point qu’aujourd’hui se pose la question de l’existence du peuple palestinien.


Le véritable vainqueur de la IIème Guerre Mondiale n’a pas été l’alliance des nations qui ont combattu l’Allemagne nazie, pas plus que ces USA renforcés par l’affaiblissement de l’Europe et encore moins, évidemment, les millions de victimes juives du nazisme : le véritable vainqueur de la IIème Guerre Mondiale a été le mouvement sioniste fondé par Theodor Herzl en 1897. Pour ces mêmes raisons, le véritable perdant du conflit n’a été ni l’Allemagne ni le Japon ni l’Italie ni non plus cette URSS condamnée à disparaître 40 années plus tard : le véritable perdant – avec les millions de victimes de l’holocauste nazi – a été le peuple palestinien, radicalement innocent et complètement étranger en même temps à l’antisémitisme de l’Europe et à ses luttes entre impérialismes. Ignominieuse combinaison d’intérêts fallacieux et de mauvaise conscience, la très injuste résolution n°181 de l’ONU qui en 1947 a décidé la partition de la Palestine conserve aujourd’hui toute son actualité destructrice. Marek Edelman, défenseur héroïque du ghetto de Varsovie en 1943, a su très bien en voir les motifs : “Si on a pu créer l’Israël, cela a été grâce à un accord entre Grande-Bretagne, USA et URSS. Non pour expier l’assassinat de six millions par l’Europe, mais pour se partager les affaires du Moyen-Orient”. Nous pouvons tous en voir les résultats aujourd’hui : à travers cette petite blessure, le monde perd irrémédiablement son sang.

Le Congrès de Bâle, acte fondateur du sionisme, a été précocement dénoncé par Karl Kraus, juif universel de Vienne, comme une forme d’antisémitisme : “Ces deux forces aspireraient secrètement à une alliance” car “elles ont en effet un objectif commun : expulser les juifs d’Europe”. L’esentialismo ethnico-religieux de Theodor Herzl, n’avait en tout cas convaincu qu’une faible minorité diminuta, comme le démontre le fait qu’à peine quelques milliers de sionistes ont émigré en Palestine avant 1933. Seule la convergence de trois facteurs extérieurs à l’histoire de la région explique la présence de 600.000 juifs (en Palestine) au moment de la partition. Le premier a été la persécution nazie, qui a obligé à la fuite des millions de juifs tant de l’Allemagne que des zones occupées par elle. Deuxièmement, l’exploitation dénuée de scrupules de ce génocide par l’organisation sioniste, plus préoccupée de coloniser la Palestine que de sauver des êtres humains : “Si on me donnait le choix”, déclarait Ben Gourion en 1938 “entre sauver tous les enfants juifs d’Allemagne en les transportant en Angleterre et en sauver seulement la moitié en les transportant en Eretz-Israël, j’opterais pour la seconde alternative”. Troisièmement, l’avidité impérialiste de l’Angleterre, qui à partir de la déclaration Balfour (1917) et par une politique migratrice machiavélique a su interpréter en sa faveur tous les avantages de la proposition raciste de Herzl : “ Nous construirons là (en Palestine) pour l’Europe un pan de muraille contre l’Asie, nous serons la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie”.

Partition et expansion

Contrairement à ce que nous croyons savoir, non seulement la justice palestinienne s’est opposée au principe de la partition mais aussi l’injustice sioniste. En 1948, Menahem Begin, dirigeant du groupe terroriste Irgoun et futur Prix Nobel de La Paix, déclarait que “la partition ne privera pas Israël du reste des territoires” ;. Le 19 mars de cette même année Ben Gourion, chef de la Haganah et père fondateur d’Israël, insistait sur le fait que “l’ État juif ne dépendra pas de la politique de l’ONU mais de notre force militaire”. Cette force militaire, articulée dans le plan Dalet, a expulsé de ses terres, par la terreur et la violence, 800.000 Palestiniens, dans une opération de nettoyage ethnique à grande échelle dont l’envergure et les objectifs ont été clairement mis en lumière par l’historien israélien Benny Morris (un ultrasioniste qui regrette seulement, d’ailleurs, que Ben Gourion n’ait pas été plus radical). De cette manière, le 14 mai 1948 a été créé, sur 77% du territoire palestinien, le “seul État démocratique” du Moyen-Orient, un État “juif” ; dont la “constitution” est la fameuse Loi du Retour de 1950. C’est celle-ci, et non la décence ni la raison ni l’histoire, qui permet à tout “juif” du monde de “retourner” en Palestine, à partir d’une définition racialo- religieuse ambiguë qui inclut les descendants de parents ou de grands-parents juifs et à les convertis à la religion de Moisés (mais il exclut qui changent de croyance et ceux qui remettent en question le caractère “juif” de l’État d’Israël).

Chaque fois qu’Israël bombarde des villes, élève des murs, arrache des oliviers ou impose la faim et la maladie à millions d’êtres humains, les USA et l’UE, regrettent certes parfois “l’usage disproportionné de la force” mais rappellent à chaque son droit à la défense. Que personne ne se scandalise si je dis qu’il est absurde d’invoquer son droit à la défense quand ce qui est en question c’est son droit à l’existence. Chaque fois que les USA et l’UE promeuvent une quelconque ‘initiative de paix, on discute sur quoi faire des Palestiniens et quoi leur concéder, comme si c’étaient eux les intrus et les occupants. Que personne ne se scandalise si je dis que la véritable question est de savoir quoi faire des Israéliens et quoi leur concéder. Il ne peut pas y avoir de justice si on ne part pas de principes justes et il est nécessaire, par conséquent, d’inverser ces principes qui nous paraissent absurdement naturels pour atteindre, non pas tant la justice, mais une solution le moins injuste possible. Je suis sûr que le pragmatisme et la piété amèneraient les Palestiniens à se montrer généreux avec les Israéliens si le monde déclarait publiquement de quel côté est la raison et agissait en conséquence. Mais tant que les USA et l’UE, seules clés du conflit, soutiendront politiquement, économiquement et militairement les droits du racisme, le fanatisme, du nationalisme messianique et de la violence coloniale, l’humanité continuera à saigner sans remède à travers cette blessure ouverte en Palestine.

Santiago Alba Rico

Traduction : Fausto Giudice, membre de Tlaxcala , le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.

Photo : le 11 juillet 1948, l’armée israélienne expulse 19.000 habitants de Lydda et 20.000 Palestiniens qui s’y étaient réfugiés. Aujourd’hui Lydda s’appelle Lod et seulement 20% de sa population est arabe. 418 villages ont été vidés.




Un génocide annoncé

le 17/4/2008 12:00:00 (803 lectures)

 

 Enfant tué par l'armée israélienneArticle de Saleh Al-Naami publié dans l’édition du 10 avril 2008 de Al Ahram Weekly.

Le rôle des medias est d’informer. Lorsqu’ils taisent un fait ou un évènement, ils n’informent plus ? Non, ils désinforment. Leur rôle est à la fois de dire et de taire des choses. Taire tout ce qui peut être subversif ou remettre en cause l’ordre établi et les idées dominantes.

Ainsi lorsque des rabbins légitiment religieusement les massacres de Palestiniens, c’est le silence médiatique général. Oubliée la laïcité à géométrie très variable, oublié aussi l’humanisme degoulinant de bons sentiments…

Pourquoi ? Sans doute l’explication est là : « Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches de Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, que Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère,c’est par manque de logique, et qu’au fond ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi , le crime contre l’homme , ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi , c’est le crime contre l’homme blanc et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique « . Aimé Césaire.

Photo : Le corps de Riad Al-Oweisi, âgé de 12 ans
et tué le 11 avril dernier par l’armée israélienne dans le camp de Bureij (bande de Gaza),
est entouré de ses frères et soeurs – Photo : AP/Hatem Omar


« Tous les Palestiniens doivent être tués : hommes, femmes, enfants en bas âge, et même leurs animaux. » C’était l’avis religieux publié il y a une semaine par le Rabbin Yisrael Rosen, directeur de l’institut Tsomet, un institut religieux depuis longtemps fréquenté par des étudiants et des soldats dans les colonies israéliennes de Cisjordanie. Dans un article publié par de nombreux journaux religieux israéliens il y a deux semaines et repris par le journal libéral « Haaretz » le 26 mars, Rosen a affirmé qu’il était évident que la Torah justifiait cette prise de position.

Rosen, une autorité pouvant émettre des avis religieux pour les juifs, a écrit que les Palestiniens étaient comme la nation des Amalekites qui avaient attaqué les tribus israélites sur leur route vers Jérusalem après que ces tribus se soient sauvées d’Egypte sous la conduite de Moïse. Il a également écrit que Dieu avait envoyé par le biais de la Torah une loi qui avait autorisé les juifs à massacrer les Amalekites, et que cette loi faisait partie de la jurisprudence juive.

L’article de Rosen, qui a fait beaucoup de bruit en Israël, reprenait le texte de loi dans la Torah : « Annihilez les Amalekites du premier au dernier. Tuez-les et prenez leurs biens. Ne montrez aucune pitié. Tuer sans interruption, l’un après l’autre. Ne laisser aucun enfant, ni aucune plante, ni aucun arbre. Tuer leurs animaux, des chameaux jusqu’aux ânes. » Rosen ajoute que les Amalekites ne sont pas une race ou une religion particulière, mais plutôt tout ceux qui détestent les juifs pour des motifs religieux ou nationalistes. Rosen va jusqu’à dire qu’il y aura « des Amalekites tant que il y aura des juifs. A chaque époque les Amalekites se distingeront des autres races pour attaquer les juifs, et ainsi la guerre contre eux doit être générale. » Il milite pour l’application de « la loi pour les Amalekites » et dit que les juifs doivent s’engager à mettre cette loi en application dans tous les domaines parce que c’est « un commandement divin ».

Rosen n’hésite pas à définir « les Amalekites à notre époque » comme étant les Palestiniens. Il écrit : « ceux qui tuent des étudiants pendant qu’ils étudient la Torah, et qui envoient des missiles sur la ville Siderot, sèment la terreur dans les coeurs des hommes et des femmes. Ceux qui dansent au-dessus du sang sont les Amalekites, et nous devons répliquer avec haine. Nous devons nous débarrasser de toute trace d’humanité dans la façon de les traiter de sorte que nous sortions victorieux. »

Le véritable scandale est que la plupart de ceux qui sont autorisés à émettre des avis religieux pour les juifs soutiennent la prise de position du Rabbin Rosen, comme l’a confirmé le journal « Haaretz ». À la tête de ceux qui sont du même avis se trouve le Rabbin Mordechai Eliyahu, la principale autorité religieuse dans le courant national religieux israélien aujourd’hui, et ancien rabbin en chef d’origine oriental pour Israël. L’opinion de Rosen obtient également l’appui du Rabbin Dov Lior, président du Conseil des rabbins de Judée et Samaria (Cisjordanie), et du Rabbin Shmuel Eliyahu, rabbin en chef de Safed et candidat pour le poste de rabbin en chef d’Israël. Un certain nombre de dirigeants politiques ont également montré de l’enthousiasme pour cette opinion, avec parmi eux Ori Lubiansky, le maire de Jérusalem.

Il n’y a aucun doute parmi les observateurs en Israël que l’attentat à Jérusalem il y a trois semaines dans lequel huit étudiants juifs ont été tués dans une école religieuse a été déterminant pour que les autorités juives émettent des avis religieux d’une nature raciste et haineuse. Le jour suivant l’attentat de Jérusalem, un certain nombre de rabbins menés par Daniel Satobsky ont émis un avis religieux invitant la jeunesse juive et « tous ceux qui croient en la Torah » de prendre leur revanche sur les Palestiniens avec toute la hâte possible.

Une semaine après l’opération, un groupe des principaux rabbins a émis un avis religieux sans précédent autorisant l’armée israélienne à bombarder des secteurs civils palestiniens. L’avis a été émis par « l’association des rabbins de la terre d’Israël » et déclare que la loi religieuse juive permet le bombardement de zones résidentielles civiles palestiniennes si ces zones sont à l’origine des attaques vers des zones résidentielles juives. L’avis dit également : « quand les résidants des villes entourant des colonies et des centres de population juives tirent des obus en direction des colonies dans le but d’apporter la mort et la destruction, la Torah permet que des obus soient tirés vers les lieux de mise à feu même si les habitants civils sont dans ces zones. »

L’avis ajoute que parfois il est nécessaire de répondre immédiatement avec des tirs d’obus sur les zones de lancement, sans donner d’avertissement préalable à la population palestinienne. Il y a une semaine, le Rabbin Eliyahu Kinvinsky, la deuxième autorité dans le courant religieux orthodoxe, a émis un avis religieux interdisant l’embauche d’Arabes, en particulier dans les écoles religieuses.

Cet avis religieux succédait à un précédent avis qui avait été publié par le Rabbin Lior interdisant l’embauche d’Arabes et la location d’appartements résidentiels à leur bénéfice dans les quartiers juifs. Afin de favoriser un climat qui permette à des organisations juives extrémistes de continuer à attaquer les citoyens palestiniens, Rabbin Israël Ariel, un des rabbins les plus importants dans le complexe des colonies en Cisjordanie, a récemment émis un avis religieux interdisant que les juifs religieux impliqués dans les attaques contre des Palestiniens soient présentés devant des tribunaux civils israéliens. Selon cet avis, ils doivent exiger à la place d’être présentés devant les cours de justice de la Torah qui suivent la loi religieuse.

Le journal « Haaretz » a noté que ce que le Rabbin Ariel essayait de mettre en œuvre par cet avis religieux avait en fait déjà eu lieu. Le premier exemple est qu’une cour de justice dans Kfar Saba avait ordonné la relaxe d’une jeune femme juive appelée Tsevia Teshrael qui avait attaqué un fermier palestinien dans la région centrale de la Cisjordanie. Et il y a des autorités religieuses juives qui glorifient les meurtres et félicitent les terroristes, tels le Rabbin Yitzhaq Ginsburg, un des premiers rabbins en Israël qui a édité un livre dont le titre est « Baruch le héros » en mémoire de Baruch Goldstein qui a commis le massacre de la mosquée Ibrahimi en 1994 où il a ouvert le feu et tué 29 Palestiniens pendant que ceux-ci récitaient la prière de l’aube dans Hébron au sud de la Cisjordanie. Ginsburg estime que son acte était « honorable et glorieux ».

Le danger de ces avis religieux réside dans le fait que les autorités religieuses qui les publient jouissent d’une grande estime dans la jeunesse juive religieuse. Et tandis que seulement 28% de la population israélienne se déclare religieuse, plus de 50% de cette même population se définit comme conservatrice et accorde la première importance aux avis publiés par les autorités religieuses juives. Selon une étude réalisée par le département des sciences sociales de l’université de Bar Elon, plus de 90% de ceux qui se définissent comme religieux croient que si les lois de l’Etat et les décisions du gouvernement sont contradictoires avec les avis religieux publiés par des rabbins, ils doivent ignorer les premiers et agirent selon les seconds.

Ce qui accorde aux avis religieux racistes un impact plus profond et de plus grande envergure est le fait que les disciples du courant religieux sioniste, qui forment presque 10% de la population, avaient cherché la dernière décennie à prendre la direction de l’armée et des organismes de sécurité. Ils procèdent ainsi en s’offrant volontairement pour le service dans les unités spéciales de combat. Les services de communication dans l’armée israélienne indiquent que bien que le pourcentage de disciples de ce courant soit plutôt bas dans les études démographiques réalisées, ils forment plus de 50% des officiers dans l’armée israélienne et plus de 60% des commandants d’unités spéciales.

Selon un sondage d’opinion réalisé par le centre interdisciplinaire Herzliya et publié l’année dernière, plus de 95% des soldats et officiers religieux déclarent exécuter les ordres du gouvernement élu et de leurs chefs dans l’armée seulement si ces ordres sont en accord avec les avis religieux publiés par les principaux rabbins et autorités religieuses.

Wasil Taha, député arabe de la Knesset du parti Tajammu dirigé par Azmi Bishara, indique que ces avis religieux aboutissent à des crimes. Il mentionne que des avis religieux publiés par un certain nombre de rabbins au milieu de 1995 ont conduit à l’assassinat de l’ancien premier ministre israélien Yitzhak Rabin. « Si c’est ce qui se produit lorsque des avis religieux poussent à attaquer des dirigeants juifs tels que Rabin, que va-t-il se passer au moment où ces avis ordonneront des attaques contre les dirigeants palestiniens et le peuple palestinien ? » demande-t-il. « Nous, en tant que responsables arabes, avons commencé à ressentir un manque de sécurité à la suite de cette pléthore d’avis religieux, et nous nous rendons compte que la question exige beaucoup d’attention de la part de nos mouvements car nous sommes certains qu’il y a des personnes qui cherchent à mettre en application ces avis, » déclare-t-il l’hebdomadaire d’Al-Ahram.

Taha répond négativement à ceux qui s’interrogent sur le rôle du gouvernement et du personnel politique israélien dans l’opposition à ces avis religieux extrémistes. « Les ministres dans le gouvernement israélien et les députés de la Knesset se font concurrence pour inciter à la haine à l’encontre des Palestiniens et n’hésitent pas à menacer d’expulsion en dehors des frontières les Palestiniens qui vivent sur leur terre d’Israël et portent la citoyenneté israélienne, comme l’a fait le député Avigdor Lieberman et représentant d’Evi Etam, » indique Taha.

Il note que les citoyens palestiniens en Israël ont commencé à prendre des mesures d’une précaution extrême depuis que sont publiés ces avis religieux, dont des mesures de sécurité autour des mosquées et des bâtiments publics, ainsi que des campagnes d’information auprès des responsables de manifestations publiques de sorte que des membres d’organismes juifs terroristes puissent être empêchés d’attaquer les participants. Taha soutient que les secteurs de la population palestinienne très probablement menacés par ces avis religieux sont ceux qui vivent dans les diverses villes peuplés à la fois par des juifs et des Palestiniens, tels que Haïfa, Jaffa, Lod, Ramleh et Jérusalem.

L’auteur et chercheur palestinien Abdul-Hakim Mufid, de la ville d’Um Fahem, soutien que les avis religieux des rabbins ont surtout gagné en importance à cause de l’harmonie qui règne entre la rhétorique officielle et celle des rabbins. Mufid note que les établissements israéliens officiels n’ont pas essayé de s’opposer à la rhétorique « fasciste » exprimée par ces avis religieux alors qu’ils pourraient le faire. « La plupart des rabbins qui émettent des avis religieux de nature tyrannique sont des employés officiels dans des organismes d’état et y perçoivent des salaires. Et l’état israélien n’a pas jugé que ces rabbins devaient rendre des comptes ni cherché à interdire la publication de tels avis, » dit-il à « Al Ahram Weekly ».

Mufid précise que l’institution politique officielle est en crise, le consensus sioniste qui soutient ces avis religieux devenant de plus en plus fort, et il offre comme exemple les avis religieux relayés par le Rabbin Meir Kahane au début des années 80 pour justifier son appel à expulser avec force les Palestiniens. Mufid ajoute qu’Israël encourage dans la pratique tous ceux qui assassinent des Palestiniens, et rappelle la manière dont le gouvernement israélien a traité les recommandations de la Commission Orr qui a enquêté sur le massacre par la police israélienne de 13 Palestiniens disposant de la citoyenneté israélienne en octobre 2000. Le gouvernement a bouclé le dossier bien que la commission ait confirmé que la police avait agi avec agressivité envers les citoyens palestiniens. Mufid suggère que ce qui permet à la campagne raciste des rabbins de gagner en influence est le silence des voix de gauche et des voix libérales, et l’absence de toute mobilisation directe contre cette réthorique.

Saleh Al-Naami

Source et traduction : Info-Palestine




Franchir le mur d’acier

Franchir le mur d’acier

le 5/4/2008 10:00:00 (1287 lectures)

 Le mur de la honte - Ich Bin Ein BerlinerArticle de Samah Jabr publié le 28 février 2008 surInfoPalestine.net . L’auteur est une psychiatre palestinienne installée à Jérusalem et aussi chroniqueuse pour plusieurs publications internationales.

L’objet du texte de Samah Jabr est de montrer que l’idée d’un mur infranchissable traverse toute l’histoire de la colonisation israélienne de la Palestine, qu’elle est intrinsèque au rapport colonial.

Dès le début du 20ième siècle, Vladimir Jabotinsky, un des penseurs du sionisme, avait suggéré la métaphore du « mur d’acier » qui consiste à isoler complètement les Palestiniens pour les obliger à négocier à genou et donc à accepter la colonisation.

En juin 2002, la construction du mur en béton encerclant la Cisjordanie et Gaza n’est que la matérialisation du « mur d’acier » symbolique, idée qui animait la politique de tous les dirigeants sionistes jusqu’à aujourd’hui.

C’est pourquoi la percée réalisée dans le mur entre Gaza et l’Egypte peut être perçue comme un grand évènement.

Photo : Comité Action Palestine (mars 2008)


Il y a deux exemples marquants de murs construits et démolis par le genre humain : la Grande Muraille de Chine, construite en 215 avant JC, qui évoque les invasions des hordes dévastant les vallons et nécessitant cette construction de 1 400 miles et, plus récemment, le Mur de Berlin, tombé en 1989, annonçant l’ère de la mondialisation. Un jour, je l’espère, le Mur de l’apartheid érigé par Israël en sera un troisième exemple.

Le mur d’Israël est un projet qui a été pensé au début du siècle dernier par Vladimir Jabotinsky, père de l’héritage sioniste révisionniste. Les idéaux professés par Jabotinsky, et perpétués par les gouvernements israéliens, ne sont pas moins anciens, violents et exclusionnistes que n’importe quelle manifestation de la volonté de tenir « l’autre » à l’écart, de l’autre côté d’un mur, dans un bidonville, une réserve ou un camp de concentration. L’article de Jabotinsky, Le mur d’acier, nous et les Arabes , est paru pour la première fois le 4 novembre 1923 dans le magazine Rasswyet . Entre autres choses, Jabotinsky écrit :

« Tout peuple indigène – qu’il soit civilisé ou sauvage – considère son pays comme son foyer national dont il sera toujours le maître absolu. Non seulement il n’acceptera pas de plein gré qu’un autre le dirige mais il refusera même de le partager, il en est ainsi pour les Arabes. Des partisans du compromis, parmi nous, essaient de nous convaincre que les Arabes ne seraient que des imbéciles qu’on pourrait escroquer en leur exprimant de façon subtile quels sont nos objectifs, ou qu’une tribu de gens attirés par l’argent, prêts à abandonner leur droit acquis par leur naissance sur la Palestine pour des améliorations culturelles et économiques. Je réfute catégoriquement cette appréciation sur les Arabes palestiniens… Ils regardent la Palestine avec le même amour spontané et la même véritable ferveur avec lesquels les Aztèques voyaient leur Mexique ou les Sioux leur prairie… Ce rêve puéril de nos « arabophiles » vient de leur mépris pour le peuple arabe, d’une vision injustifiée sur cette race dans laquelle ils voient une populace avide, disposée à vendre sa patrie pour une ligne de chemin de fer. »

Il poursuit : « La colonisation sioniste, même la plus restreinte, doit soit s’arrêter, soit se réaliser au mépris de la volonté de la population indigène. Cette colonisation ne peut… se poursuivre et se développer que sous la protection d’une force sans lien avec la population locale, un mur d’acier que cette population ne pourra franchir. Tout cela ne signifie nullement qu’un accord est impossible, mais seulement qu’un accord de plein gré est impossible. Aussi longtemps qu’elle aura une lueur d’espoir de se débarrasser de nous, cette population ne monnayera pas cet espoir… elle n’est pas une populace, mais une nation, peut-être quelque peu en lambeaux, mais toujours vivante. Et un peuple vivant ne fait de tels compromis énormes sur des questions aussi inéluctables que s’il a perdu tout espoir… le seul moyen d’arriver à un accord est le mur d’acier… un gouvernement exempt de toute influence arabe. Autrement dit, le seul moyen d’obtenir un accord dans l’avenir, c’est de renoncer totalement à en obtenir un dans le présent. »

Cette philosophie, alors largement répandue, s’est transmise de Jabotinsky à plusieurs dirigeants israéliens et décideurs politiques. Ceux d’entre nous qui vivent en Palestine ont pu voir que, quelle que soit la façon dont un gouvernement israélien se prétend réceptif à notre égard, la stratégie Jabotinsky reste la ligne politique intérieure.

Israël s’est servi de la première Guerre du Golfe et des menaces iraquiennes de bombarder les secteurs israéliens trop proches de nos villes et villages. Des check-points aux tas de terre qui obstruent complètement nos routes et aux fossés qui encerclent nos villes, le gouvernement israélien a montré sa détermination à mettre tous les Palestiniens en résidence surveillée dans leur maison ou leur village.

En avril 2001, une énorme porte d’acier a été édifiée dans le petit espace qui sépare la ville de Jénine, en Cisjordanie, de la terre confisquée par Israël d’une part, et de la ville palestinienne de Qabatiya d’autre part. La porte de Jénine a été la première structure de ce type montée sur la terre palestinienne. Cependant, ce n’est pas la première qui fut construite par Israël. La porte de Jénine est la copie de l’énorme porte d’acier qui sépare le sud du Liban d’une terre autrefois considérée comme appartenant à la mère patrie palestinienne, aujourd’hui une ferme israélienne.

Peu de temps après, en juin 2002, Israël a ajouté son mur à la liste des murs infâmes de l’histoire : les sionistes qui vivent autour de moi ont repris l’idée métaphorique de Jabotinsky – le mur d’acier – et l’ont traduite dans la réalité : un mur multicouche en béton, composé d’une série de dalles de béton de 8 m de hauteur, de tranchées, de barbelés, de « zones tampon », de clôtures électrifiées, de moult miradors, caméras à imagerie thermique, tours pour les snipers et routes pour les patrouilles. Il s’étend sur 790 km, dont 80% sont encore en construction en Cisjordanie, sur des terres confisquées aux Palestiniens par l’armée israélienne qui a volé les terres les plus fertiles ainsi que les puits et ressources naturels, annexé 70% de l’ensemble de la zone de recharge du bassin aquifère ouest à Israël, en même temps que 62 sources et 134 puits palestiniens, isolant quelque 60 500 Palestiniens qui vivent dans 42 villes et villages dans une zone fermée, cet espace entre le Mur et la Ligne verte ; 12 villages, avec une population totale de 31 400 Palestiniens, vont être complètement encerclés par le Mur. Qalqilya par exemple.

Le Mur a de graves conséquences économiques et humanitaires et il bouche l’horizon de tout futur Etat palestinien souverain. Les Palestiniens ont été coupés de leurs terres agricoles et de leurs moyens de subsistance, de leurs lieux de travail, de leurs écoles et universités, du système d’aide sociale et des services de santé. Des femmes accouchent toujours aux check-points et des nouveau-nés continuent d’y mourir parce que coupés des soins et des services d’urgence.

En dépit de l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice de La Haye du 9 juillet 2004 qui a reconnu que la construction du Mur était « contraire au droit international » et qu’Israël avait obligation d’en arrêter la construction, d’en abattre la partie existante et de réparer tous les dommages provoqués par sa construction, en dépit de cet avis, Israël a accéléré sa construction.

Les pourparlers de paix qui ont eu lieu à Annapolis fin 2007 se sont abstenus d’évoquer le Mur en tant qu’obstacle à la paix, pour ne pas dire plus. Le Mur est considéré comme un fait accompli et avec ma famille, mes voisins et mes compatriotes, nous nous attendons à payer le prix de la tradition révisionniste et de l’idéologie du Mur qui trahissent à jamais l’humanité.

Au lieu de boycotter Israël pour son mur illégal, la communauté internationale a soutenu l’idéologie du Mur, boycotté le gouvernement palestinien démocratiquement élu et appliqué le blocus de Gaza. Ce que je comprends, c’est que le Mur sioniste s’est édifié dans l’esprit des politiciens du monde bien avant que je naisse, une réaction des dirigeants du monde au message des procès de Nuremberg : « Oui, le peuple juif souffrant a besoin d’un endroit pour en faire son foyer, même si cela doit provoquer l’expulsion et l’assujettissement d’une autre nation. »

Malgré le retrait des colons israéliens, Gaza reste toujours occupée depuis l’été 2005 ; Israël garde sa maîtrise sur une armée de collaborateurs à l’intérieur de Gaza, tout en contrôlant, en tant que puissance extérieure, les frontières, les passages frontaliers, l’espace aérien, les eaux côtières, l’économie et l’électricité.

 Le mur de la honte
Photo : Comité Action Palestine (mars 2008)

Israël détient, enfermés dans une prison, 1,5 million Palestiniens depuis janvier 2006. Ce verrouillage s’est resserré en juin 2007, provoquant la montée d’une catastrophe humanitaire ; Israël a fermé tout accès pour entrer et sortir d’une Gaza emmurée, multipliant les assassinats et interrompant les livraisons cruciales de carburant, de nourriture et de médicaments. Israël est capable de couper l’eau et l’électricité à une population occupée. Nous avons vu des gens ventiler manuellement, à tour de rôle, leurs proches dans les hôpitaux de Gaza, nous avons entendu des élèves se plaindre de ne pouvoir étudier dans les nuits froides et noires de Gaza, mais c’est à l’extérieur de Gaza qu’on a perdu toute notion de justice, laissant toute cette obscurité submerger Gaza.

La brèche dans le mur israélien, entre la bande de Gaza et l’Egypte, a été un grand évènement, tant pour des raisons humanitaires que politiques. Le peuple affamé de Gaza a réussi à obtenir une aide provisoire et a reconstitué quelques provisions qui l’aideront dans sa ténacité à supporter ce siège violent ; la participation massive à ce franchissement « sans frontière » a donné un énorme coup de fouet à la mobilisation sociale et politique, pas seulement en Palestine mais aussi en Egypte et en d’autres pays arabes. Le niveau d’implication du peuple ordinaire a montré les potentiels pour reconstruire, à l’échelle nationale, un mouvement de résistance populaire qui a caractérisé la Première Intifada palestinienne.

Au même titre qu’elle fut un triomphe pour le peuple affamé, des deux côtés de la frontière de Gaza, la brèche dans le mur fut une honte pour les autorités qui menacèrent de briser les jambes à tout Palestinien qui oserait refranchir la frontière. Plusieurs types de propagande ont été lancés pour désamorcer ce grand évènement populaire : « Les Gazaouis fuient l’oppression ou le régime extrémiste de Gaza qui imposent l’islamisation à une population non consentante » « Les Palestiniens se saisissent de l’occasion pour immigrer définitivement en Egypte une fois passée la frontière » , sont quelques exemples de cette propagande mensongère. Le monde, qui a la mémoire courte, a oublié combien de pèlerins de Gaza avaient supplié de pouvoir rentrer à Gaza, quelques semaines seulement avant ce franchissement de la frontière.

S’il vivait encore aujourd’hui, Vladimir Jabotinsky serait déçu. Jabotinsky avait en partie raison : les Palestiniens ne sont pas une populace, mais un peuple vivant. Et un peuple vivant n’est prêt à céder sur des questions inéluctables que lorsqu’il a abandonné tout espoir de se débarrasser de son occupant. Pourtant, il ne viendrait pas à l’idée de Jabotinsky et de ses disciples que les Palestiniens soient capables de traverser leur monstrueux Mur d’apartheid. Le franchissement du Mur, le symbole du défi populaire et la reconquête de nos droits humains et sociaux nous donnent cette lueur d’espoir de réussir à mettre dehors l’occupant ; rien dans le monde ne peut conduire les Palestiniens à renoncer à cet espoir.

Samah Jabr

Article reçu le 26 février 2008 par les Amis de Jayyous . Cet article paraîtra en version anglaise dans le Palestine Times .
Traduction : JPP


 

Samah JabrSamah Jabr est médecin psychiatre palestinienne, elle vit dans Jérusalem occupée et y travaille au sein d’une clinique psychiatrique qu’elle a créée.

Elle est francophone et donne des conférences pour envisager d’autres perspectives et sortir de la situation actuelle de la Palestine.

L’un des objets politiques de son combat est un État unique pour une perspective de paix et de liberté commune. Samah est aussi chroniqueuse pour différentes publications internationales. Ses chroniques touchantes nous parlent d’une vie au quotidien en pleine occupation ; d’un regard lucide, elle nous fait partager ses réflexions en tissant des liens entre sa vie intime, son travail en milieu psychiatrique et les différents aspects politique d’une situation d’apartheid.

Du même auteur (sur InfoPalestine.net) :

La psychopathologie suite à emprisonnements et tortures – 23 février 2008.

Négation de la Nakba palestinienne : 60 ans, ça suffit ! – 18 février 2008.

Les pots-de-vin – 7 janvier 2008.

 




Le Mercaz HaRav : un centre d’entraînement à l’occupation illégale, aux assassinats dont la devise est : «Les Arabes, direction les chambres à gaz !»

le 16/3/2008 18:30:00 (704 lectures)

 

halfburiedArticle de Mick Napier publié sur le site de la Scottish Palestine Solidarity Campaign (Association Ecosse Palestine Solidarité) le 14 mars 2008 . L’auteur est président de cette association affiliée au PSC-UK (Campagne de Solidarité avec la Palestine du Royaume-Uni).

L’auteur revient sur l’attaque d’une école talmudique le jeudi 8 mars qui avait fait huit morts israéliens. Cette attaque avait était qualifiée d' »attentat barbare et malfaisant » par la communauté internantionale.

En fait, la cible choisie par Hisham Abu Dheim n’était pas une simple école talmudique mais l’académie militaire et religieuse pour les colons les plus fanatiques de l’entité sioniste. Ygal Amir qui a assassiné Isaac Rabbin et Baruch Goldstein qui a massacé 29 fidèles musulmans à la Mosquée El Ibrahimi de Hébron en 1994 y ont été formés.


Un (jeune) Palestinien (Hisham Abu Dheim, ndt) a abattu (au kalachni) huit étudiants israéliens dans un centre de formation d’un mouvement de colonisation. Des centaines d’étudiants de ce séminaire (yéshiva, ndt), quelques instants après, scandaient : « Mort aux Arabes ! » devant le portail de leur centre de formation [1]. Ce détail semble avoir échappé aux cameramen de la BBC.

Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, dans le sillage de Bush, s’empressa de condamner « les assassinats » de ces Israéliens, « perpétrés » dans ce centre de formation de colons. Cela contraste avec le silence de tombeau observé par le gouvernement britannique durant les récents massacres perpétrés par Israël dans la bande de Gaza.

La BBC aurait voulu nous faire gober que la yéshiva Mercaz HaRav serait une école ordinaire, où des « étudiants en religion » poursuivraient des études théologiques quelque peu ésotériques.

En réalité, le Mercaz HaRav est le principal centre de formation et d’éducation du mouvement israélien fanatique de colonisation Gush Emunim [héb. Armée des Croyants, ndt], que le quotidien britannique The Independent qualifie (observez l’euphémisme) de « mouvement de colons controversé ». Beaucoup de diplômés du Mercaz HaRav viennent grossir les rangs du Gush Emunim qui organise des agressions contre les Palestiniens à partir des colonies réservées aux seuls juifs, dans l’ensemble de la Cisjordanie, dans le cadre de son objectif déclaré de déposséder les Palestiniens des 100 % de la Palestine [2].

L’organisation-mère, le Gush Emunim, est armée jusqu’aux dents, et perpètre les crimes les plus révoltants contre des Palestiniens innocents dans toute la Cisjordanie . J’ai personnellement pu visiter le village palestinien de Yanun après que des colons y aient lavé leurs chiens dans la source d’eau potable alimentant sa population. C’est une idéologie moyenâgeuse, qui marche main dans la main avec des tactiques moyenâgeuses : les colons d’Hébron empoisonnent les puits des villages palestiniens en y balançant des poulets en décomposition avancée. Ils battent les Palestiniens, quand ils ne leur tirent pas dessus, ils empoisonnent leurs moutons et de manière générale, ils se comportent comme les brutes épaisses qu’ils sont.

Un diplômé notoire du Mercaz HaRav, le rabbin Moshe Levinger, qui fonda les colonies de fanatiques à Hébron, était un psychopathe tellement vicieux à l’égard des Palestiniens qu’il fut même accusé d’avoir tué un Palestinien par un tribunal israélien, ce qui lui valut une peine de trois mois exécutoires d’emprisonnement . Le rabbin Levinger fut également convaincu d’agressions non-provoquées contre des femmes et des enfants, et c’est là une chose notable, car les colons jouissent ordinairement d’une impunité totale ; il faut savoir que plus d’un Palestinien s’est vu condamner par les autorités israéliennes au motif de « s’être auto-tabassé » à proximité de colonies israéliennes !

La philosophie du Mercaz HaRav, c’est le mépris pour tous les Gentils [les Gentils sont les non-juifs, ndt], et pas seulement pour les Arabes. Cette yéshiva fut fondée par le rabbin A.Y. Kook, puis reprise par son fils, le rabbin T.Y. Kook. La manière dont de jeunes esprits sont formés par cette yéshiva peut être déduite d’une des illuminations spirituelles d’A.Y. K., selon qui « La différence entre une âme juive et les âmes de non-juifs – de tous les non-juifs, à leurs différents niveaux (inférieurs) – est plus grande et plus profonde que la différence existant entre une âme humaine et les âmes des animaux du cheptel »[3]. La classification opérée par Kook des Palestiniens dans la catégorie des non-humains permet aux diplômés du Mercaz HaRav d’ignorer de manière expédiente ces commandements emmerdants qui prohibent le vol, l’assassinat et la convoitise.

Dès lors que les non-juifs sont similaires aux espèces animales, dans la vision du monde de Kook, la notion même de droits de l’homme présidant aux relations entre juifs et non-juifs est tout naturellement répugnante, pour ses émules ; les droits humains ne figurent décidément pas dans le syllabus du Mercaz HaRav. Le dieu primitif des Kook ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de leurs homologues américains chrétiens fondamentalistes. Les deux groupes de fondamentalistes croient dur comme fer que la venue du Messie est imminente (ils s’opposent sur la question de savoir s’il s’agit d’une première ou d’une seconde visite, ainsi que sur celle de savoir qui tuera qui ou qui dominera qui, ce moment fatidique étant arrivé…), mais ils tombent d’accord pour dire que les formes habituelles de la décence humaine n’ont plus cours. Pour des raisons qui n’ont pas à nous préoccuper ici, le commencement de l’ère messianique rend possible l’activation de la Loi, telle que l’a exprimée un autre rabbin labellisé Gush Emunim de triste réputation, Shlomo Aviner, à savoir : « Alors que Dieu requiert des autres nations ordinaires d’obéir à des codes abstraits de justice et de droiture, de telles lois ne s’appliquent pas aux juifs ». [4]

La suspension desdites « telles lois » s’étend jusqu’au droit, pour les non-juifs, de vivre et de respirer. Le rabbin Yitzhak Ginsburgh, autre chef colon, s’est livré pragmatiquement à cette interrogation rhétorique : « Si un juif a besoin d’un foie, peut-on prélever le foie d’un innocent non-juif afin de sauver le juif ? » [5]. Il a répondu, bien sûr, par l’affirmative, corroborant ainsi une théologie israélienne fondamentaliste qui devrait faire réfléchir à deux fois quiconque aurait l’envie d’amener ses gamins en vacances à la mer en Israël. Les Palestiniens se doivent de prendre les théories de Ginsburgh parfaitement au sérieux, toutefois, car ce savant rabbin est à la tête d’un gang de colons lourdement armés , anciens élèves de la yéshiva Mercaz HaRav.

Ginsburgh a également justifié un massacre particulièrement réussi de musulmans, à savoir l’assassinat de vingt-neuf fidèles hébronites en prière à la mosquée Al-Ibrahimi, sur le fondement religieux selon lequel il est permis à un juif de tuer n’importe quel non-juif, car cela n’est pas considéré comme un crime. Il a ajouté, au cas où tout le monde n’aurait pas bien compris le message, que le fait de tuer y compris des Palestiniens innocents afin de se venger est une « vertu juive ». Un autre diplômé du Mercaz HaRav, le rabbin Dov Lior, en 2004, enseigna à ses adeptes colons – les parents des jeunes tués à la yéshiva la semaine dernière – que les forces armées israéliennes d’occupation sont autorisées à tuer des Palestiniens innocents . On le constate : c’est à partir d’une unique partition, tous en chœur, que les pensionnaires du Mercaz HaRav entonnent leur hymne à la sauvagerie.

Les diplômés du Mercaz HaRav ne croient pas seulement qu’ils peuvent se servir de votre foie, ou de celui de n’importe quel Palestinien passant par là. Les Gentils peuvent, eux aussi, être amenés à servir la science. Le Procureur général israélien a dû intervenir afin d’empêcher l’élection du rabbin Lior à la plus haute instance religieuse [ top religious body ], à la suite des inquiétudes suscitées par sa proposition publique d’utiliser des « terroristes » arabes capturés à des fins d’expérimentations médicales. (Précisons que le Gush Emunim considère que TOUS les Palestiniens sont des « terroristes »). Lior est connu pour être le premier disciple de Kook fils. Notez que ce Lior a dû être stoppé par des méthodes administratives après qu’il se fut assuré suffisamment de voix de ses partisans en vue de son accession au Conseil Rabbinique Suprême d’Israël.

Lior a reconnu un frère spirituel dans l’Américano-Israélien Baruch Goldstein, qui assassina vingt-neuf fidèles palestiniens (et en blessa cent-cinquante autres) dans la mosquée d’Hébron. Lior prononça l’homélie suivante à la mémoire de ce criminel de masse : « Goldstein était plein d’amour pour ses frères humains. Il s’était consacré à aider autrui »[6].

L’idée d’utiliser des Arabes comme cobayes pour des expérimentations médicales aurait dû faire tilt. Israel Shahak et Norton Mezvinsky, dans leur ouvrage Jewish Fundamentalism in Israel, suggérèrent une piste : « Les similarités entre la tendance du messianisme politique juif et le nazisme allemand sont aveuglantes. Les Gentils sont, aux yeux des messianistes, ce qu’étaient les juifs, à ceux des nazis »[7]. Si vous pensez que l’idée de piquer les organes des gens est un péché mignon exclusif de l’étudiant de yeshiva moyen, sachez que l’idée que les colons du Gush Emunim se font des loisirs, après leurs études éreintantes à leur yéshiva, consiste à orner les maisons palestiniennes, à Hébron, d’inscriptions : « Les Arabes dans les chambres à gaz ! » (voir photo ci-dessus) [8].

Les colonies israéliennes dans lesquelles le Mercaz HaRav envoie ses diplômés sont des centres de pouvoir militaire et de domination des Palestiniens de Cisjordanie. Etant donné que les juifs laïcs ne sont plus tellement intéressés à construire des colonies dans des zones densément peuplées de Palestiniens, et où existe un risque d’une opposition armée palestinienne, seuls les fanatiques religieux sont préparés à entreprendre cette mission. C’est la raison pour laquelle ils sont aussi incroyablement soutenus par l’armée [9], qui n’en reste pas moins toujours principalement sous le contrôle de sionistes laïcs.

Les colons du Gush Emunim sont des zélotes hautement militarisés, sur lesquels on peut compter pour combattre dans l’armée et pour brutaliser et tabasser le « cheptel » palestinien aux centaines de checkpoints qu’ils contribuent à contrôler. Ces zélotes sont en train d’accroître leur influence dans l’ensemble de l’armée israélienne [10], tandis que le noyau dur sioniste-travailliste de l’Etat israélien est en train de se faire grignoter par la corruption et l’échec à vaincre les Palestiniens et/ou le Hezbollah. Leurs colonies votent à une écrasante majorité pour les partis d’extrême droite, ces formations que le regretté philosophe israélien Yeshayahu Leibowitz qualifia de « judéo-nazis ».

Pourquoi certains Gaziotes se sont-ils réjouis bruyamment de l’attentat contre le Markaz HaRav ? Nous pourrons trouver une réponse, si nous nous demandons pourquoi les Etats-Unis ont refusé au Conseil de Sécurité de l’Onu la possibilité de condamner à la fois l’attentat contre la yéshiva de Jérusalem et les massacres de Gaza. Les Etats-Unis mettent la barre très haut, en matière du nombre d’Arabes palestiniens qu’il autorise Israël à massacrer, et ils ne voient nul inconvénient à ce qu’une partie du volume énorme d’armes américaines qu’il perfuse à Israël finissent par aboutir entre les mains des colons. Ces brutes combinent leurs flingues à des méthodes imaginatives permettant de faire du mal aux paysans palestiniens dont ils convoitent les terres. Quand un homme frappe en retour contre le groupe de colons le plus génocidaire, cela ne peut qu’amener une sombre satisfaction de « schadenfreude » chez ceux qui vivent à genoux sous le siège impitoyable qu’Israël impose au stand de tir à vue de Gaza. Bush, Brown, l’Union européenne et l’Onu ont livré ces Gaziotes à la merci d’Israël. Ils se souviennent très bien des colons hideux, dans la bande de Gaza, qui les ont traité, des années durant, comme « du bétail ».

Jérusalem, comme l’ensemble de la Palestine, est saturé de juifs armés, de soldats et de policiers en uniforme, ainsi que de colons portant leur flingue en bandoulière. Les uns et les autres coopèrent pour contrôler la population palestinienne, maintenue strictement désarmée afin de mieux pouvoir la déposséder. La dépossession est menée à bien par une combinaison des moyens « légaux » de l’occupation illégale avec les agissements extrajudiciaires violents des colons. Tout Palestinien en possession d’une arme est abattu sur-le-champ. Jérusalem, comme toute la Palestine, impose le suprématisme et la puissance juive à une population colonisée dont la colère contre leur statut minoré et l’hostilité envers leurs occupants-tortionnaires est à la fois naturelle et saine. Devraient-ils embrasser le fouet brandi au-dessus de leurs têtes ? Les Palestiniens continuent à résister et nous devrions être inspirés par leur courage, leur fortitude et leur endurance face à un ennemi qui les menace ouvertement d’un nouvel « holocauste »[11].

Alaa Abu Dheim a tué huit étudiants que l’on formait à l’opprimer et à le déposséder, lui, sa famille, et tout son peuple. Il a lui-même été tué par un étudiant armé. La sœur d’Abu Dheim, Iman, a dit avoir été profondément affectée par les massacres israéliens à Gaza. Elle a déclaré que son frère lui avait dit qu’il « avait perdu totalement le sommeil, à cause de sa douleur ». Rafael Eitan, un ancien chef d’état major de l’armée israélienne, et ancien vice-Premier ministre a expliqué la raison de la brutalité incessante d’Israël : sa volonté d’écraser les Palestiniens. « Quand nous aurons colonisé la terre, tout ce que les Arabes pourront faire à ce sujet, c’est s’agiter en tous sens, comme des cafards ivres pris au piège dans une bouteille».

La brutalité israélienne envers les Palestiniens est un moyen d’atteindre l’objectif proclamé des sionistes, un objectif partagé par les groupes dominants, tant dans le camp religieux que dans le camp laïc : déshumaniser le « bétail », déshumaniser les « blattes ». En 1948, la Palestine a été vidée de ses habitants au profit de l’immigration sioniste par la terreur, et l’Etat d’Israël est encore, à ce jour, fondé sur la terreur à l’encontre de l’ensemble du peuple palestinien. Gideon Levy [un chroniqueur du quotidien israélien Ha-Aretz, ndt] affirme que « la plupart des criminels manipulateurs de droite et des fomenteurs de haine contre les Arabes venaient de cette mouvance [« religieuse=] », mais les athées qui fondèrent l’Etat d’Israël n’étaient pas particulièrement manchots quand il s’agissait de chasser les indigènes palestiniens , pas plus que ne le sont leurs descendants eux aussi laïcs.

Mais force est bien de reconnaître que les diplômés du Mercaz HaRav sont bien les champions toutes catégories, de toute l’histoire de la diabolisation et de la dépossession des Palestiniens.

Mick Napier

 




Bordeaux, ville alliée du sionisme

Déjà connue pour son passé de port négrier, Bordeaux reste fidèle à sa réputation à l’heure où, plus que jamais, l’Etat-colonie d’Israël pratique un blocus total et meurtrier de la bande de Gaza, créant ainsi le plus grand camp de concentration au monde.

Rappelons que depuis plus de 20 ans, Bordeaux est jumelée avec la ville israélienne d’Ashdod, construite sur les ruines du village palestinien d’Isdud, rasé en 1948 par les forces sionistes d’occupation de la Palestine. De fait, l’Etat d’Israël dans son ensemble s’est créé sur la base d’une épuration ethnique qui se poursuit aujourd’hui par le vol de la terre palestinienne et le viol quotidien des droits les plus élémentaires du peuple palestinien.

Rappelons également qu’en 2004, lors des massacres de Rafah, la foire internationale de Bordeaux avait reçu en grande pompe l’ambassadeur d’Israël. Pas un mot de protestation officielle.

Rappelons encore que le Crif, en passe d’organiser sur Bordeaux un colloque sur les traumatismes de la guerre chez les enfants, ne semble pas préoccupé par les effets de l’occupation sur les enfants de Palestine. Apparemment, les seuls enfants dignes d’être évoqués sont ceux de la Shoah. Tous les autres, et surtout les enfants palestiniens, ne connaissent pas la souffrance. C’est le Crif qui, pour mémoire, a vainement tenté, en juillet 2006, d’empêcher la venue à Bordeaux de la troupe de théâtre Al-Rowwad, composée d’enfants palestiniens. Il y a des souffrances qu’il faut mettre en avant, et d’autres qu’il faut nier.

Manifestement, les sionistes sont les bienvenus à Bordeaux. Le mardi 5 février, l’AUJF, association de collecte de dons, organisait un « dîner privé » à la cité mondiale du vin, avec la présence, toutefois démentie, du vice-premier ministre israélien, Haïm Ramon. Ce « dîner privé » qui a malgré tout fait l’objet de comptes-rendus dans la presse, était-il pour Bordeaux le prélude à célébrer à sa façon les 60 ans de la création d’Israël ?

Nous, Comité action Palestine, dénonçons avec force cette collaboration permanente : fêter d’une quelconque manière la création d’un tel Etat, c’est se faire complice de ses crimes. Ses dirigeants doivent être arrêtés et condamnés pour crimes contre l’humanité.




L’Entité sioniste tombe dans le piège du Hamas

le 31/1/2008 8:11:27 (929 lectures)

 

Article du Dr. Mohammed Ishaq Ar-Rifi paru sur le site du CPI le 28 janvier 2008 . L’auteur est professeur à l’Université Islamique de Gaza.


Le mouvement de la résistance islamique Hamas a réussi à transformer les crimes sionistes pratiqués contre la bande de Gaza en un cauchemar très gênant pour le régime sioniste, notamment dans le domaine des relations publiques. Le Hamas a pu en profiter pour ramener vers des niveaux bien élevés sans précédents la réaction populaire arabo-islamique quant à la cause palestinienne, et pour mettre sous la lumière du jour les points faibles de cette entité usurpatrice.

alqassamL’affaire a débuté avec les roquettes Al-Qassam, de fabrication locale, tirées par les résistants en réplique aux agressions sionistes perpétuelles menées contre notre peuple. Toutes les tentatives de l’occupation sioniste pour empêcher les résistants de les lancer ont reconnu un échec crucial. Les roquettes deviennent une menace stratégique pour la sécurité sioniste et une vraie crise pour tout le régime sioniste.

C’est dans ce climat que Dany Ayaloun, l’ancien ambassadeur israélien auprès des Etats-Unis d’Amérique, déclare que le régime sioniste est bien tombé dans le piège du Hamas. Ce régime vit actuellement une vraie catastrophe dans le domaine des relations publiques. « C’est un échec concluant et une vraie catastrophe dans le domaine des relations publiques ; nous avons désormais perdu notre capacité de réplique ».

Concrètement, quoique qu’elles soient simples et de fabrication artisanale, les roquettes d’Al-Qassam ont rendu fou le régime sioniste. Il a perdu son équilibre. Ses réactions devenaient démesurées. Dès lors, il est tombé dans son propre piège qu’il avait tant évité. En fait, il avait pu esquiver les blâmes de l’opinion publique internationale contre son blocus militaire et économique dirigé contre la bande de Gaza depuis que le gouvernement légitime du Hamas avait contrôlé la Bande.

Les pratiques sanguinaires, sauvages et très mal calculées contre Gaza ont engendré des réactions populaires arabo-islamiques des plus ardentes. Les réactions sont venues exprimer leur soutien au peuple palestinien assiégé, exprimer leur colère contre les positions agressives de l’administration américaine, exprimer leur indignation devant le silence arabe officiel. Elles expriment également leur condamnation de la position tolérante de la communauté internationale envers l’Entité sioniste, ainsi que sa position négligente envers la souffrance du peuple palestinien, une souffrance qui avait commencé il y a plus de soixante années.

Les missiles d’Al-Qassam ont non seulement provoqué une crise sécuritaire et un grand affolement chez les colons sionistes, mais elle ont de plus réussi à déplacer la crise au coeur de l’Entité sioniste et à démontrer au monde entier que cette Entité avait perdu sa force de dissuasion. En effet, elle avait échoué à réoccuper la bande de Gaza. Elle avait échoué à stopper les roquettes.

De plus, la forte réaction populaire arabo-islamique a restauré un climat positif permettant de détruire une grande partie du mur installé sur les frontières entre Gaza et la ville égyptienne de Rafah. Des dizaines de milliers de Palestiniens ont afflué vers le pays frère d’Egypte. Cet afflux a démontré au monde entier la dureté du blocus américano-sioniste qui frappe Gaza. Il a aussi découvert l’image sauvagement affreuse de l’Entité sioniste et de ses alliés.

Le plus important dans cette affaire reste le refus des Palestiniens de la Bande de récompenser l’ennemi américano-sioniste pour leurs assassinats, leurs crimes, leur blocus. Ils ont déçu l’adversaire, en ne cédant pas aux provocations menées contre le Hamas. Tout au contraire, ils l’ont entouré et l’ont soutenu davantage. Ils ont exprimé leur foi en la résistance qui reste le seul moyen légitime pour récupérer leurs droits. Ils ont mis en échec la politique de sanction collective pratiquée par les Sionistes contre notre peuple. Cette affaire était l’occasion pour que notre peuple de la Bande, de la Cisjordanie, des territoires occupés en 1948 et partout ailleurs, d’exprimer l’unité de leur destinée et d’exprimer son attachement au choix de la résistance contre l’occupation.

Sans aucun doute, la réussite des Palestiniens de la Bande à détruire certaines parties du mur sioniste représente un pas osé et important vers une levée totale du blocus et vers la libération de l’occupation et de ses chaînes, surtout vers une fin de l’exploitation de l’occupant des souffrances de notre peuple pour casser sa volonté et briser son attachement à ses droits et à ses principes.

Ainsi, l’équation que le régime sioniste voulait imposer à notre peuple a échoué : soit continuer dans ses souffrances, soit accepter un Etat purement juif sur les ruines de la Palestine. Cet échec conduira sûrement vers un autre échec : l’échec de provoquer tout le peuple contre le mouvement du Hamas au profit de l’équipe d’Oslo-Annapolis et au profit d’une mainmise du Fatah sur Gaza. Ces échecs représentent évidemment un coup de qualité donné à l’opération d’Annapolis et au plan américano-sioniste en général.

Aujourd’hui, le régime sioniste vit une crise profonde sans précédent au niveau des relations publiques. Ses relations avec l’Egypte se sont bien détériorées. Et il est bien déçu de voir échouer ses pressions sur le gouvernement égyptien afin qu’il rende encore plus hermétique le blocus contre Gaza et afin qu’il contribue à entretenir sa sécurité. Sa grande déception vient de voir se dissiper son espoir d’une normalisation avec certains pays arabes et musulmans, sur le court et long terme.

En somme, le mouvement du Hamas a tracé pour la nation, toute la nation, le chemin de la libération de la domination américano-sioniste. Cette domination ne peut vaincre le peuple palestinien, prendre sa terre, liquider ses droits, l’humilier, sans l’appui du système arabe officiel, sans la participation de quelques Palestiniens aux agendas et aux plans de l’occupant. Le Hamas a démontré que l’ennemi n’a plus la force de se protéger, en dépit de toutes ses armes nucléaires et ses armes de destruction massive. Le mouvement a démontré que la mise en action des peuples arabo-islamiques reste le seul chemin à emprunter pour libérer la Palestine et pour mettre un terme à la domination américaine dans notre région.

Dr. Mohammed Ishaq Ar-Rifi


Source et traduction
 
Centre Palestinien d’Information

 




« Ni la faim, ni la mort ne nous feront plier et notre résistance se poursuivra »

« Ni la faim, ni la mort ne nous feront plier et notre résistance se poursuivra »

le 26/1/2008 9:10:00 (4144 lectures)

 

Résistance palestinienne à RamallahC’est par ces cris unanimes que notre peuple palestinien, à Gaza, en Cisjordanie, dans les territoires occupés en 48 et dans les différents camps de réfugiés palestiniens, a répondu à la barbarie sioniste consistant à priver d’électricité plus d’un million et demi de personnes vivant dans la bande de Gaza.

C’est par ces mêmes cris de défi au monde entier que le peuple palestinien répond à la sauvagerie des bombardements qui se sont intensifiés après la tournée dans la région du criminel de guerre Bush, qui a donné le feu vert à l’armée sioniste.

C’est par ces cris que notre peuple a décidé de lancer un défi à la prétendue communauté internationale qui maintient un blocus meurtrier contre la bande de Gaza, qui appuie la colonisation et la répression en Cisjordanie, qui souhaite liquider notre cause en légalisant l’État sioniste comme un État juif, au détriment de notre peuple dans les territoires occupés en 48 et en installant les réfugiés dans n’importe quel pays, sauf le sien.

Photo : manifestation de soutien à Gaza – Ramallah le 22 janvier 2008 (AP Photo/Muhammed Muheisen)

Il ne fait plus de doute que la plupart des régimes arabes, et malheureusement, une minorité de l’élite palestinienne, ont accepté ce plan américano-sioniste, au détriment des droits inaliénables de notre peuple et de sa lutte nationale. C’est également contre tous ceux qui, parmi nos régimes, appliquent le plan américano-sioniste, en décrivant notre résistance de « vaine « ou « d’abjecte » et en participant à notre étouffement, que notre peuple relève la tête et affirme qu’il n’y a que la voie de la résistance, armée et populaire, pour chasser l’occupant et rentrer au pays.

Que l’Etat sioniste décide d’affamer, de tuer ou d’asphyxier le peuple palestinien, après lui avoir volé son pays, après l’en avoir chassé, après avoir commis des centaines de massacres, depuis sa fondation jusqu’à présent, n’est pas étonnant : c’est la nature de cet Etat colonial et raciste. Quiconque s’en étonne n’a pas encore compris la nature et le rôle dévolu à cette colonie de peuplement. Mais cet Etat colonial n’aurait pas pu aller si loin dans ses crimes, sans la complicité active ou passive de cette prétendue communauté internationale qui a décidé le démantèlement du peuple palestinien dans son ensemble avec la suppression de la résistance et du droit au retour des réfugiés. Sous le terme de communauté internationale, ce sont également les Etats européens dont fait partie la France.

En intensifiant le blocus meurtrier et en multipliant les massacres, les dirigeants israéliens ont espéré susciter une révolte du peuple palestinien contre ses dirigeants, comme ils le prétendent. Ils ont même lancé des bouts de papier pour expliquer leur « stratégie » aux Palestiniens de Gaza ; c’est ce qu’ils avaient également fait lors de leur agression meurtrière contre le Liban, en juillet-août 2006, voulant séparer les Libanais de la résistance du Hizbullah, en commettant des dizaines de massacres ! Mais il suffit de voir la marche du million d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont prêté allégeance au Hizbullah et à son dirigeant, dans la banlieue sud, le 19 janvier dernier, pour comprendre que les dirigeants sionistes ont déjà perdu la guerre contre la bande de Gaza, comme ils l’ont perdue contre la résistance au Liban.

Plonger la bande de Gaza dans le noir et maintenir le blocus meurtrier contre le peuple palestinien sont signe de la lâcheté inouïe, de l’immoralité et de la sauvagerie de cette prétendue communauté internationale, qui pense pouvoir ainsi supprimer la résistance du peuple palestinien et assurer la survie de l’Etat colonial.

Protester contre ces nouveaux crimes de l’Etat sioniste c’est d’abord et surtout protester contre la déshumanisation progressive des peuples de la planète (et surtout les peuples dont les Etats participent à ces crimes), programmée par les dirigeants du camp de l’oppression, qui veulent que vous, peuples européens ou d’ailleurs, vous ne réagissiez plus aux actes barbares et inhumains perpétrés par les sionistes, que vous participiez, par votre silence et votre insouciance, à l’asservissement des peuples arabes dans leur ensemble.

Notre peuple, qui a prouvé son courage et sa détermination, tout au long du siècle dernier, en luttant par tous les moyens contre l’injustice, et qui continue à prouver qu’il ne craint ni dirigeants sionistes, ni dirigeants des forces de l’oppression, demande à tous ceux qui refusent d’être des outils, actifs ou passifs, de cette oppression, de se mobiliser autour de sa lutte qui est celle des hommes et femmes libres de ce monde.

La solidarité avec notre peuple palestinien et avec les peuples arabes et musulmans qui luttent pour leur liberté, leur dignité et leur souveraineté, est nécessaire et urgente, pour briser le cercle des forces de l’oppression et instaurer une amitié réelle entre les peuples. Il ne s’agit pas de réclamer pour Gaza, ni pour une autre partie de la Palestine ou des camps de réfugiés, il s’agit plutôt de faire face, en toute lucidité, à la déshumanisation programmée des peuples par les cercles mondiaux de l’oppression. Il ne s’agit pas de nous nourrir ou de nous soigner, mais de considérer que notre résistance légitime peut vous aider, aussi, à aller de l’avant vers un monde meilleur.

R. Usayran, Liban
Centre d’Information sur la Resistance en Palestine (CIREPAL)

 




La conférence d’Annapolis : une conférence de guerre

La conférence d’Annapolis : une conférence de guerre

le 22/1/2008 8:58:40 (1365 lectures)

 

Le CAP a toujours défendu l’idée que l’État-colonie d’Israël est un État criminel. C’est un État programmé pour la destruction du peuple palestinien. L’histoire nous le montre : en 1948 près de 800 000 palestiniens ont été arrachés à leurs terres, à leurs foyers, à leurs familles par les terroristes israéliens; aujourd’hui ils sont près de 6 millions de réfugiés.

C’est toujours le quotidien des palestiniens : blocus économique, rafles, massacres. Cet État raciste n’a jamais respecté les accords d’Oslo comme il ne respectera pas les négociations en cours à Annapolis.

Ces négociations dites de paix sont en fait une ruse : il s’agit de continuer la politique d’épuration ethnique sous couvert d’une volonté de paix. Il faut cesser de croire ou de faire semblant de croire que cet Etat est prêt à restituer des terres aux palestiniens. Il en a eu l’occasion à plusieurs reprises et il ne l’a jamais fait.

Mais la résistance du peuple palestinien mettra fin à ce colonialisme exterminateur.


Mai 1948, mai 2008, le soixantième anniversaire de la « création » de l’Etat d’Israël sera fêté par l’Occident comme le jour de l’ « indépendance de la nation juive ». Pour le peuple Palestinien, ce sera la commémoration de la Nakba, la catastrophe. Une catastrophe qui n’a rien de naturelle. Elle est le fruit de l’adoption par les puissances occidentales de la résolution de partition de la Palestine le 29 novembre 1947, résolution 181de l’ONU ayant en premier lieu conduit à la destruction de plus de 500 villages et à l’expulsion de 800 000 personnes .

Depuis cette date, où en sont les Palestiniens ? Toujours sous occupation coloniale .

Gaza est encerclée et soumise à l’arbitraire de l’Etat-colonie appelé Israël. En Cisjordanie, il y a plus de quatre cent cinquante mille colons, près de cinq cent soixante barrages routiers. Les assassinats et les kidnappings de militants et d’élus politiques sont quotidiens. Il y a aujourd’hui 10 000 prisonniers politiques dans les geôles israéliennes. Enfin près de 5 millions de réfugiés attendent toujours l’application de leur droit au retour dans leurs foyers .

Après l’échec des accords d’Oslo et la promesse faite par G. Bush de la création d’un Etat palestinien en …2005, on invite à nouveau le président palestinien M. Abbas à une négociation de « paix »à Annapolis aux Etats-Unis. A cette occasion George Bush a promis la création d’un Etat palestinien en… 2008. Promesse de Bush , promesse d’ivrogne. Mais avant même toute discussion, les sionistes et les Américains ont annoncé la couleur : la sécurité de l’Etat colonial israélien est posée comme un préalable. Autrement dit, on revient à la feuille de route élaborée en 2002, qui exige le désarmement et donc la capitulation des Palestiniens alors qu’ils n’ont rien obtenu. Encore une « rencontre de paix » qui n’aboutira à rien parce que le peuple palestinien ne bradera pas ses revendications essentielles, ne renoncera pas à son existence en tant que peuple et à son droit de résister à l’oppression coloniale.

Cette politique occidentalo-sioniste échouera parce que M. Abbas n’a pas été investi par le peuple palestinien pour négocier. Il ne représente que lui-même et quelques hommes d’affaires palestiniens qui se sont empressés de reconnaître la légitimité de l’existence de l’Etat d’Israël sans contrepartie concrète. M. Abbas croit encore que les mensonges peuvent tenir de projet politique en Palestine. Il sait très bien que les sionistes ne feront aucune concession d’aucune sorte.

En ce sens il est le pire ennemi du peuple palestinien lorsqu’il déclare le 12 novembre que la conférence d’Annapolis est « une chance historique » pour créer un Etat palestinien et instaurer la paix dans la région. Il est le pire ennemi du peuple palestinien parce qu’il contribue à la réussite de la stratégie sioniste : gagner du temps avec les « négociations de paix » pour mettre le peuple palestinien devant le fait accompli d’une Palestine entièrement colonisée et judaïsée.

Faut-il rappeler que pendant la négociation et l’application des Accords d’Oslo, entre 1993 et 2000, le nombre de colons a connu une augmentation de près de 60% ? Faut-il rappeler aussi que l’entité sioniste a fait main basse depuis bien longtemps sur la quasi-totalité de la Palestine sur les ressources naturelles, sur le Golan syrien, sur des terres libanaises, etc ? Elle poursuit l’épuration ethnique en judaïsant Alqods, le Naqab, Hébron, etc. La voracité sioniste n’a pas de limites. Alors que veut réellement M. Abbas ? Les palestiniens disent que M. Abbas ne comprend que l’hébreu et n’entend rien à l’arabe…

Lorsqu’il parle de chance historique pour la paix, il faut comprendre : une chance historique pour qu’Israël rétablisse l’ordre en Palestine et sauver le trône de cette bourgeoisie palestinienne parasitaire dont M. Abbas est le représentant.

Mais un acteur n’a pas dit son dernier mot, loin de là : le peuple palestinien, et en son sein les classes populaires, fer de lance de la Révolution palestinienne. Pendant la première et la deuxième intifada, les classes populaires ont joué un rôle déterminant dans la résistance contre le sionisme. Encore aujourd’hui, à travers les organisations représentatives en Palestine, elles ont déjà dénoncé cette « conférence pour la paix » et rappellent les principes fondamentaux de la lutte de libération nationale comme le droit de retour des réfugiés.

Pour les occidentalo-sionistes, il ne s’agit nullement d’arracher des concessions à la clique au pouvoir en Cisjordanie. M. Abbas a trahi depuis longtemps les aspirations du peuple palestinien : il s’agit de sauver Israël en poussant à la guerre civile entre les Palestiniens. Car l’impératif de cette conférence est clair : M. Abbas doit désarmer la résistance.

L’enjeu est aussi de sauver Israël de lui-même car son expansionnisme et son appétit féroce de territoires l’ont conduit à deux intifada, deux défaites au Liban, à la chute du clan corrompu lié à M. Abbas à Gaza et à des conflits politiques internes qui risquent de le conduire à une implosion. De plus, la déroute des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, la contestation partout dans le monde de l’impérialisme américain et l’émergence de l’Iran comme puissance régionale contribuent à affaiblir l’allié colonial israélien.

Cette conférence de « paix » est en réalité une conférence de guerre car l’objectif est de faire semblant de négocier et de se donner les moyens pour mener à bien la guerre contre l’Iran, pays élevé au rang d’ennemi public numéro un parce qu’il remet en question l’hégémonie sioniste dans la région. Plus largement, l’objectif est d’abattre l’axe de résistance constitué aujourd’hui par l’Iran, la Syrie, le Hezbollah et les organisations populaires palestiniennes. Pour s’aligner sur cette position américaine sans s’aliéner totalement le soutien de leurs populations, les Etats arabes avaient besoin de cette mascarade à Annapolis. Là est l’explication de la participation à cette conférence d’Annapolis d’un certain nombre de pays arabes comme l’Arabie Saoudite qui prie pour une intervention américaine contre cet axe de la résistance antisioniste.

Le projet occidentalo-sioniste qui peut se résumer au slogan : « Tuer l’Autre » a été contrecarré par la résistance héroïque du peuple palestinien, qui est un exemple pour tous les peuples du Moyen-Orient . En Palestine, il y a une lutte à mort engagée entre un projet de libération nationale et une politique de colonisation soutenue par l’Occident. L’Histoire va dans le bon sens, celui de l’indépendance du peuple palestinien. Et cette rencontre à Annapolis vise à donner un second souffle au projet sioniste qui est à l’image de ce pauvre Sharon : il est maintenu artificiellement en vie.

C’est pour cette raison qu’aujourd’hui plus que jamais il faut soutenir le Peuple palestinien dans sa revendication d’un Etat palestinien sur toute la Palestine historique, un Etat pour tous qui mettra fin à l’injustice subie par le Peuple palestinien, un Etat reconnaissant l’égalité entre tous ses citoyens. La décolonisation de toute la Palestine est la condition primordiale pour qu’apparaisse enfin l’espoir d’une paix dans cette région.

Comité Action Palestine